Résumé :

Résumé
Alors que la décarbonation mondiale s’intensifie, les économies du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) font face à une pression croissante pour dissocier leur développement de la dépendance au pétrole. Cet article propose la première évaluation complète de l’emploi vert dans la région, en analysant des données longitudinales provenant d’Égypte, de Jordanie, de Palestine et de Tunisie. En adaptant une classification des compétences « vertes » dérivée de la base de données américaine O*NET aux enquêtes locales sur le marché du travail, nous utilisons à la fois des indicateurs binaires de prévalence et des mesures continues d’intensité des tâches pour cartographier le paysage régional de l’emploi vert.
Les résultats révèlent que, bien que 17 % à 29 % des professions dans ces pays comportent au moins une tâche verte, l’intensité réelle des tâches vertes reste faible, se situant systématiquement en dessous de 7 %. Une fracture démographique significative caractérise la transition verte. Contrairement aux estimations antérieures, les hommes ont deux à trois fois plus de chances d’occuper des emplois verts que les femmes, qui sont largement cantonnées à des secteurs « gris » tels que l’éducation et la santé. En outre, un écart d’âge marqué apparaît : si les adultes en âge actif sont plus susceptibles d’occuper des postes verts, les jeunes sont de manière disproportionnée concentrés dans des emplois « bruns » ou polluants. Notre analyse montre également que les emplois informels présentent une plus forte prévalence de tâches vertes et brunes que l’emploi formel, ce qui suggère qu’une grande partie du travail environnemental dans la région s’effectue sans protection sociale. Ces résultats indiquent que la transition verte dans la région MENA risque actuellement d’aggraver les inégalités existantes. Afin d’assurer une transition inclusive, nous formulons des recommandations de politique publique axées sur la « verdisation » des secteurs à prédominance féminine, l’alignement de la formation professionnelle sur les besoins techniques verts des jeunes, et la formalisation de la main-d’œuvre verte informelle.

