
FEMISE a le plaisir de lancer sa nouvelle série de Policy Briefs, issues de documents de recherche approfondis présentés lors des conférences annuelles du FEMISE. Ces Briefs s’appuient sur la recherche scientifique et proposent des recommandations politiques concrètes pour relever les défis critiques de la région euro-méditerranéenne.
L’objectif de cette nouvelle série de Policy Briefs est de fournir aux décideurs politiques, aux organisateurs internationaux, aux chercheurs et aux parties prenantes de la région UE-Med, des recommandations politiques fondées sur la recherche qui : prônent une meilleure intégration UE-Med ; favorisent la mobilisation des investissements envers la transition verte et les économies durables ; autonomisent les jeunes grâce à l’innovation et au plaidoyer en faveur de l’entrepreneuriat ; et facilitent une intégration meilleure et plus égalitaire des jeunes et des femmes, dans le but de créer des voies vers un emploi décent.
Ces Policy Briefs aspirent à susciter un dialogue et une action efficaces dans toute la région UE-Med.
Contexte
L’inclusion financière est aujourd’hui reconnue comme un levier essentiel de l’autonomisation économique et du développement inclusif. Dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), où près d’un quart de la population est âgé de 15 à 29 ans, l’accès aux services financiers demeure particulièrement limité pour les jeunes. Parallèlement, la région continue d’enregistrer certains des taux de chômage des jeunes les plus élevés au monde, ainsi qu’une participation des femmes au marché du travail parmi les plus faibles.
Alors que l’inclusion financière peut favoriser l’épargne, l’accès au crédit, l’entrepreneuriat et la résilience économique, de nombreux obstacles empêchent encore une grande partie des jeunes – en particulier les femmes – de participer pleinement aux systèmes financiers formels. Malgré les progrès récents des services financiers numériques et des solutions fintech, d’importants segments de la population restent exclus des services financiers, qu’ils soient traditionnels ou numériques.
Comprendre les déterminants de cette exclusion financière est donc indispensable pour élaborer des politiques efficaces en faveur de l’autonomisation des jeunes, de l’égalité des genres et d’un développement économique durable. Cette note de politique publique analyse les facteurs qui influencent l’inclusion financière des jeunes dans cinq pays du Sud de la Méditerranée – l’Égypte, la Jordanie, le Liban, la Palestine et la Tunisie – avant et pendant la pandémie de COVID-19. En examinant à la fois les services financiers traditionnels et les solutions fintech émergentes, elle met en lumière les facteurs structurels et démographiques qui façonnent l’inclusion financière dans la région.
Résumé

Cette note de politique publique examine les principaux freins à l’inclusion financière des jeunes dans les pays de la région MENA, en mettant l’accent sur l’âge, le genre et la participation au marché du travail. S’appuyant sur les données Global Findex couvrant plus de 20 000 individus en Égypte, Jordanie, Liban, Palestine et Tunisie entre 2011 et 2021, l’analyse étudie les tendances relatives à la détention de comptes financiers ainsi qu’à l’utilisation des services financiers traditionnels et numériques avant et pendant la pandémie de COVID-19.
Les résultats révèlent la persistance d’un écart générationnel en matière d’inclusion financière tout au long de la période étudiée. Les jeunes restent moins susceptibles que les adultes plus âgés de détenir un compte financier, même si l’utilisation des services financiers numériques a fortement progressé pendant la pandémie. Dans de nombreux cas, les services bancaires mobiles se sont imposés comme une alternative permettant aux jeunes d’accéder aux services financiers malgré leur moindre taux de détention de comptes traditionnels.
L’analyse met également en évidence une importante dimension de genre. La pandémie a accentué les inégalités existantes en matière de détention de comptes, les jeunes femmes demeurant moins incluses financièrement que leurs homologues masculins. Bien que l’adoption des solutions fintech ait progressé chez les jeunes femmes, cette évolution n’a pas suffi à combler les écarts persistants en matière d’inclusion financière.
La participation au marché du travail apparaît également comme un déterminant majeur. Les jeunes salariés ou travailleurs indépendants sont nettement plus susceptibles de posséder un compte et d’utiliser des services financiers que ceux qui sont en dehors du marché du travail. L’étude montre par ailleurs que l’insuffisance des revenus constitue l’un des principaux obstacles à l’inclusion financière, soulignant le lien étroit entre accès à l’emploi et intégration dans les systèmes financiers formels.
Afin de renforcer l’inclusion financière des jeunes, la note recommande une combinaison de mesures agissant à la fois sur l’offre et sur la demande. Parmi les priorités figurent l’amélioration de la collecte de données ventilées par âge et par genre, le développement des programmes d’éducation financière et numérique, la mise en place de cadres réglementaires inclusifs, la réduction des obstacles administratifs et documentaires, l’amélioration de l’accès aux infrastructures financières, ainsi que la conception de produits financiers adaptés aux besoins spécifiques des jeunes et des femmes.
Enfin, la note souligne que les politiques d’inclusion financière ne peuvent réussir isolément. L’élargissement de l’accès aux services financiers doit s’accompagner d’efforts plus larges en faveur de l’emploi décent, de la création de revenus et de l’inclusion économique. En s’attaquant simultanément aux obstacles financiers et aux difficultés d’insertion sur le marché du travail, les pays de la région MENA pourront offrir aux jeunes des perspectives plus inclusives de participation au développement économique et social.
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