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Convergence des revenus et impact de l’intégration commerciale et financière EU-Med sur la volatilité macro

Les efforts d’intégration économique et financière entre les pays Partenaires Méditerranéens (MPs) et l’Union Européenne (EU) ont été initialement introduits par les accords de coopération qui garantissaient une exemption totale de tarifs douaniers sur les produits industriels. Ces efforts ont ensuite été consolidés par les Accords d’association introduits dans le cadre de la déclaration de Barcelone en 1995, qui ont eu pour effets de réduire ou éliminer les droits de douanes sur les importations industrielles européennes. Parallèlement, les MPs se sont considérablement ouverts aux autres pays, que ce soit dans le cadre des accords commerciaux euro-méditerranéens (MED) ou dans le contexte d’une réduction élargie des droits de douanes via les accords signés avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Au début des années 2000, le processus de Barcelone fut remplacé par la politique européenne de voisinage (PEV) qui fut modifiée en 2015 et devient la nouvelle politique de voisinage. C’est dans ce cadre que les relations économiques entre l’Union Européenne et ces partenaires méditerranéens sont désormais redéfinies.

La nouvelle politique de voisinage offre une plateforme solide d’assistance financière par une intégration financière plus poussée, un meilleur accès au marché commun, et une amélioration de l’institutionnalisation des relations commerciales et financières. L’Union Européenne propose également un accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) concernant l’agriculture, les services et les mesures non tarifaires. Les négociations pour l’ALECA sont en cours avec le Maroc et la Tunisie. Dans le cadre de cette nouvelle politique européenne de voisinage et du rôle facilitateur de l’Union Européenne pour la modernisation, la transition et l’ouverture internationale des pays Méditerranéens, cette étude évalue le degré de convergence des économies résultant de ces accords commerciaux entre deux groupes de pays (EU et MED). Nous utilisons dans un premier temps les concepts de s-convergence et b-convergence pour une évaluation empirique du phénomène de convergence économique parmi ces pays sur la période 1980-2015. Nous présentons ensuite une analyse approfondie des implications des accords de partenariats Euro-MED sur la croissance économique et la volatilité macroéconomique dans un échantillon de pays méditerranéens (MPs). Afin de tenir compte à la fois du lancement du processus de Barcelone et de la politique de voisinage en 2000, l’analyse empirique est traitée de façon séquentielle sur des périodes de 5 et 10 ans, puis sur l’ensemble de la période 1980-2015.

Les résultats empiriques montrent une évidence faible de convergence des économies pour le groupe de pays EU-MED analysé à intervalles partiels de 5 ou 10 ans de 1980 à 2000 dans une régression de type transversale. Toutefois, nous avons trouvé un résultat statistiquement significatif de convergence du PIB par tête, que l’analyse porte sur l’ensemble de la période 1980-2015 ou sur des sous périodes de 10 ans regroupées et estimées en données de panel par régressions de croissance. Ces résultats sont plus probants, puisque la croissance économique et la convergence sont tous deux des phénomènes de long terme et que les méthodes d’analyse en données de panel donnent de meilleures estimations. Sur la période 1980-2000, nous trouvons une évidence faible de convergence conditionnelle dans le groupe de pays EU-MED (16), et cette évidence est encore plus faible pour le groupe de pays MED de 2000 à 2015. Ces résultats s’expliquent par les effets négatifs de la crise financière et de la crise de la dette en Europe sur la région Euro-MED en générale et sur la région MED en particulier. La stabilité macroéconomique et l’ouverture économique se sont avérées être des facteurs statistiquement importants et ont l’effet positif attendu sur la croissance économique dans les pays MED. Effectivement, dans la majorité des modèles estimés, la variable qui est systématiquement la plus significative est l’ouverture commerciale. Parmi les autres variables, la croissance de la population a l’effet théorique négatif attendu sur la croissance économique, comme trouvé dans d’autres études empiriques sur la croissance. Les dépenses du gouvernement ont également un effet négatif sur la croissance économique et cette variable est statistiquement significative tout comme l’est la croissance de la population.

Les principales implications politiques qui se dégagent des résultats empiriques de cette étude sont que les pays MED, s’ils souhaitent atteindre une croissance économique élevée, doivent poursuivre des politiques promouvant encore davantage le libre-échange et l’ouverture économique avec l’UE, tout en assurant une stabilité macroéconomique au moyen de politiques qui garantissent le contrôle des politiques fiscales et monétaires. Aussi bien l’agitation politique et sociale, que la crise financière et la crise de la dette ont un effet négatif sur la croissance économique et la convergence dans la région, et doivent être traitées si possible prioritairement par le biais d’actions politiques et de politiques macroéconomiques appropriées. D’autres résultats empiriques montrent que les pays MED seraient moins affectés par les chocs financiers provenant de l’UE, si le marché domestique MED était plus grand et/ou mieux régulé. Ceci est en cohérence avec ce que suggère la théorie économique et a des implications politiques. En fait, certains pays MED ont choisi d’imposer un contrôle du capital pour gérer les crises du marché financier puisqu’il semble que les « coupables » soient les flux de capitaux internationaux, et ce, malgré les conséquences économiques indésirables sur le long terme de ces pratiques politiques. Nous avons montré que les pays MED doivent améliorer la coordination de leurs politiques macroéconomiques et financières pour relever plus efficacement le défi d’une plus grande intégration commerciale et financière avec l’UE. Cet objectif peut par exemple être atteint en renforçant l’intégration économique et financière régionale. La création d’une zone de libre échange MED n’aurait pas pour seul effet de stimuler et de renforcer la croissance, mais pourrait également renforcer le commerce intra-MED, réduisant ainsi considérablement l’exposition aux cycles économiques européens, tout en contrôlant les expositions excessives de ces petites économies ouvertes (MED) aux développements macroéconomiques de l’Union Européenne.

La littérature établie que les plus grandes économies ont une meilleure capacité d’absorption et de neutralisation quant aux effets négatifs des chocs externes. Contrôler leurs effets reste toutefois une tâche beaucoup plus délicate qu’il n’y parait lorsqu’il s’agit de pays MED en développement, qui sont de plus petite taille, n’exportent que peu de produits sur le marché européen et dépendent d’un très grand nombre de produits d’importations européennes. Une conséquence directe d’un marché des capitaux intégré au sein de la région MED serait de diminuer les risques associés à une plus grande intégration EU-MED, ainsi que de rendre les MPs moins vulnérables aux fluctuations des taux d’intérêts des pays de l’UE, en particulier pour ceux ayant un niveau de dette élevé, comme le Liban, la Jordanie et l’Egypte. Un plus grand marché financier MED donnerait la possibilité de baisser les coûts de financement, et de rembourser leurs dettes importantes des gouvernements MED à moindre coût. D’autre part les entreprises MED pourraient s’appuyer plus sur le marché local que sur le marché de l’UE pour la levée de capitaux. La baisse du coût de la mobilisation des capitaux peut ensuite se traduire par plus d’investissements, de consommation et une augmentation des taux croissance économique dans la région. La région MED doit accélérer le processus d’intégration commerciale, financière et économique avec l’UE pour une meilleure absorption des effets négatifs liés aux politiques externes, financières et/ou aux chocs économiques. Il faudrait redoubler d’efforts pour accélérer la mise en place de réformes fiscales et monétaires afin d’améliorer l’entrée de nouveaux investissements de portefeuille et d’IDE dans la région.

En résumé, pour plus d’intégration commerciale et financière avec l’UE, les MPs doivent consacrer davantage d’efforts individuels pour mener des politiques macroéconomiques saines. A ces mesures, devront s’ajouter des réformes institutionnelles de soutien au développement du secteur financier dans les économies MED en question. Ensuite, les MPs devront essayer de s’intégrer horizontalement tout en s’ouvrant plus verticalement (à l’UE). Il a été montré que l’ouverture financière, mesurée par le rapport formation brute de capital/PIB, est associée à une augmentation de la volatilité de la consommation, contrairement à la notion établie d’opportunité de partage des risques internationaux via l’intégration financière. L’environnement macroéconomique et politique de nature instable et les conflits militaires, ainsi que les politiques fiscales et monétaires inappropriées dans la région MED peuvent expliquer cette irrégularité empirique. Une recommandation politique de cette étude est que les MPs ont besoin d’être plus, et non pas moins, intégrés avec le marché financier de l’UE pour pouvoir tirer avantage de l’intégration financière en termes d’amélioration du partage des risques, et de stabiliser la consommation. Cette conclusion peut toutefois nécessiter une analyse plus poussée, puisqu’il faut considérer que l’intégration financière régionale est également associée à divers risques dans la région EU-MED. Pour minimiser ces risques, les MPs devront mettre en œuvre des cadres macro-économiques et structurels sains en tandem avec une plus grande intégration. Par exemple, nos résultats ont mis en évidence le rôle clé des politiques fiscales et monétaires saines pour mieux contrôler la volatilité macroéconomique. Concernant les réformes structurelles, il s’agit de développer le secteur financier intérieur, puisqu’un haut degré de développement du secteur financier est associé à une diminution de la volatilité macroéconomique.

Finalement, la nouvelle politique européenne de voisinage offre une plateforme solide d’assistance commerciale et financière par une intégration financière plus poussée, un meilleur accès au marché commun et une meilleure institutionnalisation des relations commerciales et financières entre les pays MED et de l’UE. Ce projet de recherche aidera les décideurs politiques et les chercheurs académiques dans la région Euro-méditerranéen, à redéfinir leurs priorités en matière de commerce, de finance et de macroéconomie lors de l’élaboration de nouvelles politiques de voisinage européennes qui doivent répondre aux défis économiques actuels. La nouvelle politique de voisinage européenne va produire un volume important de littérature sur ces conséquences. Cette étude fait partie intégrante de cette littérature en identifiant les points communs et les différences entre les composantes de cette analyse, en mettant un accent particulier sur les changements de paradigme concernant la politique macroéconomique dans les pays MED et l’UE.

FEMISE MED BRIEF no1 : Déficits Jumeaux et Viabilité des Politiques Macroéconomiques

FEMISE inaugure le lancement de sa nouvelle série de Policy Briefs MED BRIEF qui ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

Le premier numéro de MED BRIEF est maintenant disponible au téléchargement (en anglais) en cliquant ici.

Pr. Simon Neaime (American University of Beirut, FEMISE)

Ce Policy Brief, écrit par Pr. Simon Neaime (American University of Beirut) examine la question de la viabilité budgétaire et macroéconomique dans les pays de l’Union européenne (Grèce, Irlande, Italie, Portugal et Espagne) et dans un sous-ensemble de partenaires méditerranéens (PM): Égypte, Jordanie, Maroc, Tunisie et Liban. Il répond à la question suivante: comment les pays de l’UE et les PM peuvent-ils réduire les déséquilibres macroéconomiques (dette publique énorme, déficits budgétaires et courants) à un moment ou ils doivent faire face à une faible croissance économique, des taux de chômage élevés, une inflation croissante et des demandes pour davantage d’inclusivité? Enfin, ce Policy Brief évalue les politiques macroéconomiques passées mises en œuvre par le Fonds monétaire international (FMI) à la lumière des diverses mesures d’austérité qui ont été introduites et propose d’autres solutions de politique macroéconomique et remèdes possibles.

 

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

Déficits Jumeaux et Viabilité des Politiques Macroéconomiques Dans Une Sélection de Pays Européens et Méditerranéens Partenaires

Nos résultats empiriques valident l’hypothèse des déficits jumeaux pour les deux échantillons de pays UE et MED, avec toutefois des résultats contrastés concernant la direction du lien de causalité. Alors que la balance commerciale semble contribuer au déficit budgétaire dans les pays MED, validant ainsi l’approche de ciblage de compte courant, la relation apparait comme étant inversée pour les pays de l’UE, où le solde budgétaire semble influencer le compte courant. Compte tenu de la dépendance avérée des pays MED au commerce avec l’UE et du fait que la plupart des pays de l’UE ont mis en œuvre des politiques d’austérité suite aux crises financières (restreignant ainsi la demande globale et les importations), nous considérons que la baisse des recettes d’exportation qui en a découlée dans les pays MED a contribué à l’augmentation du déficit budgétaire de ces pays, en vertu du lien de causalité positif entre le compte courant et le solde budgétaire. Une réponse naturelle des responsables politiques dans les pays MED serait de mettre en œuvre des politiques d’austérité, et bien que de telles politiques puissent être nécessaires, elles n’en restent pas moins socialement couteuses dans le contexte social actuel des pays MED, et ne permettraient pas pour autant de stabiliser la balance budgétaire, puisqu’elles n’affecteraient pas la balance commerciale. Par conséquent, nos résultats sont une alerte à de telles politiques macroéconomiques « toutes faites », et indiquent clairement que les politiques d’austérité dans les pays de l’UE ont des conséquences inattendues sur la stabilité financière des pays MED. Nous appelons donc à une meilleure coordination des politiques macroéconomiques entre l’UE et ces partenaires du Sud de la méditerranée.

Une question politique majeure à laquelle ces pays seront confrontés dans les années à venir, sera de savoir si les politiques macroéconomiques sont vouées à l’échec et les conduisent dans une impasse. Quant à l’introduction des programmes de stabilisation macroéconomiques dans les pays de l’UE et dans les pays MED, de toute évidence il n’y aura plus de possibilité et d’espace pour conduire de nouvelles combinaisons de politiques monétaires et fiscales afin de contrôler ces déséquilibres macroéconomiques. Pour des pays méditerranéens tels que le Liban et la Jordanie avec un espace fiscal limité, un taux de change fixe et une ouverture du compte de capital, la politique monétaire est déjà sans effets en termes de stabilisation macroéconomique. L’Egypte a pu améliorer l’efficacité de sa politique monétaire pour faire face aux chocs externes grâce à un choix stratégique de passer à un régime de change flexible. La Tunisie et le Maroc semblent également suivre cette direction. Bien que l’espace fiscal de l’UE soit également limité du fait de l’accumulation de dettes publiques considérables, l’exécution du programme d’assouplissement quantitatif (QE – Quantitatif Easing) de la Banque centrale européenne reste un outil efficace pour assurer la viabilité des politiques fiscales et prévenir le développement de nouvelles crises telle que la crise de la dette grecque.

Avec la crise de la dette actuelle qui se développe dans certains pays de l’UE, les faibles taux de croissance du PIB, les prix du pétrole et les niveaux d’endettement élevés dans plusieurs pays MED, la politique fiscale n’est clairement plus une option de politique macroéconomique eu égard à l’espace fiscal limité. Avec la politique monétaire conduite par la Banque centrale européenne et l’absence d’union politique, les pays de l’UE ont accusé d’importants déficits du compte courant et du budget au cours de ces dix dernières années. Les politiques monétaires resteront sans effet tant que les attentes du secteur privé ne seront pas comblées et que le secteur bancaire restera en mauvaise santé, tout particulièrement les banques italiennes et grecques. La crise de la dette en Grèce a un impact négatif sur le comportement et les attentes des entreprises et des consommateurs, et les mesures d’austérité affectent négativement la demande globale et le taux de croissance du PIB. Particulièrement, la stagnation des salaires et les taux élevés de chômage ont une incidence défavorable sur la demande intérieure, surtout lorsque la plupart des pays MED et de l’UE ne disposent plus d’espace fiscal suite à l’accumulation de larges dettes publiques et de déficits budgétaires et de la balance commerciale récurrents.

Dans la région MENA, l’inefficacité de la politique monétaire est attribuable à la présence de taux de change fixes et à la libre circulation des capitaux. En conséquence, les politiques gouvernementales (fiscales et monétaires) sont dans l’impossibilité de faire face aux déséquilibres macroéconomiques actuels, ouvrant ainsi la voie à de futures crises financières et monétaires. Par conséquent, les gouvernements européens et méditerranéens devront : (1) réduire le la taille du secteur public en faveur du secteur privé ; (2) canaliser les liquidités vers le secteur privé par des prêts et en encourageant les investissements pour des entreprises productives ; (3) réduire les dépenses du gouvernement et augmenter les taxes du côté de l’offre. Enfin, et étant donné l’inefficacité tant des politiques fiscales que monétaires, le secteur public doit exercer un rôle central pour faire face aux défis d’envergure que représentent les déséquilibres macroéconomiques, en améliorant en premier lieu ces attentes en Europe comme en Méditerranée. Ceci devrait avoir pour effet d’augmenter le taux de croissance du PIB et de rendre la dette plus viable. Ensuite, les mesures d’austérité et d’ajustement structurel pourront être introduites. Cela assurera alors une croissance économique durable, et réduira grandement les risques de futures crises de la dette et de crises monétaires.

Des pistes innovantes pour débloquer le potentiel du secteur privé dans les PM

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Le FEMISE a organisé à Beyrouth (Liban), le 5 décembre 2016, un séminaire sur le thème «Débloquer le potentiel du secteur privé dans les pays du sud de la Méditerranée». Le séminaire a été organisé en collaboration avec nos partenaires, l’Institut d’économie financière, à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).

En trois séances et une table ronde, les conférenciers et les participants ont tenté de produire des réponses à trois questions principales:

  • Une déclaration factuelle qui nécessite d’être vérifiée: la performance du secteur privé dans la région est inférieure au potentiel et en-dessous des attentes. Il n’est ni dynamique ni suffisamment productif. En outre, il ne crée pas suffisamment d’emplois.

  • Qu’est-ce qui empêche le secteur privé d’atteindre son potentiel? Deux idées sont avancées: les contraintes macro et micro.
  • Quel est le rôle de la communauté internationale à cet égard?

Dr. Youssef El-Khalil (Central Bank of Lebanon), Dr Ahmed Galal (ERF, FEMISE), photo FEMISE

Lors de la première session, les intervenants ont souligné les défis macroéconomiques auxquels sont confrontés les pays du Sud et qui ont des implications sur le développement du secteur privé. Au Liban, le Dr Youssef El-Khalil a souligné le rôle joué par la Banque centrale libanaise dans la stabilisation de l’économie au cours des trois dernières décennies (guerre, instabilités politiques, réfugiés syriens). Son principal message était de dire que le mandat de la Banque centrale ne se résume pas uniquement à obtenir une inflation stable ou une monnaie stable. La Banque Centrale a également la responsabilité sociale de promouvoir une croissance inclusive, en encourageant les activités entrepreneuriales et la création d’emplois chez les jeunes et les personnes éduquées.

En Tunisie, face aux défis macroéconomiques et au manque de ressources financières, le pays a adopté deux programmes du FMI (d’un montant de 4,7 millions de dollars) comme l’a expliqué le Dr Sami Mouley (Université de Tunis El Manar) (présentation disponible ici). Les programmes adoptés visaient à assurer la stabilité de l’économie et à appuyer les réformes financières et de crédit. Cependant, le développement du secteur privé est resté faible, c’est ainsi que des mécanismes d’accompagnement orientés vers le secteur privé ont été mis en place, notamment des réformes réglementaires, des prêts bancaires de meilleure qualité, une monnaie flottante, etc.

Pr. Simon Neaime (AUB), Dr. Sami Mouley (Université de Tunis), photo FEMISE

Selon Dr. Simon Neaime (AUB), l’espace budgétaire limité et la mise en place de régimes de taux de change fixes ont eu une incidence négative sur l’efficacité des banques centrales (présentation disponible ici). Par conséquent, les mécanismes de stabilisation monétaires et fiscaux traditionnels sont extrêmement difficiles à mettre en œuvre, car ils risquent d’entraîner de nouveaux déséquilibres. Ainsi, Dr. Neaime est plutôt favorable pour la mise en place de mécanismes alternatifs tels que la réduction de la taille du secteur public et la réduction des dépenses publiques, en donnant davantage d’espace au secteur privé. Ces mécanismes pourraient également s’accompagner de stratégies de réforme qui amélioreraient les attentes du secteur privé. Faire le lien entre croissance et développement du secteur privé, telle est la nécessité qui doit être pris en compte par les pays du sud de la Méditerranée.

 

La deuxième session a évolué autour des obstacles auxquels fait face le secteur privé et sur la manière de les surmonter. Un aperçu de ces défis fournis par la Professeure Patricia Augier (FEMISE) a permis de mettre en avant les problèmes liés à l’instabilité politique, à l’accès au financement, à la corruption et à l’inefficacité des infrastructures.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Par la suite, des intervenants de divers horizons ont présenté leurs propres expériences. Le projet intitulé «Amélioration de l’environnement des affaires dans le Sud de la Méditerranée – EBESM» a été lancé par Marie Jo Char, qui ambitionne de promouvoir le secteur privé dans la région en engageant les entrepreneurs avec les décideurs par des dialogues constructifs (présentation disponible ici). Ce projet a objectifs multiples est un bon exemple de la manière dont les ONG peuvent jouer un rôle important dans le renforcement du secteur, c’est à dire à travers des projets impliquant les institutions nationales et utilisant le financement des donateurs internationaux. Le projet EBESM est financé par la Commission européenne et la GIZ.

Dr. Khater abi Habib (Kafalat), photo FEMISE

Au Liban, les PME ont rencontré de nombreux défis à leur développement alors que le pays sortait de la guerre des années 90. La création de Kafalat a permis de fournir l’instrument nécessaire pour garantir des prêts aux PME, ce qui a eu un impact considérable sur le développement du secteur. Le Dr Khater abi Habib (PDG de Kafalat) a souligné qu’ils visaient des secteurs spécifiques, considérés comme les plus en difficulté et dont la contribution à l’économie était considérée comme essentielle (agriculture, industrie, tourisme, artisanat traditionnel et high tech). D’autres programmes ont ensuite été introduits par Kafalat qui favorise toujours les start-ups innovantes.
Une expérience différente, mais tout aussi réussie, a été adoptée au Maroc par le biais du Comité national pour l’environnement des affaires: un comité créé par le gouvernement marocain pour développer un dialogue entre le secteur public et le secteur privé dans le but d’améliorer l’environnement des affaires (présentation disponible ici). Depuis sa création en 2010, de nombreuses réformes institutionnelles et réglementaires ont été mises en œuvre par le biais de ce comité au bénéfice du secteur privé, contribuant à ce que le Maroc gagne 60 places dans son classement Doing Business Report.

 

Pour compléter l’état des lieux macroéconomique et microéconomique dans le développement du secteur privé, la troisième session a examiné la question d’un point de vue externe, celui de la communauté internationale.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Trouver des moyens plus innovants pour soutenir leur partenariat avec les pays du Sud méditerranéen, tel est la nouvelle approche de la Commission européenne pour mieux répondre aux besoins de cette région. La révision de la politique de voisinage de l’UE a été une première étape, suivie de beaucoup d’autres initiatives à différents niveaux (Macro, Meso et Micro) par la coopération régionale et bilatérale. La Commission apporte son soutien au secteur privé en associant la Facilité d’investissement pour le voisinage (FIV) en coopération avec des institutions financières comme la BEI, la BERD et les agences bilatérales des États membres de l’UE. Travailler pour la création d’un environnement propice au secteur privé doit aller de pair avec le dialogue politique, ce que Mme Malin Elander Oggero (Commission européenne) a expliqué lors de son exposé (présentation disponible ici).

À l’OCDE, le programme de compétitivité MENA a été mis en place pour soutenir le développement de la région MENA. L’approche adoptée par l’OCDE consiste à comparer les expériences politiques, à identifier les problèmes, à trouver des solutions communes à ces problèmes et à échanger les bonnes pratiques. Ces pratiques sont transposées par des recommandations et des conseils de type soft-law et selon le rythme et la configuration institutionnelle de chaque pays. De cette façon, l’OCDE contribue à la mise en place d’un cadre politique adéquat qui encourage le développement du secteur privé tout en étant attentif à ses besoins. Le Dr Nicola Ehlermann (OCDE) estime que même si c’est le rôle du gouvernement de définir l’environnement et le cadre de fonctionnement nécessaire, le secteur privé doit aussi participer à un dialogue constructif.

Dr Ahmed Galal (ERF, FEMISE), photo FEMISE

La Coopération financière internationale (IFC) du Groupe de la Banque mondiale a adopté un modèle qui sert les PME de la région en renforçant les investissements et en formulant des recommandations. Le Dr Marcel Rachid (IFC) a expliqué que le groupe de financement des PME a identifié des leçons clés importantes tirées d’expériences réussies, qui pourraient être résumées comme suit: les stratégies élaborées doivent être spécifiques au pays, il y a un besoin de disposer de l’infrastructure nécessaire pour assurer la transparence, enfin, le développement des agences de notation des PME et l’encouragement des prêts de capital-risque au secteur privé sont importants pour le développement du secteur.

À la fin de la session, Emmanuel Noutary (ANIMA) a souligné quelques défis clés détectés à travers ses 10 années d’expérience en travaillant avec les PME. Malgré la résilience des économies des pays du sud de la Méditerranée, lil y a un manque d’efficacité (50% de l’IDE sont concentrés dans des secteurs qui ne créent pas assez d’emplois) ; la R&D est à un niveau très bas et est dominée par le secteur public; l’intégration sud-sud est loin de son potentiel; il y a un manque d’efficacité et de coordination entre les institutions et les organismes qui s’occupent du secteur privé; enfin, il existe un manque de coordination entre les politiques éducatives, industrielles et sociales. Emmanuel Noutary a également ajouté que des organisations telles que ANIMA pourraient permettre de lier les décideurs privés et les décideurs politiques et réunir les PME afin de coordonner et maximiser les retombées.

FEMISE-AUB Seminar on “Unlocking the Potential of the Private Sector in South Med Countries”, photo FEMISE

Les intervenants à la table ronde finale ont souligné l’importance d’avoir un environnement macroéconomique équilibré, qui encourage le développement du secteur privé, l’adoption d’approches inclusives pour assurer la contribution de toute la société et la participation au processus de distribution. Il a été souligné qu’il est important d’avoir une approche holistique pour s’assurer que les politiques adoptées encouragent le secteur privé, l’importance de fournir des incitations pour passer du marché informel au marché formel. M. Galal (FEMISE) a conclu le séminaire en disant qu’il fallait trouver le juste équilibre entre ce que les économistes proposent comme solutions techniques et sociales et ce que les politiciens adoptent comme politiques.

Pour une transcription détaillée du séminaire (en anglais), veuillez cliquer ici.

Cet évenement a reçu le soutien financier de l’Union Européenne dans le cadre du projet  “Support to Economic Research, studies and dialogues of the Euro-Mediterranean Partnership”. Les opinions exprimées dans ce séminaire sont de la seule responsabilité des intervenants.