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Les gagnants et les perdants dans le tourisme et l’industrie hôtelière pendant la phase de transition

Rapport Exécutif du Projet de recherche FEMISE (FEM 41-04)

Ce “Rapport Exécutif”, nous permet de synthétiser les principales conclusions du projet de recherche FEMISE (FEM 14-04) sur « Les gagnants et les perdants dans le tourisme et l’industrie hôtelière pendant la phase de transition : Indices aux pays du Nord et du Sud de la Méditerranée » conformément au programme de recherche du FEMISE 2015/2016.

Le tourisme est l’épine dorsale dans plusieurs pays de la Méditerranée (MED), puisque il est une source importante de devises étrangères, attire les investissements, absorbe la main-d’œuvre et contribue au développement des pays. Le tourisme est une industrie sensible dépendant de la sécurité et la sûreté dans le but d’attirer les touristes du monde entier. En 2015, la région méditerranéenne était la première destination touristique au monde, elle a enregistré l’arrivée de 250 millions de personnes, 200.000 millions de dollars de recettes, grâce aux destinations phares de la rive nord de la Méditerranée (la France, l’Espagne, La Grèce et l’Italie) et les éminents pays de la rive sud de la Méditerranée (l’Egypte, la Turquie et la Tunisie), selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) 2016.

En 2010 et 2011, tout au début du Printemps arabe, les Médias ont défini les révolutions de ce Printemps comme étant des mouvements de protestation pacifiques réclamant la correction des déséquilibres, la prévention de la corruption, l’amélioration des conditions de vie des pauvres et la lutte contre l’inégalité. Plus tard, les protestations et la violence accentuées envoyaient, un message clair aux touristes que ces pays sont des destinations à risques. L’instabilité répandue dans les pays de la Méditerranée a refaçonné la région¸ en des places vulnérables et dangereuses notamment après plusieurs attaques contres les touristes au sud de la Méditerranée. Ensuite, le taux d’arrivées des touristes et les revenus engendrés par le tourisme se sont reculés surtout en Egypte et en Tunisie, imprégnant ainsi leur revenu national. Par ailleurs, des destinations importantes de la rive nord de la Méditerranée recevaient une majeure partie des touristes qui ont changé leurs destinations et ont annulé leurs visites aux pays du sud. Certains pays comme l’Espagne, l’Italie, la France et la Grèce ont enregistré une augmentation remarquable du taux d’arrivées touristiques depuis le début du Printemps arabe.

Le premier chapitre de l’étude porte sur l’évaluation des conséquences des révolutions du Printemps arabe sur le tourisme dans les pays du sud et du nord de la Méditerranée en étudiant les deux cas de l’Egypte et l’Espagne. Dans le cas de l’Egypte, le secteur touristique a été négativement influencé par l’instabilité, alors que le pays faisait face à la baisse des entrées touristiques, des revenus, des taux d’occupation, du taux d’emploi, d’impôts perçus et d’investissements. Cependant, le pays est actuellement en pleine phase de transition ; le rétablissement vers une situation stable et la promotion du pays en tant que destination touristique sûre sont actuellement les objectifs principaux, afin de récupérer les bénéfices attendus du tourisme international. Par contre, au cours de ces années, l’Espagne avait enregistré une hausse remarquable des flux touristiques en provenance de l’étranger. Les tour- opérateurs internationaux ont modifié plus de 12 millions de voyages vers ce pays en 2011, selon les estimations officielles (Exceltur), l’année 2015 est marquée par un taux historique de 69 millions d’arrivées touristiques internationales. Plus généralement, les pays méditerranéens de l’Europe du sud ont augmenté leurs arrivées touristiques internationales pour plus de 50 millions de personnes entre 2010 et 2015; alors que ces arrivées ont chuté de plus de 7 millions de personnes dans les destinations traditionnelles de l’Afrique du nord depuis 2010 ; l’Egypte a perdu plus de 5 millions de touristes et la Tunisie plus de 2.5 millions de personnes pendant ces années.

Après cette introduction, les deux chapitres suivants de l’enquête se focalisent sur la manière de limiter les effets de l’instabilité sur le tourisme et l’industrie hôtelière dans la région méditerranéenne. Pour les pays de la rive sud de la Méditerranée, le deuxième chapitre propose un modèle de mix-marketing qui contribue à réduire les effets de la crise sur la main-d’œuvre et ceux de la faible gestion. Le modèle est testé sur le cas de l’Egypte. Pour les pays de la rive nord de la Méditerranée, le troisième chapitre analyse les changements principaux des profils et des comportements des touristes visitant la région. A l’aide d’un modèle de dépense, on a analysé comment ces changements pourraient affecter la durabilité économique du secteur touristique à l’avenir. Ce paramètre est appliqué à l’étude du cas de l’Espagne comme étant point de repère parmi les destinations dans cette région.

Le deuxième chapitre de l’étude se focalise sur la conception d’un nouveau modèle de mix-marketing pour sauver l’industrie hôtelière dans la région sud-méditerranéenne en présentant des indices en Égypte après le Printemps arabe. Le chapitre met l’accent sur la nécessité d’identifier les hypothèses clés pour envisager des pistes d’amélioration, restructurer et développer le tourisme et l’industrie hôtelière pendant la phase de transition. Le modèle est divisé en un environnement interne et un environnement externe. Notre objectif tend à former des directeurs dotés de nouveaux outils d’analyse qui leur permettent de relever les défis actuels. Pour tester ce modèle, des recherches empiriques basées sur l’analyse d’une enquête sur des hôtels 4 et 5 étoiles au Caire, Alexandrie, Charm El Cheikh, Hurghada, Louxor et Assouan en Égypte. L’analyse a été réalisée par combinaison de différentes techniques statistiques y compris la fiabilité et la validité intrinsèques des tests et les modèles de régression logistique. Comptant sur les modèles théoriques et les résultats empiriques, nous aboutissons aux remarques suivantes : l’effet significatif d’une administration faible dans les hôtels entraînant le licenciement des employés. La gestion des crises est considérée, dans ce contexte, un alternatif au licenciement pendant les périodes de transition

De plus, il existe des relations étroites et significatives entre le taux d’occupation pendant les périodes de transition et les facteurs du succès interne des hôtels représentés par les concepts de « travail orienté» et d’ « orienté client ». Les taux d’occupation pendant les périodes de transition sont devenus un facteur clé du succès interne d’un hôtel, et le modèle de marketing proposé a pu marquer les liens entre le mix-marketing contemporain, les réalisations du travail collaboratif du mix-marketing traditionnel et les dimensionnements pour optimiser les coûts. De tels résultats mettent l’accent sur le rôle de la bonne gestion et les techniques du marketing en faisant face aux restrictions dans le domaine d’industrie hôtelière aux pays du Sud dans les périodes de transition.

Le troisième chapitre du projet étudie les conséquences de la croissance impressionnante du taux des entrées touristiques internationales dans les pays du Nord de la Méditerranée dès le début du Printemps arabe. Force est de noter qu’en Espagne comme dans les autres pays du nord de la Méditerranée, la croissance du tourisme international en provenance de l’étranger s’est opposée à une chute manifeste des flux touristiques internes dès le début de la crise financière mondiale. Ce boom du tourisme international survenu en même temps du déclin de la demande sur le tourisme interne a indéniablement aidé l’industrie du tourisme à faire face aux exigences de son parcours de reconversion impérative.

Dans ce chapitre, l’étude est basée sur une enquête effectuée auprès de plus de 200,000 touristes internationaux et menée par l’Institut d’Etudes touristiques d’Espagne. La première partie de ce chapitre se focalise sur la saisie des principaux changements dans les profils des touristes arrivant au pays depuis le début des mouvements du Printemps arabe ainsi que sur les caractéristiques de leur séjour professionnelle. Les principales constatations montrent une croissance dans l’arrivée de nouveaux groupes de visiteurs y compris des touristes en provenance de l’Europe du Nord, des Amériques et de l’Asie en Espagne, de même qu’une présence croissante d’autres segments intéressants de touristes tels que les femmes, les jeunes voyageurs avec formation tertiaire ou voyageant seuls ou avec des amis. Tout au long des ces années, de nouveaux comportements des voyageurs apparaissent, y compris le recours croissant à la location d’appartements, à la réservation anticipée préférée par les clients et à la généralisation de l’utilisation de l’internet, par les touristes internationaux, pour faire les plans touristiques. La culture est consolidée comme étant le pivot central du développement du tourisme européen et méditerranéen, entre-temps d’autres activités intéressantes prennent place dans ces destinations telles que les événements touristiques (sportifs, culturels) et des activités étroitement liées à la particularité de la région méditerranéenne (gastronomie, vie nocturne). Dans la deuxième partie de cette recherche, on applique un modèle de dépenses des touristes sur quatre destinations phares en Espagne (les îles Canaries, les îles Baléares, Madrid et la Catalogne) pour identifier les facteurs qui contrôlent les dépenses des touristes dans le pays et par destination. Les facteurs les plus pertinents semblent être ceux du pays d’origine, du but de la visite, du type d’hébergement et du niveau de revenu des visiteurs.

En associant les résultats des deux sections, nous pouvons améliorer notre connaissance sur l’influence des changements des profils des touristes sur la durabilité économique des pays dans le futur proche. Dans ce sens, des résultats importants découlent de cette enquête. Le premier résultat se rapporte aux revenus croissants de nouveaux groupes de touristes dont leur présence en Espagne augmente considérablement au cours de ces années. Il s’agit des visiteurs internationaux en provenance des pays non-traditionnels du nord de l’Europe, d’Amérique du nord, de l’Asie et du Moyen Orient, qui font preuve des taux de dépenses plus élevés par rapport aux visiteurs traditionnels de l’Union Européenne. D’autres groupes de visiteurs qui ont une plus forte présence en Espagne et qui augmentent leurs dépenses moyennes selon les statistiques, sont ceux de jeune âge, de moyen revenu, les nouveaux visiteurs, et ceux qui ont une formation tertiaire. Les jeunes visiteurs des destinations urbaines (Madrid et Catalogne), ceux qui voyagent seuls ou avec des amis, tous avaient intensifié leur présence dans ce pays au cours de ces années, ce qui y a contribué à la croissance du taux de dépenses. D’autres tendances, identifiées dans l’étude, contribueraient, également, à accroître les dépenses à l’avenir, y compris les personnes engagées dans des activités ayant trait à la culture ou l’alimentation, deux domaines qui ont connu une croissance significative au cours des dernières années. La croissance de ces activités élargit l’envergure des dimensions culturelles et sociales des destinations concernées, augmente leurs revenus économiques et renforce ainsi leur compétitivité. En général, des résultats positifs sur le plan de la durabilité économique et de la compétitivité ont été identifiés en Espagne au cours de ces années. Une partie de ces résultats est liée au changement de destinations par les touristes suite au déclenchement du Printemps arabe.

Toutefois, les résultats de l’enquête ont souligné d’importantes difficultés. A la tête de ces difficultés, figure celle de la capacité des destinations à augmenter les dépenses des visiteurs traditionnels de l’Union Européenne qui représentent, encore, d’environ la moitié de la demande touristique internationale en Espagne.

Comme les destinations nord-africaines font preuve d’une compétitivité-prix plus élevée, les pressions pour la réduction des prix du tourisme en Espagne ont entraîné une baisse des dépenses moyennes touristiques dans certaines destinations. Une telle situation souligne le besoin d’attirer davantage de touristes hauts revenus des pays d’outre-mer, c’est-à-dire les touristes chinois, considérés comme cible visée, mais qui ont réduit quelque peu leur présence en Espagne au cours de ces années. Ces deux points clés montrent la nécessité de poursuivre le processus de reconversion du modèle touristique en Espagne surtout pour les anciennes destinations balnéaires.

Résumé des trois chapitres, Les principales conclusions du projet de recherche no. FEM 41-04 montrent que l’industrie touristique dans la région méditerranéenne fait face à une situation difficile compte tenu l’instabilité suscitée par les derniers développements surtout le Printemps arabe et la guerre en Syrie. Le projet propose des instruments d’amélioration la fiable gestion de l’industrie hôtelière dans les pays du sud de la Méditerranée, ainsi que des directives pour augmenter la dépense touristique moyenne dans les destinations du nord de la Méditerranée en vue d’assurer leur durabilité économique. Toutefois, aucune de ces mesures ne se révèlera effective sans une détermination des institutions de l’Union Européenne, pour établir la paix et la stabilité dans la région méditerranéenne. Ceci représente l’essentielle recommandation politique du projet.

Mettre l’accent sur les politiques de voisinage pour développer des instruments de paix et de coopération aurait des effets bénéfiques pour toute la région, vu que l’instabilité est un phénomène qui se répand et traverse les frontières soit au Nord ou au Sud de la Méditerranée.

 

INDEX

“Winners and Losers in the Tourism and Hospitality Industry along the Transition Process: Evidence from South and North MED Countries

  1. Executive Summary Research Project FEM 41-04
  2. Résumé Exécutif Rapport de Recherche FEM 41-04
  3. Chapter 1: The impact of the Arab Spring and regional instability on the tourism sector along the MED region
  4. Chapter 2: A new marketing mix model to rescue the hospitality industry: Evidence from Egypt after the Arab Spring
  5. Chapter 3: International tourism in Spain since the Arab Spring movements: A review from the perspective of economic competitiveness and sustainability of destinations

Séminaire FEMISE : Kafalat facilite l’accès au crédit des Pme Libanaises

Khater Abi Habib a présenté le fonctionnement de Kafalat le 5 décembre 2016, à Beyrouth, lors d’un séminaire organisé par le Femise sur le thème « Débloquer le potentiel du secteur privé dans les pays du sud de la Méditerranée ».

Khater Abi Habib a présenté le fonctionnement de Kafalat le 5 décembre 2016, à Beyrouth, photo FEMISE

Depuis sa création en 2000 à Beyrouth, la société financière Kafalat a soutenu 16 500 projets portés par des Pme libanaises auprès desquelles elle s’est portée caution. En rassurant les banquiers grâce à ces garanties, Pme et start-up bénéficient de prêts bancaires permettant d’asseoir leur développement, de créer de la richesse et in fine des emplois. Aux côtés de l’Union européenne, de la Banque Mondiale et du gouvernement libanais, Kafalat a conçu de nouveaux programmes de soutien à l’innovation. Un modèle à suivre pour les pays de la région Mena et qui a été présenté lors du séminaire Femise à Beyrouth.

Après les 16 années de guerre civile, le système bancaire ne fournissait plus à l’économie libanaise un accès correct au crédit. « Nous avons fondé Kafalat en 1999 en partant du constat de l’existence d’un véritable phénomène de distorsion du secteur bancaire. À l’époque, les principaux bénéficiaires de prêts possédaient leurs sièges sociaux à Beyrouth ou dans sa proche périphérie. Seuls les secteurs du négoce et des services pouvaient accéder au crédit. Dans un souci d’inclusivité, nous avions à cœur d’aider toutes les Pme du pays.

Dès sa création, Kafalat a définit des secteurs prioritaires : industrie, agriculture, tourisme, artisanat et nouvelles technologies », raconte Khater Abi Habib, président de Kafalat et de l’Institut National de Garantie des Dépôts, actionnaire à 75% Les 25% du capital de Kafalat appartenant à 40 entreprises libanaises.

Kafalat analyse les projets entrepreneuriaux qui lui sont transmis par les banques. « Dans 88% des cas  nous nous portons caution, les dossiers faisant l’objet d’une première analyse. Nos 30 experts réexaminent à leur tour les projets et nous répondons sous dix jours », détaille Khater Abi Habib.

Ces dernières années, Kafalat a décliné ses programmes au gré des partenariats noués avec l’Union européenne et la Banque Mondiale. Kafalat Innovant, s’adresse aux start-up innovantes de moins de deux ans. « Nous cautionnons à 90% l’entreprise. De fait, la banque réduit son exposition à 10%. Le plafond se situe à 200 000 dollars mais le prêt moyen reste généralement inférieur à 75 000 dollars. Nous avons contribué à créer un environnement favorable, propice à l’innovation. De nombreuses start-up rejoignent ainsi les incubateurs du pays », détaille Khater Abi Habib.

Appui de l’Union européenne et Banque Mondiale

En 2006, le gouvernement libanais s’est vu doter d’un prêt de 30 millions de dollars auprès de la Banque Mondiale. La gestion de ce prêt a été confiée à Kafalat, à l’origine du programme ISME. « 10% de cette somme est consentie à des chercheurs, étudiants sous forme de dotation. Les 90 % sont alloués aux Pme sous forme de prise de participations du fonds ISME aux côtés de sociétés de capital risque et d’amorçage. Nous entrons alors au capital des entreprises », explique Khater Abi Habib.

Après les années fastes de 2010/201 où 1500 dossiers et 2 millions de dollars étaient garantis par an, le Liban a subi le contrecoup de la guerre en Syrie et en Irak, entraînant une réduction de moitié du nombre de projets garantis. Pour autant, Kafalat demeure confiant. Le concept pourrait même essaimer dans les pays voisins. Avant la guerre, la Syrie s’était montrée intéressée par le mécanisme de garantie. Des discussions sont en cours avec les Emirats.

Le secteur privé au cœur des analyses Femise

Pr. Patricia Augier, Coordonnatrice Femise et Pte des Comités scientifiques du Femise et de l’Institut de la Méditerranée ©NBC

Les réflexions présentées à Beyrouth alimenteront le rapport Euromed 2017 du Femise qui portera une analyse du secteur privé dans les pays du bassin Méditerranéen. Ce rapport sera édité par l’équipe de l’Institut de la Méditerranée sous la direction de Pr. Patricia Augier, Coordonnatrice Femise et Pte des Comités scientifiques du Femise et de l’Institut de la Méditerranée.

 

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Des pistes innovantes pour débloquer le potentiel du secteur privé dans les PM

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Le FEMISE a organisé à Beyrouth (Liban), le 5 décembre 2016, un séminaire sur le thème «Débloquer le potentiel du secteur privé dans les pays du sud de la Méditerranée». Le séminaire a été organisé en collaboration avec nos partenaires, l’Institut d’économie financière, à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).

En trois séances et une table ronde, les conférenciers et les participants ont tenté de produire des réponses à trois questions principales:

  • Une déclaration factuelle qui nécessite d’être vérifiée: la performance du secteur privé dans la région est inférieure au potentiel et en-dessous des attentes. Il n’est ni dynamique ni suffisamment productif. En outre, il ne crée pas suffisamment d’emplois.

  • Qu’est-ce qui empêche le secteur privé d’atteindre son potentiel? Deux idées sont avancées: les contraintes macro et micro.
  • Quel est le rôle de la communauté internationale à cet égard?

Dr. Youssef El-Khalil (Central Bank of Lebanon), Dr Ahmed Galal (ERF, FEMISE), photo FEMISE

Lors de la première session, les intervenants ont souligné les défis macroéconomiques auxquels sont confrontés les pays du Sud et qui ont des implications sur le développement du secteur privé. Au Liban, le Dr Youssef El-Khalil a souligné le rôle joué par la Banque centrale libanaise dans la stabilisation de l’économie au cours des trois dernières décennies (guerre, instabilités politiques, réfugiés syriens). Son principal message était de dire que le mandat de la Banque centrale ne se résume pas uniquement à obtenir une inflation stable ou une monnaie stable. La Banque Centrale a également la responsabilité sociale de promouvoir une croissance inclusive, en encourageant les activités entrepreneuriales et la création d’emplois chez les jeunes et les personnes éduquées.

En Tunisie, face aux défis macroéconomiques et au manque de ressources financières, le pays a adopté deux programmes du FMI (d’un montant de 4,7 millions de dollars) comme l’a expliqué le Dr Sami Mouley (Université de Tunis El Manar) (présentation disponible ici). Les programmes adoptés visaient à assurer la stabilité de l’économie et à appuyer les réformes financières et de crédit. Cependant, le développement du secteur privé est resté faible, c’est ainsi que des mécanismes d’accompagnement orientés vers le secteur privé ont été mis en place, notamment des réformes réglementaires, des prêts bancaires de meilleure qualité, une monnaie flottante, etc.

Pr. Simon Neaime (AUB), Dr. Sami Mouley (Université de Tunis), photo FEMISE

Selon Dr. Simon Neaime (AUB), l’espace budgétaire limité et la mise en place de régimes de taux de change fixes ont eu une incidence négative sur l’efficacité des banques centrales (présentation disponible ici). Par conséquent, les mécanismes de stabilisation monétaires et fiscaux traditionnels sont extrêmement difficiles à mettre en œuvre, car ils risquent d’entraîner de nouveaux déséquilibres. Ainsi, Dr. Neaime est plutôt favorable pour la mise en place de mécanismes alternatifs tels que la réduction de la taille du secteur public et la réduction des dépenses publiques, en donnant davantage d’espace au secteur privé. Ces mécanismes pourraient également s’accompagner de stratégies de réforme qui amélioreraient les attentes du secteur privé. Faire le lien entre croissance et développement du secteur privé, telle est la nécessité qui doit être pris en compte par les pays du sud de la Méditerranée.

 

La deuxième session a évolué autour des obstacles auxquels fait face le secteur privé et sur la manière de les surmonter. Un aperçu de ces défis fournis par la Professeure Patricia Augier (FEMISE) a permis de mettre en avant les problèmes liés à l’instabilité politique, à l’accès au financement, à la corruption et à l’inefficacité des infrastructures.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Par la suite, des intervenants de divers horizons ont présenté leurs propres expériences. Le projet intitulé «Amélioration de l’environnement des affaires dans le Sud de la Méditerranée – EBESM» a été lancé par Marie Jo Char, qui ambitionne de promouvoir le secteur privé dans la région en engageant les entrepreneurs avec les décideurs par des dialogues constructifs (présentation disponible ici). Ce projet a objectifs multiples est un bon exemple de la manière dont les ONG peuvent jouer un rôle important dans le renforcement du secteur, c’est à dire à travers des projets impliquant les institutions nationales et utilisant le financement des donateurs internationaux. Le projet EBESM est financé par la Commission européenne et la GIZ.

Dr. Khater abi Habib (Kafalat), photo FEMISE

Au Liban, les PME ont rencontré de nombreux défis à leur développement alors que le pays sortait de la guerre des années 90. La création de Kafalat a permis de fournir l’instrument nécessaire pour garantir des prêts aux PME, ce qui a eu un impact considérable sur le développement du secteur. Le Dr Khater abi Habib (PDG de Kafalat) a souligné qu’ils visaient des secteurs spécifiques, considérés comme les plus en difficulté et dont la contribution à l’économie était considérée comme essentielle (agriculture, industrie, tourisme, artisanat traditionnel et high tech). D’autres programmes ont ensuite été introduits par Kafalat qui favorise toujours les start-ups innovantes.
Une expérience différente, mais tout aussi réussie, a été adoptée au Maroc par le biais du Comité national pour l’environnement des affaires: un comité créé par le gouvernement marocain pour développer un dialogue entre le secteur public et le secteur privé dans le but d’améliorer l’environnement des affaires (présentation disponible ici). Depuis sa création en 2010, de nombreuses réformes institutionnelles et réglementaires ont été mises en œuvre par le biais de ce comité au bénéfice du secteur privé, contribuant à ce que le Maroc gagne 60 places dans son classement Doing Business Report.

 

Pour compléter l’état des lieux macroéconomique et microéconomique dans le développement du secteur privé, la troisième session a examiné la question d’un point de vue externe, celui de la communauté internationale.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Trouver des moyens plus innovants pour soutenir leur partenariat avec les pays du Sud méditerranéen, tel est la nouvelle approche de la Commission européenne pour mieux répondre aux besoins de cette région. La révision de la politique de voisinage de l’UE a été une première étape, suivie de beaucoup d’autres initiatives à différents niveaux (Macro, Meso et Micro) par la coopération régionale et bilatérale. La Commission apporte son soutien au secteur privé en associant la Facilité d’investissement pour le voisinage (FIV) en coopération avec des institutions financières comme la BEI, la BERD et les agences bilatérales des États membres de l’UE. Travailler pour la création d’un environnement propice au secteur privé doit aller de pair avec le dialogue politique, ce que Mme Malin Elander Oggero (Commission européenne) a expliqué lors de son exposé (présentation disponible ici).

À l’OCDE, le programme de compétitivité MENA a été mis en place pour soutenir le développement de la région MENA. L’approche adoptée par l’OCDE consiste à comparer les expériences politiques, à identifier les problèmes, à trouver des solutions communes à ces problèmes et à échanger les bonnes pratiques. Ces pratiques sont transposées par des recommandations et des conseils de type soft-law et selon le rythme et la configuration institutionnelle de chaque pays. De cette façon, l’OCDE contribue à la mise en place d’un cadre politique adéquat qui encourage le développement du secteur privé tout en étant attentif à ses besoins. Le Dr Nicola Ehlermann (OCDE) estime que même si c’est le rôle du gouvernement de définir l’environnement et le cadre de fonctionnement nécessaire, le secteur privé doit aussi participer à un dialogue constructif.

Dr Ahmed Galal (ERF, FEMISE), photo FEMISE

La Coopération financière internationale (IFC) du Groupe de la Banque mondiale a adopté un modèle qui sert les PME de la région en renforçant les investissements et en formulant des recommandations. Le Dr Marcel Rachid (IFC) a expliqué que le groupe de financement des PME a identifié des leçons clés importantes tirées d’expériences réussies, qui pourraient être résumées comme suit: les stratégies élaborées doivent être spécifiques au pays, il y a un besoin de disposer de l’infrastructure nécessaire pour assurer la transparence, enfin, le développement des agences de notation des PME et l’encouragement des prêts de capital-risque au secteur privé sont importants pour le développement du secteur.

À la fin de la session, Emmanuel Noutary (ANIMA) a souligné quelques défis clés détectés à travers ses 10 années d’expérience en travaillant avec les PME. Malgré la résilience des économies des pays du sud de la Méditerranée, lil y a un manque d’efficacité (50% de l’IDE sont concentrés dans des secteurs qui ne créent pas assez d’emplois) ; la R&D est à un niveau très bas et est dominée par le secteur public; l’intégration sud-sud est loin de son potentiel; il y a un manque d’efficacité et de coordination entre les institutions et les organismes qui s’occupent du secteur privé; enfin, il existe un manque de coordination entre les politiques éducatives, industrielles et sociales. Emmanuel Noutary a également ajouté que des organisations telles que ANIMA pourraient permettre de lier les décideurs privés et les décideurs politiques et réunir les PME afin de coordonner et maximiser les retombées.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Les intervenants à la table ronde finale ont souligné l’importance d’avoir un environnement macroéconomique équilibré, qui encourage le développement du secteur privé, l’adoption d’approches inclusives pour assurer la contribution de toute la société et la participation au processus de distribution. Il a été souligné qu’il est important d’avoir une approche holistique pour s’assurer que les politiques adoptées encouragent le secteur privé, l’importance de fournir des incitations pour passer du marché informel au marché formel. M. Galal (FEMISE) a conclu le séminaire en disant qu’il fallait trouver le juste équilibre entre ce que les économistes proposent comme solutions techniques et sociales et ce que les politiciens adoptent comme politiques.

Pour une transcription détaillée du séminaire (en anglais), veuillez cliquer ici.

Cet évenement a reçu le soutien financier de l’Union Européenne dans le cadre du projet  “Support to Economic Research, studies and dialogues of the Euro-Mediterranean Partnership”. Les opinions exprimées dans ce séminaire sont de la seule responsabilité des intervenants.

La qualité de la gouvernance stimule le commerce au Moyen-Orient

La gouvernance d’un pays joue un rôle déterminant dans la capacité des entreprises moyen-orientales et nord africaines à commercer et à s’intégrer dans l’économie globale. La qualité des institutions explique la performance des entreprises à l’export, comme le démontre le rapport du Femise (FEM41-08) dans sa troisième partie.

 

La gouvernance d’un pays joue un rôle déterminant dans la capacité des entreprises moyen-orientales et nord africaines à commercer et à s’intégrer dans l’économie globale. Photo GTur

Après avoir analysé les compétences et les contraintes des sociétés installées dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le rapport se concentre sur le cas des entreprises égyptiennes en examinant les freins à leur performance.
Le troisième chapitre de l’étude, coordonnée par la professeure d’économie Inmaculada Martínez-Zarzoso, souligne l’importance de  la gouvernance dans la capacité des entreprises à exporter ou importer.Dans le cadre de l’étude, les économistes du FEMISE ont analysé les exportations bilatérales avec 189 partenaires commerciaux et dix-neuf pays exportateurs de la région entre 1996 et 2013.  Il en ressort que, si la démocratie et le bon fonctionnement des institutions constituent un pré requis, l’environnement des affaires influe non seulement sur la productivité mais contribue à la performance de l’économie dans sa globalité. Environnement commercial et cadre institutionnel impactent à la fois la performance des entreprises et le dynamisme économique du pays.

L’importance d’une gouvernance homogène pour faciliter le commerce

L’étude démontre qu’au lendemain des événements du Printemps Arabe, de nouveaux critères sont apparus. Ainsi, la facturation et la comptabilité apparaissent comme des facteurs déterminants stimulant les exportations.

Le monde des affaires a besoin d’un environnement stable, notamment s’agissant du droit de la propriété. Le respect de l’état de droit, la lutte contre la corruption, une bureaucratie efficace stimulent les relations d’affaires. De plus, deux pays présentant des similitudes dans leur gouvernance observeront un impact positif sur leurs niveaux d’exportations.

« Les réglementations similaires et la primauté du droit stimulent les exportations au Moyen-Orient. Les politiques commerciales de libéralisation pourraient ainsi se concentrer sur des partenaires commerciaux avec des normes de gouvernance similaires », indique le document, ajoutant que chacun des six indicateurs de gouvernance influe positivement sur le commerce bilatéral.

Pour en savoir plus sur le sujet, veuillez télécharger le rapport disponible ici.

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L’Égypte peut rendre ses entreprises plus performantes avec une réforme de la fiscalité

Le dernier rapport Femise (FEM41-08) pointe du doigt les freins à la productivité des entreprises installées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Bien avant la corruption ou le manque de visibilité du monde des affaires, les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité. Une prise de conscience politique pourrait permettre d’encourager les entreprises à devenir plus compétitives.

 

Les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité (photo : F.Dubessy)

Les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité (photo : F.Dubessy)

Saviez-vous qu’en Égypte, les entreprises s’acquittent de vingt-neuf impôts différents par an nécessitant quelque 392 heures pour remplir les déclarations ? La ponction fiscale représente également 42,6% des bénéfices. Pas étonnant que le pays arrive en bas de classement en terme de pression fiscale, 148 e sur 189 pays ! « Afin d’améliorer la productivité des entreprises, le gouvernement égyptien doit revoir sa politique fiscale », préconise le rapport FEMISE.

Intitulé « Performance des Entreprises dans le Processus de Transition: le Rôle des Contraintes d’Affaires et des Institutions dans la Région Sud-méditerranéenne » (disponible ici), le  document, coordonné par Inmaculada Martínez-Zarzoso, professeur d’économie à Jaime (Espagne), a été publié en décembre 2016.

Au total, vingt-deux contraintes réduisent la productivité globale. Bien évidemment, les facteurs internes tels que les aptitudes, les compétences des salariés entrent en ligne de compte dans l’analyse globale de la compétitivité d’une entreprise.
Si la fiscalité arrive en tête de classement, d’autres facteurs externes tels que la corruption, le manque de visibilité législative, le prix de l’immobilier, le coût du foncier, l’accès et le coût au financement bancaire ou tout simplement les prix de l’eau et de l’électricité constituent de réels handicaps pour les entreprises.

Une nouvelle réalité après la révolution de 2011

L’étude analyse les freins à la performance des sociétés avant et après la révolution de 2011. De nouveaux obstacles ont surgi rendant le climat des affaires moins propice à l’investissement, notamment l’incertitude réglementaire et politique, la corruption et le crime. « La révolution avait comme objectif de susciter des opportunités économiques et sociales ouvrant la voie à la croissance économique et à l’emploi. Cependant, le pays est devenu instable du point de vue politique. Cette période de transition a un impact direct sur la performance dans le secteur privé », souligne le rapport.

Avant les événements du Printemps Arabe, l’interventionnisme était de mise en Égypte, comme dans la plupart des États du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Les économistes du FEMISE analysent également dans le rapport d’autres pays de la région : Liban, Jordanie, Maroc et Tunisie.

Là encore, l’incertitude réglementaire et politique, la corruption et la criminalité se sont aggravées. « Ces résultats ont des implications politiques importantes. Les actions spécifiques à l’égard des entreprises devraient permettre de réduire les principaux obstacles et par conséquent encourager les entreprises manufacturières égyptiennes à devenir plus compétitives », conclut le rapport.

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Environnement : les pays du Sud ont des opportunités à saisir

Dans le cadre de la Cop22, le Femise a participé à la rédaction du rapport Énergies2050 traitant des changements climatiques en Méditerranée. Il pointe les efforts insuffisants dans le sud Méditerranéen tout en relevant de réels atouts à exploiter en matière de politique environnementale.

 

Le rapport Energies2050 a été présenté lors de la Cop22 (photo F.Dubessy)

Le rapport Energies2050 a été présenté lors de la Cop22 (photo F.Dubessy)

Rédigé par les docteurs Constantin Tsakas (Délégué Général de l’Institut de la Méditerranée et Secrétaire Général Femise), Maryse Louis (Déléguée Générale du Femise et Programs Manager ERF) et Abeer El-Shinnawy (institut universitaire du Caire et Femise), le chapitre « La région Sud-Med post-Printemps Arabes et les potentiels pour l’environnement » du rapport Énergies 2050 présenté à la Cop22 souligne que des opportunités sont à saisir et des externalités sont à compenser par les États du sud de la Méditerranée.

L’environnement représente des opportunités immédiates, notamment en matière de création de valeur ajoutée et d’emplois. A titre d’exemple les auteurs notent que « 270 000 à 500 000 emplois pourraient être créés au Maroc d’ici 2040 dans le secteur des énergies renouvelables  ».

Mais pour l’instant, les projections sont inquiétantes avec la diminution des apports naturels en eau, l’aggravation des risques encourus par l’agriculture. « Les premières estimations Femise indiquent qu’une hausse de 1°C des températures provoquerait une baisse du PIB par habitant de l’ordre de 8% en moyenne, avec une fourchette variant de -17% pour l’Égypte à 0% pour la Turquie, la Tunisie et certains pays du Machrek » constate le rapport. La hausse du niveau de la mer aura sans doute un des effets les plus dommageables. Les villes côtières en Turquie et en Tunisie, le Nord du delta du Nil seront menacées.

Inclure la dimension environnementale dans les politiques économiques.

Si le chapitre constate « quelques initiatives disparates », il remarque que « ces efforts restent insuffisants pour créer un changement à grande échelle. Il semble indispensable pour les pays méditerranéens d’inclure davantage la dimension environnementale dans leurs politiques économiques ».

La centrale solaire Noor de Ouarzazate se trouve en pleine extension (photo F.Dubessy)

La centrale solaire Noor de Ouarzazate se trouve en pleine extension (photo F.Dubessy)

Les chercheurs incitent donc les États du Sud à « inclure davantage la dimension environnementale dans les politiques économiques…, pour développer des activités / industries, peu existantes dans les pays de la région ». Le Femise suggère d’orienter les efforts vers les secteurs manufacturiers, la finance, l’assurance, la construction. Une action d’autant plus indispensable que « les pays méditerranéens du Sud sont particulièrement vulnérables à l’impact du changement climatique  » relève le rapport.

Un élan serait-il à exploiter ? Il semblerait que oui. Même si les printemps arabes ont fait passer les préoccupations environnementales au second plan, les énergies renouvelables restent un secteur plutôt stable pour les investissements dans la région. L’année 2015 a été une des plus importantes en terme de projets d’IDE annoncés.

Enfin, les auteurs ajoutent que les pays du Sud pourraient exploiter une série d’atouts : leur potentiel solaire élevé (irradiation), les coûts de main-d’œuvre compétitifs pour les emplois non qualifiés et le fait que pour les partenaires européens le développement de l’économie verte dans la région serait une évolution bienvenue.

Article réalisé en partenariat avec Econostrum.

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Transitions Démocratiques dans le Monde Arabe

Le FEMISE est heureux d’annoncer la publication du livre «Democratic Transitions in the Arab World» édité par Ibrahim Elbadawi (Economic Research Forum) et Samir Makdisi (Université américaine de Beyrouth) publié par l’Université de Cambridge.

À la suite des soulèvements sans précédent qui ont frappé l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à la fin de 2010 et 2011, il y a eu beaucoup de spéculations sur le fait que ces événements annonçaient le début d’une nouvelle ère de transition démocratique dans la région. Résultat d’un projet de recherche de quatre ans, ce livre propose une analyse transversale de la dynamique de la transition démocratique et de l’état de démocratie et d’autoritarisme allant de la Tunisie, du Soudan et de l’Egypte à la Syrie, au Koweït et au Liban. Elbadawi et Makdisi identifient les conditions économiques, politiques et sociales spécifiques qui influencent la transition dans la région et dans chacun des pays, ainsi que les conditions requises pour consolider la démocratie une fois le processus amorcé. Ils examinent les transitions difficiles, interrompues et douloureuses, là où celles-ci ont momentanément échoué, ainsi que les cas où la consolidation démocratique peut être observée. Il s’agit d’un examen unique et vaste du développement arabe et de la démocratie pour ceux qui examinent le sort des régimes autoritaires.

Le lancement du livre aura lieu à SOAS, Université de Londres le 27 février 2017.

Pour plus d’informations et pour commander le livre en ligne, veuillez cliquer ici.

L’impact économique du changement climatique sur les pays du sud de la Méditerranée

img_2461Entretien avec le Dr. Abeer EL-SHINNAWY (FEMISE, American University in Cairo) dans le cadre de la contribution FEMISE & Institut de la Méditerranée au rapport ENERGIES2050[1] « Les Défis du Changement Climatique en Méditerranée », publié à l’occasion de la conférence internationale COP22 qui a eu lieu à Marrakech, le 15 Novembre 2016
Le rapport est disponible au téléchargement en cliquant ici.

Quelle est le degré de vulnérabilité des pays méditerranéens face aux changements climatiques et pour quelle raison ?

Les pays du sud de la Méditerranée sont considérés comme particulièrement vulnérables à l’impact du changement climatique. Ceci est dû principalement à leur position géographique et à leur dépendance vis-à-vis des secteurs sensibles au climat tels que l’agriculture et le tourisme. D’autre part, la montée du niveau de la mer est un danger potentiel pour de millions de personnes vivant dans les zones côtières en Méditerranée. C’est pourquoi il est impératif d’évaluer le coût économique du changement climatique et planifier des mesures d’adaptation.

Vous avez donné l’exemple de l’agriculture et du tourisme, pouvez-vous donner une évaluation des coûts du changement climatique sur ces deux secteurs?

En ce qui concerne l’agriculture, le changement climatique affecte le secteur principalement par son effet sur les rendements des cultures. Par exemple, le rendement du blé pourrait chuter de -5,7% en Tunisie et de -7,3% au Maroc sous l’effet de conditions climatiques changeantes d’ici à 2050. Mais il ne faut pas seulement considérer l’effet du changement climatique local sur l’économie d’un pays donné, mais aussi regarder l’effet du réchauffement climatique sur les rendements mondiaux et son impact sur les prix mondiaux des denrées alimentaires et, à son tour, sur la façon dont cela affecte l’économie locale.

Quant au tourisme, il devrait être négativement affecté par un climat plus chaud. D’ici 2050, on s’attend à ce que la hausse de la température (estimée à +1.9%) diminuerait le tourisme dans les zones côtières du Maroc de -6% en raison de l’absence de politiques d’adaptation (et de -2% en Tunisie).

Mais l’effet le plus dommageable du changement climatique dans la région sera sans doute celui lié à la hausse du niveau de la mer. Dans un tel cas, les villes côtières d’Egypte et de Turquie seront menacées, en particulier Istanbul.

Les pays méditerranéens peuvent-ils tirer des bénéfices des changements climatiques?

En effet, certains avantages peuvent très bien se concrétiser. L’atténuation du changement climatique peut avoir des avantages locaux qui peuvent à leur tour entraîner une croissance économique plus élevée. Autrement dit, en favorisant ce que l’on appelle la croissance verte, l’atténuation peut mener à des avantages locaux. Il est possible de rendre la croissance plus efficace sur le plan des ressources, plus propre et plus résiliente sans nécessairement la ralentir. À cet égard, il est possible d’identifier plusieurs canaux par lesquels un meilleur environnement naturel pourrait affecter la croissance économique. Ces canaux passent par l’augmentation de la qualité des facteurs de production; une meilleure résilience aux chocs environnementaux; l’augmentation du contenu des emplois et des caractéristiques pro-pauvres de la croissance économique, etc.

Existe-t-il des exemples spécifiques de secteurs en Méditerranée qui pourraient saisir les opportunités liées au changement climatique?

Les opportunités ne se limitent pas à un secteur particulier, mais la fabrication, les finances et les assurances, la construction et les activités professionnelles, scientifiques et techniques se distinguent. Dans le cas de la fabrication, les produits de soutien à l’agriculture – par exemple les engrais et les pesticides dont la demande est susceptible d’augmenter en raison du changement climatique – et le secteur de la santé offrent des possibilités. Pour le secteur des finances et des assurances, les opportunités se résument à de nouveaux produits et services et au prix des primes d’assurance, car l’assurance permet aux particuliers et aux entreprises de mutualiser les risques. D’autre part, la demande de logements adaptés à la “resilience climatique” stimulerait la croissance du secteur de la construction.

Que peuvent faire les pays méditerranéens pour freiner le changement climatique? Quelles politiques et quelles mesures?

Pour freiner le changement climatique, les pays méditerranéens doivent réduire leurs émissions de GES, en grande partie par la réduction de la consommation de combustibles fossiles. Dans des pays comme l’Égypte, la suppression des subventions à l’énergie pourrait faire partie des politiques visant à atteindre cet objectif.

Que peut-on faire au niveau EuroMed qui n’est pas déjà fait?

De manière générale, les pays méditerranéens doivent se diversifier davantage et ne pas être uniquement dépendants de secteurs sensibles au climat tels que l’agriculture et le tourisme. Plus important encore, ces pays doivent informer leurs citoyens des répercussions du changement climatique afin qu’ils commencent à étudier des possibles mesures d’adaptation. En particulier, et compte tenu de la menace potentielle de la montée du niveau de la mer, les pays pourraient envisager que l’investissement dans les zones côtières soit repoussé. À cet égard, il semblerait que les citoyens ne sont pas conscients de ces problèmes et, dans des pays comme l’Égypte, continuent à effectuer des investissements importants dans des zones potentiellement dangereuses.

Plus important encore, la coopération institutionnelle entre les pays du nord et du sud de la Méditerranée est plus que nécessaire pour mettre en œuvre et appliquer des politiques qui réduiront les émissions de GES. Il est inutile de mentionner que l’absence d’institutions efficaces pour concevoir et mettre en œuvre des politiques de réduction des GES et l’absence de mesures d’adaptation sont considérés comme les obstacles les plus importants auxquels ces pays sont confrontés dans leur combat contre le changement climatique.

Pour en savoir plus sur ce sujet d’actualité, veuillez lire le rapport disponible ici.

L’équipe FEMISE

[1] ENERGIES2050 est une association française basée à Nice (France). ENERGIES 2050 entend notamment promouvoir et encourager la maîtrise de la demande en énergie : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et le développement des d’énergies renouvelables. , FEMISE et l’Institut de la Méditerranée ont choisi de s’associer à se partenaire important dans le domaine du changement climatique pour avoir une voie supplémentaire pour répondre aux défis de la région EuroMed et atteindre le processus décisionnel.

 

Les Défis du Changement Climatique en Méditerranée


La prise en compte de l’environnement dans les décision économiques et politiques avec notamment le développement des énergies renouvelables constitue un grand défi pour l’avenir de la planète et bien évidemment pour la Méditerranée.

L’Institut de la Méditerranée (IM) et le FEMISE ont contribué en écrivant un chapitre pour le rapport ENERGIES 2050 sur les changements climatiques en Méditerranée qui a été présenté à la COP22 de Marrakech le 15 Novembre 2016.

Il s’agit du Chapitre II « La région Sud-Med post-Printemps Arabes et les potentiels pour l’environnement » avec comme auteur principal Dr. Constantin TSAKAS (Délégué Général de l’Institut de la Méditerranée, Secrétaire Général du FEMISE) avec contributions de Dr Maryse LOUIS (Déléguée Générale du FEMISE, Programs Manager ERF) et Dr. Abeer EL-SHINNAWY (FEMISE, American University in Cairo)

Le rapport permet de réaliser une analyse plus détaillée de certains enjeux clés du développement durable dans le bassin méditerranéen et est disponible au téléchargement en cliquant ici.

Les pays du Sud Méditerranéen face aux défis environnementaux

capture-decran-2016-11-17-a-11-02-58Par : Dr. Constantin TSAKAS (Délégué Général de l’Institut de la Méditerranée, Secrétaire Général du FEMISE), auteur principal du Chapitre «La région Sud-Med post-Printemps Arabes et les potentiels pour l’environnement » du rapport ENERGIES2050[1] « Les Défis du Changement Climatique en Méditerranée », publié à l’occasion de la conférence internationale COP22 qui a eu lieu à Marrakech, le 15 Novembre 2016

L’Institut de la Méditerranée (IM) et le FEMISE ont contribué en écrivant un chapitre pour le rapport ENERGIES 2050 sur les changements climatiques en Méditerranée qui a été présenté à la COP22 de Marrakech le 15 Novembre 2016. Cet article présente des résultats de recherche présents dans le chapitre.

Le rapport est disponible au téléchargement en cliquant ici.

 

Quelques progrès, mais des opportunités qui restent à saisir…

La prise en compte de l’environnement dans les décision économiques et politiques avec notamment le développement des énergies renouvelables constitue un grand défi pour l’avenir de la planète et bien évidemment pour la Méditerranée.

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Dr. Constantin TSAKAS (DG Institut de la Méditerranée, SG FEMISE)

Le Sud de la Méditerranée a fait quelques efforts en termes d’Efficacité Energétique (EE) et de développement d’Energies Renouvelables (ER) bien qu’il reste encore de nombreuses opportunités pour rattraper le reste du monde. Au milieu des années 2000, la part des ER (hydraulique, éolien, solaire, géothermie) dans la consommation d’énergie primaire restait déjà très en dessous de celle nécessaire pour atteindre l’objectif de la Stratégie Méditerranéenne pour le Développement Durable (SMDD) (l’espoir était d’attendre 7% en 2015).

Hélas, entre 2000 et 2014, on note une croissance annuelle positive de l’intensité énergétique primaire pour des PM comme l’Egypte (+0,8%), l’Algérie (+0,9%) et la Libye (+2,6%) ce qui suggère qu’elles restent des économies de plus en plus gourmandes en énergie par rapport à leur niveau de PIB. Cependant, des pays comme la Jordanie (-1,4%) et le Liban (-1,5%), semblent mieux tirer leur épingle du jeu, s’approchant des résultats qu’enregistre l’UE en termes de décroissance de l’intensité énergétique.

Ce que signifient les printemps Arabes quant aux progrès environnementaux de la région

Suite aux printemps Arabes, la région a de nouveaux défis à relever ce qui suggère que la promotion de l’environnement et des énergies renouvelables ont perdu quelques places dans la liste de priorités des pays. Cependant, les énergies renouvelables restent un secteur plutôt stable pour les investissements dans la région et n’ont pas trop faibli suite aux révolutions. Entre 2006 et 2015, on estime que la région représente 7,3 Mds € d’IDE et 144 projets (tels qu’enregistrés par l’observatoire ANIMA-MIPO) pour une taille moyenne de 50,7 M €. Malgré la stabilité, cela reste faible, surtout si l’on considère que le PIB de la Tunisie représentait à lui seul 47 milliards de US$ en 2013.

On notera tout de même que l’année 2015 a été une de plus importantes en terme de projets d’IDE annoncés depuis longtemps. Cela s’explique notamment par de grandes initiatives d’entreprises des Emirats Arabes Unis et Européennes qui relancent des projets de plusieurs centaines de millions d’euros, notamment dans le photovoltaïque et l’éolien, plus particulièrement en Egypte.

L’économie verte dans le Sud Méditerranéen

L’économie verte peut produire des impacts économiques significatifs en termes de production (directe et induite) et de création d’emplois. A titre d’exemple, une étude FEMISE (2013) a estimé qu’une industrie du CSP (Plants Solaires Concentrées) au Maroc pourrait avoir un effet global sur le PIB marocain de l’ordre de 1,27% à 1,77% jusqu’à 2050, créant plus de 200 000 emplois.

Mais de nombreuses barrières persistent, notamment le manque de ressources financières internationales ou locales, associé à une prime de risque élevée. En outre, les barrières politiques sont importantes et l’absence/l’instabilité du cadre fiscal et législatif pour le développement de CSP se fait toujours sentir.

Pistes de réflexion et recommandations pour le Sud de la Méditerranée

Les gouvernements des pays du Sud de la Méditerranée devraient songer à devenir des véritables partenaires qui co-construisent l’intérêt écologique se basant sur les acteurs locaux et en ouvrant la voie vers une économie verte. L’impulsion donnée par la multiplication d’accords territoriaux entre l’Etat et les territoires sur des actions qui favorisent un développement durable permettrait de consolider un cadre de gouvernance multi-niveaux.

logo-cop22-919x650En outre, on peut imaginer que l’Etat appui davantage des projets écologiquement durables qui répondent aux besoins réels des territoires à risque environnemental. Des diagnostics territoriaux seraient nécessaires pour faire des territoires un “axe d’une réorientation de l’économie vers un développement local durable”. Ces diagnostics pourraient ensuite ouvrir sur des pactes territoriaux de relance réunissant tous les acteurs participant au développement durable des territoires/régions.

Outres ces recommandations sur le plan politique, il s’agirait plus généralement d’avoir une orientation qui permette d’exploiter des opportunités dans le secteur privé. Ces possibilités ne se limitent pas à un secteur en particulier, mais les secteurs manufacturiers, la finance et l’assurance, la construction et les activités professionnelles, scientifiques et techniques se distinguent.

Enfin, il faudrait que les PM exploitent leurs points forts en termes d’EE et ER qui sont un potentiel solaire élevé (irradiation), des faibles coûts de main-d’oeuvre des employés non qualifiés, une industrie locale émergente et le fait que pour l’Europe le développement de l’économie verte en Méditerranée (ex. de l’industrie solaire) serait une véritable valeur ajoutée.

 

[1] ENERGIES2050 est une association française basée à Nice (France). ENERGIES 2050 entend notamment promouvoir et encourager la maîtrise de la demande en énergie : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et le développement des d’énergies renouvelables. , FEMISE et l’Institut de la Méditerranée ont choisi de s’associer à se partenaire important dans le domaine du changement climatique pour avoir une voie supplémentaire pour répondre aux défis de la région EuroMed et atteindre le processus décisionnel.