Regional Integration, Firms’ Location and Convergence: An Application to the Euro-Mediterranean Area

FEM33-01 | Novembre 2009

Titre

« Regional Integration, Firms’ Location and Convergence: An Application to the Euro-Mediterranean Area »

Par

Nicolas Péridy (Université de Nantes, Laboratoire d’Economie de Nantes, France)

Contributeurs

Corinne Bagoulla (Université de Nantes, Laboratoire d’Economie de Nantes, France), Ahmed Ghoneim (Cairo University, Faculty of Economics and Political Science, Egypt)

Note :

Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l'Union Européenne au travers du Femise. Le contenu du rapport relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l'opinion de l'Union Européenne.

Résumé :

1) Intégation régionale, localisation et convergence: quelques faits stylisés

a) Intégation régionale et commerce international

– Les accords de Barcelone sont parfois critiqués quant à leurs effets sur les échanges et la convergence. Parmi les arguments évoqués, on peut citer l’absence d’intégration « profonde », les périodes de transition trop longues, le protectionnisme de l’UE concernant les produits agricoles ainsi que les niveaux insuffisants des prêts de la BEI procurés aux pays MENA.

– Bien qu’il soit trop tôt pour évaluer les premiers effets de l’Union pour la Méditerranée (UPM), l’apport principal de l’UPM réside dans la création d’institutions, qui incluent une co-présidence, un comité permanent joint ainsi qu’un secrétariat. En revanche, l’UPM risque de générer un processus de dilution des accords de Barcelone, parce qu’il inclut un plus grand nombre de partenaires, et ensuite parce qu’il reste encore caractérisé par un processus de décision et un contenu encore vague et complexe.

– L’analyse des principales caractéristiques des échanges des pays MENA après les accords de Barcelone indique qu’il y a très peu de changement dans la structure des exportations et des importations des MENA. En particulier, la concentration des échanges sur le plan sectoriel et géographique a assez peu évolué.

– L’UE comme les MENA ont connu des évolutions assez semblables quant à la contribution du secteur manufacturier dans son ensemble, aux échanges, à l’emploi et à la production. Toutefois, une analyse en termes de produits et de secteurs indique clairement que les MENA restent spécialisés dans des produits à faible niveau technologique tandis que l’UE est spécialisée dans des produits à haut contenu technologique.

 

b) Structure industrielle et localisation

– Les MENA sont caractérisés par une part significative de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB (de 27% pour la Turquie à 36% pour l’Egypte). Ces chiffres sont supérieurs à ceux de l’UE. Toutefois, les industries de haute technologie ne représentent qu’1/3 de la production industrielle dans les MENA contre 50% dans l’UE.

– le calcul d’indices de concentration montre que les MENA ont un tissu industriel plus concentré (en particulier la Tunisie, le Maroc, la Jordanie et l’Egypte) que l’UE (sauf l’Irlande, la Grèce et la Finlande). En outre, ce processus de concentration a été renforcé depuis ces 15 dernières années dans le MENA, contrairement à l’UE. Une analyse sectorielle montre que la concentration est particulièrement importante dans les industries faiblement technologiques, essentiellement la céramique, les plastiques, le cuir, les textiles et le tabac.

– l’estimation d’un modèle d’économie géographique montre que la localisation des firmes dans l’espace euro-méditerranéen dépend des variables suivantes :

* Les coûts du travail. Ainsi, les faibles coûts observés dans les MENA expliquent pour une large part le niveau élevé de concentration des industries intensives en main d’œuvre dans ces pays.

* L’accès de l’offre. Plus cet accès est élevé (c’est-à-dire qu’il existe une forte proximité des inputs), plus les entreprises se concentrent.

* L’accès au marché. Plus cet accès est élevé (en raison d’une taille importante du pays), plus les firmes sont incitées à se localiser dans ces marchés. Concernant les MENA, leur petite taille constitue clairement un handicap.

* La qualité des infrastructures et de l’environnement des affaires est également une variable clé qui permet d’expliquer la localisation des firmes dans l’espace euro-méditerranéen.

* Le niveau de technologie est également une variable significative. Plus ce niveau est bas, plus la concentration des firmes est élevée.

* Enfin, le niveau d’ouverture commerciale et d’intégration régional favorise le processus de concentration, dans la mesure où il rend plus facile l’accès au marché.

En bref, la forte concentration industrielle observée dans les MENA peut s’expliquer principalement par les faibles coûts du travail, le faible niveau de technologie, les efforts de ces pays en matière d’infrastructure, la proximité des inputs ainsi que la proximité géographique de l’Europe. En revanche, l’accès au marché est défavorable à l’attraction des firmes en raison de la trop petite taille des ces pays.

 

c) Evolution du PIB par habitant

– Une première approche de la convergence réelle peut se faire en comparant l’évolution du PIB par habitant dans les MENA et dans l’UE. Sur la période 1960-2007, ce taux de croissance est légèrement supérieur dans les MENA à celui de l’UE (UE-6 et UE-15), quel que soit l’indicateur de PIB utilisé. Toutefois, ce résultat masque des différences importantes entre pays. Ainsi, la Tunisie, le Maroc et l’Egypte présentent une croissance du PIB par habitant bien supérieure à celle de l’UE, tandis que l’Algérie et la Jordanie connaissent une croissance beaucoup plus faible que celle de l’UE. La Syrie et la Turquie connaissent des taux de croissance similaires à ceux de l’UE.

– Considérant les évolutions dans le temps, on observe que le taux de croissance du PIB par habitant européen a constamment décliné depuis 1960, tandis que pour les pays MENA, il a eu d’abord tendance à décliner avant une reprise depuis 1995. Ceci se traduit par le fait que de 1960 à 1995, la croissance du PIB par tête des MENA était généralement inférieure à celle de l’UE, avant de devenir supérieure à celle de l’UE depuis 1995.

– Il existe cependant des différences entre les pays. La Tunisie, la Turquie et la Jordanie ont suivi ce trend baissier puis haussier, tandis que le Maroc, l’Egypte et la Syrie ont connu un trend baissier continu sur toute la période. Ces différents trends ont pour conséquence un changement dans le classement des MENA en termes de croissance du PIB par habitant. Ainsi, dans la période la plus récente (1995-2007), la meilleure performance est atteinte pour la Tunisie et la Turquie, encore suivie par l’Egypte (malgré un trend défavorable). Ces trois pays sont au-dessus de la moyenne européenne. En revanche, le Maroc passe d’une situation au-dessus de la moyenne européenne à une situation égale à cette moyenne. La Syrie, qui était initialement au-dessus, passe au-dessous la moyenne européenne, tandis que la Jordanie et l’Algérie restent au dessous de cette moyenne.

– Une comparaison avec les pays du Pacte de Cohésion (Grèce, Espagne, Portugal et Irlande) montre que sur l’ensemble de la période, ces pays font mieux que les MENA en termes de croissance du PIB par habitant. En fait, seule la Tunisie se rapproche des performances de ces pays. Toutefois, l’écart de croissance du PIB par tête se resserre nettement depuis 15 ans. Par exemple, sur la période 1995-2007, la croissance du PIB par habitant dans les MENA est devenue supérieure à celle du Portugal et se rapproche de celle de l’Espagne (en particulier concernant la Tunisie, le Maroc, l’Egypte et la Turquie). L’écart se creuse uniquement avec l’Irlande qui a profité de la vague porteuse de l’économie financière.

 

2. L’analyse des indicateurs de convergence

a) Le calcul de la σ-convergence ne permet pas d’établir que les MENA ont convergé vers les niveaux européens de PIB par habitant, à l’exception des années récentes et pour des pays spécifiques, comme la Tunisie, la Turquie ainsi que, dans une moindre mesure, l’Egypte et le Maroc. Ces résultats contrastent avec ceux correspondant aux pays du Pacte de Cohésion, en particulier l’Irlande, l’Espagne et le Portugal qui ont connu un processus de convergence rapide vers les niveaux de PIB par habitant de l’UE-6. En revanche, il existe une certaine évidence de divergence à l’intérieur de la zone euro-méditerranéenne dans son ensemble, en dépit d’une stabilisation de l’indicateur de σ -convergence dans les années récentes. Enfin, il n’y a pas d’évidence de convergence des pays MENA entre eux.

b) Toutefois, l’absence de σ-convergence ne signifie pas une absence de processus de convergence. C’est pourquoi l’indicateur de γ-convergence est également calculé en lien avec celui de la β-convergence (Boyle et McCarthy, 1999). Sur ce point, l’analyse de la γ-convergence permet d’accepter l’hypothèse de convergence entre les MENA et l’UE. Une autre différence est que la γ-convergence permet également d’accepter l’hypothèse de convergence entre les MENA, en dépit d’un σ constant. Malgré ces différences, la performance relative des pays reste inchangée quel que soit l’indicateur retenu. En effet, la meilleure performance en termes de convergence revient à la Tunisie, suivie par la Turquie et l’Egypte. Le Maroc et la Syrie sont dans une situation intermédiaire, tandis que l’Algérie et la Jordanie divergent quel que soit l’indicateur utilisé.

c) Le calcul de la β-convergence confirme les résultats précédents, en montrant l’existence d’un processus de convergence entre les MENA et l’UE, quel que soit la mesure du PIB et quel que soit l’estimateur utilisé. Ce résultat est également robuste quel que soit le groupe de pays de référence retenu (UE-6 ou UE-15)

d) Des résultats plus détaillés indiquent que l’hypothèse de β-convergence est clairement acceptée (au seuil de 1%) pour la Tunisie, la Turquie, l’Egypte et le Maroc. Elle est moins clairement acceptée pour la Syrie (seuil de 10%), et clairement rejetée pour l’Algérie et la Jordanie. Ces résultats confirment ceux obtenus avec les autres indicateurs de convergence. De plus, l’hypothèse de convergence entre les MENA est également acceptée, de même que la convergence de l’espace euro-méditerranéen dans son ensemble.

e) Le calcul de la convergence appliqué à l’indicateur de développement humain (IDH) complète les résultats précédents, en montrant que i) le processus de convergence entre les MENA et l’UE est bien établi pour l’IDH ; ii) La Tunisie, la Turquie et l’Egypte restent les pays qui montrent les taux de convergence les plus élevés ; iii) la zone euro-méditerranéenne converge également en termes d’IDH de même que les MENA entre eux.

 

3. Les determinants de la convergence

a) Le niveau initial du PIB par tête est le premier déterminant de la croissance et de la convergence des MENA. A cet effet, ces pays tendent à converger vers les niveaux européens sur l’ensemble de la période, conditionnellement aux autres variables inclues dans le modèle. Ce résultat corrobore ceux obtenus avec l’analyse de la convergence non conditionnelle.

b) D’autres variables ont également un impact très significatif. Il s’agit premièrement de l’éducation et de la R&D, qui contribuent toutes deux de façon significative à la croissance des MENA. Deuxièmement, le transport et la communication jouent également un rôle déterminant pour expliquer la convergence. Ainsi, le nombre de lignes téléphoniques, l’état des routes et les équipements internet sont des variables qui sont soutes significatives quel que soit l’estimateur retenu.

c) Les échanges, la spécialisation et les variables d’économie géographique jouent également un rôle important. Ainsi, la spécialisation inter-branches tend à réduire la croissance des MENA, essentiellement parce que ces pays sont spécialisés dans des produits à faible valeur ajoutée. Pour des raisons similaires, l’agglomération (concentration) des firmes est défavorable à la convergence. Sur ce point, il est également intéressant de constater que la variable relative à la part des exportations de produits primaires dans les exportations totales a un impact négatif sur la convergence. Enfin, l’ouverture économique et les IDE sont des conditions nécessaires mais non suffisantes pour la convergence.

d) Les accords de Barcelone n’ont pas d’impact direct sur la convergence réelle des MENA vers les niveaux de l’UE. Cependant, les prêts de la BEI ont un impact positif sur la convergence des MENA.

e) Parmi les déterminants restants, la part de la consommation de l’Etat dans le PIB joue un effet négatif sur la convergence. Ce résultat s’explique par le fait que la consommation publique est financée par des impôts qui créent des distorsions dans l’économie (Sala-i-Marin, 2004). Cependant, la part de l’investissement public dans le PIB a un impact positif sur la convergence. Ce résultat souligne l’importance de l’investissement public dans les MENA, particulièrement concernant les transports, l’infrastructure et la technologie.

 

4. Implications en termes de politique économique

a) Dans la mesure où le capital humain et l’éducation jouent un rôle majeur dans le processus de convergence des MENA, ces pays doivent continuer leurs efforts déjà engagés concernant ces priorités. Par exemple, le taux de scolarisation (enseignement secondaire), qui était inférieur à 50% dans la plupart des pays MENA avant 1990, a atteint en 2005 plus de 75% en Turquie, et jusqu’à 83% en Tunisie, 86% en Egypte, 88% en Jordanie et même 83% en Algérie. Des progrès significatifs ont également été réalisés par la Syrie et le Maroc, même si les taux de scolarisation restent inférieurs à 70% dans ces deux pays. Ces progrès doivent être accélérés dans les années à venir afin d’atteindre le niveau de 100% observés dans les pays développés.

b) De la même manière, compte tenu de l’importance de la R&D pour expliquer la croissance, les pays MENA doivent continuer à investir dans ce domaine. Quelques pays ont déjà réalisé des progrès significatifs, en particulier la Tunisie, la Turquie et le Maroc. Dans ces trois pays, la part des dépenses de R&D se rapproche de 1% du PIB. Ce chiffre est proche de celui atteint dans les pays d’Europe du Sud, mais encore loin des pourcentages atteints en France et en Allemagne (2%), et a fortiori de ceux en Suède et en Finlande (3,5%). En revanche, l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie et la Syrie affichent des ratios de R&D inférieurs à 0,35% du PIB. Ces pays doivent désormais fournir des efforts considérables dans les années à venir afin d’améliorer leur capacité de recherche pour espérer rattraper une partie de leur retard en matière de convergence.

c) Les pays MENA doivent également continuer à investir dans les transports et les communications. Par exemple, la Turquie, la Jordanie et le Maroc ont déjà amélioré de manière significative leurs réseaux routiers, ferroviaires, voire maritimes. Ces pays (y compris l’Egypte) ont aussi considérablement amélioré l’accès au téléphone, avec plus de 100 lignes téléphoniques pour 1000 habitants. L’accès à internet progresse également très rapidement. Par exemple, en 2005, le Maroc disposait de 24% utilisateurs internet, 23% pour la Jordanie et 17% pour la Tunisie. Toutefois, ces pays restent encore en retrait des niveaux européens, qui dépassaient 50% d’utilisateurs internet. En conséquence, les investissements dans ce domaine doivent être prioritaires, en particulier pour l’Algérie, l’Egypte et la Syrie, pour lesquels le retard par rapport à l’UE est encore plus important. Sur ce point, les résultats économétriques montrent que l’investissement public joue un rôle non négligeable dans le processus de convergence. Cela signifie que les gouvernements doivent donner la priorité aux investissements publics dans les domaines mentionnés ci-dessus (R&D éducation, transport et infrastructure), même si ces investissements publics doivent être complétés par les investissements privés.

d) Les pays MENA doivent également poursuivre leurs efforts d’ouverture de leurs économies même si l’ouverture commerciale et les IDE ne forment pas une condition suffisante pour la croissance. En outre, ces pays doivent modifier leur processus de spécialisation vers des produits plus technologiques et plus en phase avec la demande mondiale. Ainsi, les MENA font face à un processus de spécialisation défavorable à la croissance, en raison de la nature des produits concernés. De plus, le processus de concentration géographique et d’agglomération est également défavorable à la croissance pour les mêmes raisons. Des changements vers une production et une spécialisation plus riche en produits technologiques permettraient d’inverser cette relation défavorable en promouvant la croissance. Une fois de plus, c’est de l’éducation, de la R&D et plus généralement du capital humain que pourra venir ce changement dans le processus de spécialisation.

e) Enfin, nous avons vu que les accords de Barcelone n’ont pas directement permis de favoriser la croissance et la convergence. Cependant, les prêts de la BEI se sont révélés être un instrument utile pour stimuler la convergence. En conséquence, les prêts de la BEI doivent être encouragés et développés, particulièrement à destination de projets liés au capital humain, aux transports et aux infrastructures. En outre, le contenu des accords de Barcelone devrait être reconsidéré en lien avec l’UPM afin d’inclure des projets davantage créateurs de croissance.

f) Comme remarque finale, soulignons que certains pays font face à des situations migratoires et démographiques défavorables. Le cas de la Jordanie et particulièrement significatif. En effet, la population de ce pays a augmenté beaucoup plus que dans les autres pays MENA, soit de 3 à 6 millions d’habitants depuis 1990. Ceci s’explique à la fois par un taux de croissance naturel plus élevé, mais aussi et surtout par un afflux massif de migrants à la suite des deux guerres du Golfe (en provenance essentiellement d’Irak). En conséquence, la Jordanie doit mécaniquement réaliser des taux de croissance du PIB beaucoup plus élevés que dans les autres pays pour une même croissance du PIB par tête. Bien que la théorie économique ne permet pas de relier directement la croissance de la population à celle du PIB par tête, la Jordanie semble être négativement affectés par cette forte croissance de la population, et en particulier par l’afflux de migrants. La Syrie et l’Egypte font également face à des taux de croissance élevés de la population (supérieure à 2% l’an), bien que ce ne soit pas essentiellement dû aux flux migratoires. Cependant, ces pays doivent tout de même accélérer leurs efforts pour contrôler la croissance de la population.

g) Cette recherche constitue une première étape pour la compréhension des mécanismes de localisation, de croissance et de convergence dans les pays MENA. En dépit d’efforts considérables liés à la construction une base de données pour ces 50 dernières années et à la modélisation, l’analyse reste limitée par le manque de données ou leur mauvaise qualité pour certaines variables. De plus, cette analyse na pas pu préciser l’impact de certains variables, comme la colonisation, la corruption, les fonds de cohésion… Des recherches futures pourront être mises en place afin de mettre mieux en évidence le rôle de ces variables.