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Med Change Makers e02 : Simona RAMOS, Migration induite par le changement climatique : Enjeux et Solutions

FEMISE a récemment lancé sa nouvelle série d’entretiens «Med Change Makers».

 Les «Med Change Makers» sont des entretiens (texte et vidéo) qui permettent aux chercheurs FEMISE dynamiques d’illustrer comment leur recherche aborde une question politiquement pertinente et comment elle contribue au processus d’élaboration des politiques dans la région Euro-Méditerranéenne.

 

Migration induite par le changement climatique : Enjeux et Solutions

Entretien avec Simona RAMOS, Aix-Marseille Université (France), Institut de la Méditerranée et FEMISE

Simona RAMOS, Aix-Marseille Université (France), Institut de la Méditerranée et FEMISE

La dernière édition du rapport ENERGIES2050 / Institut de la Méditerranée / FEMISE « Les Défis du Changement Climatique en Méditerranée » offre un éclairage sur la place spécifique du bassin méditerranéen dans le nouvel Agenda climatique international.

Simona Ramos (Aix-Marseille Université (France), Policy Researcher à l’Institut de la Méditerranée / FEMISE) a contribué au rapport en étudiant le lien entre « Migrations et climat dans les pays du sud de la Méditerranée ».

Dans cet entretien, Simona Ramos offre des pistes de réflexions politiques pour faire face aux effets continus de la migration climatique.

 

  1. En ce qui concerne les efforts de mise en œuvre de l’Accord de Paris, quel(s) pays de la région Sud-Med sont des exemples à suivre et pourquoi?

Les pays de la région Sud-Med diffèrent dans les progrès réalisés pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le Maroc et Israël sont nettement en avance en termes de politiques et d’actions. Au cœur des efforts actuels de réduction des émissions du Maroc se trouve la Stratégie Énergétique Nationale, qui vise à porter la part de la capacité d’électricité renouvelable à 42% d’ici 2020 et à 52% d’ici 2030. Le Maroc a fait preuve d’une politique active, avec des investissements massifs dans l’énergie solaire à commencer par la construction du complexe solaire géant de Noor (utilisant l’énergie solaire concentrée) près de Ouarzazate. D’un autre côté, l’Algérie, la Tunisie et la Palestine semblent être disposés à prendre des mesures plus courageuses pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, bien que ces pays soient également confrontés à de sérieuses contraintes. Par exemple, en termes de législation, la Tunisie est devenue l’un des rares pays à reconnaître le changement climatique dans sa Constitution, même si les politiques liées au climat dans ce pays doivent être améliorées.

  1. Vous suggérez qu’il n’y a pas eu suffisamment de coopération entre les pays du Sud. Pourquoi est-ce si important et quelles sont vos suggestions à cet égard?

En effet, l’un des principaux problèmes auxquels les pays du Sud de la Méditerranée sont confrontés est le manque de collaboration mutuelle dans la mise en œuvre de leurs politiques climatiques. Une collaboration Sud-Sud solide pourrait favoriser une amélioration significative de la mise en œuvre de la politique sud-méditerranéenne en matière de changement climatique. La coopération peut contribuer au renforcement mutuel des capacités dans le domaine de la recherche et du développement. En outre, le transfert de technologie et de savoir-faire peut être favorisé par des cadres législatifs et institutionnels (par exemple en développant des cadres de transfert de technologies et des environnements propices à l’intégration de politiques de transfert de technologie au niveau national). Le potentiel de la coopération Sud-Sud est vaste et, en tant que tel, devrait être sérieusement pris en considération.

  1. Comment les processus climatiques affectent-ils la migration humaine? A-t-on fait quelque chose au niveau de la politique nationale à cet égard au sein des PSM?

Les processus climatiques affectent sérieusement les migrations. Néanmoins, on peut soutenir que ce sujet ne reçoit pas l’attention voulue car, contrairement aux événements climatiques, les processus climatiques se produisent de manière graduelle et cumulative, et il est difficile d’établir une relation causale stricte. Néanmoins, l’effet du changement climatique sur les populations peut fonctionner de multiples façons. L’eau, la nourriture et la disponibilité des terres peuvent être sérieusement affectées et les populations peuvent être forcées à migrer hors des zones touchées. La région du sud de la Méditerranée a été parmi les régions du monde les plus touchées par le climat, avec une élévation du niveau de la mer et une désertification continues. En ce qui concerne les politiques, ce qui a été fait jusqu’ici consiste en des mesures d’adaptation et d’atténuation (souvent dans le cadre des CDN ou des CN des pays). Néanmoins, on peut faire valoir que ces mesures ne traitent pas nécessairement et / ou ne s’attaquent pas entièrement aux migrations (forcées) induites par le climat.

  1. Vous déclarez que les mesures politiques actuelles ne parviennent pas à répondre pleinement aux impacts continus de la migration climatique. Pourquoi, et quelles sont vos suggestions politiques pour faire face aux effets continus de la migration climatique dans les pays du sud de la Méditerranée?

Bien qu’il puisse être fermement soutenu que les mesures politiques actuelles et les stratégies climatiques sont cruciales face au changement climatique, elles ne sont pas destinées à aborder complètement l’ensemble des conséquences du changement climatique, comme celui des migrations induites par les processus climatiques. Ceci est dû à plusieurs raisons. L’atténuation, l’adaptation ainsi que le renforcement des capacités et les stratégies de transfert de technologie prennent du temps à être mis en œuvre, ce qui signifie que les millions de personnes actuellement touchées ne sont pas susceptibles de bénéficier immédiatement de ces mesures. Aussi, pour que ces stratégies soient efficaces, un consensus global est nécessaire. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, comme l’a montré l’histoire récente.

L’une des recommandations politiques à cet égard consisterait à incorporer la migration induite par le changement climatique dans le cadre juridique international, en tant que stratégie d’adaptation plutôt qu’en tant qu’échec d’adaptation. Dans ce cas, le fait d’avoir un statut légal pour les «migrants climatiques» permettrait d’aborder et de protéger correctement les personnes qui traversent des difficultés. D’autres suggestions incluent l’utilisation de la «réinstallation planifiée», une approche qui a souvent été incorporée dans les cas de catastrophes naturelles. Beaucoup ont favorisé cette approche, car elle se déroule généralement à l’intérieur des frontières du pays, permettant une plus grande flexibilité et évitant la complexité d’exiger des accords internationaux.

  1. Comment les mesures de réinstallation peuvent être utilisées pour répondre aux personnes touchées par la migration induite par le climat?

Les stratégies de réinstallation planifiées peuvent être complexes et difficiles à mettre en œuvre, en particulier si un pays manque de capacités institutionnelles, technologiques et financières.

  • Premièrement, il devrait y avoir une identification précoce des populations exposées aux catastrophes et aux autres impacts du changement climatique, ou bien affectées par des projets d’atténuation et d’adaptation associés au changement climatique. Une cartographie nationale de ces populations doit être systématisée et partagée publiquement pour maximiser la sensibilisation.
  • La planification pour la réinstallation devrait être intégrée dans les stratégies nationales et nécessite la création d’un environnement propice, incluant une base juridique pour entreprendre la réinstallation planifiée, un renforcement des capacités, une institutionnalisation et une approche pangouvernementale.
  • La durabilité de la réinstallation planifiée devrait être assurée par une attention adéquate portée à la sélection des sites, aux moyens de subsistance, à l’intégration (identité et culture) et aux communautés hôtes, parmi d’autres facteurs.
  • Des systèmes quantitatifs et qualitatifs indépendants de suivi et d’évaluation, à court et à long terme, devraient être créés pour évaluer les impacts et les résultats de la réinstallation planifiée.
  1. Qu’est-ce que le projet de Grande Muraille Verte et quelles sont ses implications et son potentiel pour les pays du sud de la Méditerranée?

La réinstallation planifiée devrait être une option de dernier recours, car c’est un processus complexe et coûteux. Il est nécessaire de permettre l’amélioration des conditions de vie des zones touchées par le changement climatique. L’un des projets les plus importants à cet égard est la Grande Muraille Verte, une initiative africaine visant à « verdir » le désert (en cultivant plus de plantes et d’arbres) dans le but de fournir de la nourriture, des emplois et un avenir à des millions de personnes vivant dans des régions qui sont affectés par le changement climatique.

L’incapacité à vivre à partir de la terre peut être un facteur important de migration. L’écologisation des zones qui sont actuellement peu peuplées et qui ne sont pas en mesure de subvenir pleinement aux besoins humains pourrait apporter de nombreux avantages, comme i. les personnes qui vivent déjà dans ces régions ne seraient pas obligées de s’en aller et ii. ces zones pourraient également servir de lieu potentiel de réinstallation pour les populations des zones touchées avoisinantes. L’Algérie, l’Égypte et la Tunisie sont déjà partenaires dans ce projet et pourraient servir d’exemple aux autres PSM.

 

Propos recueillis par Constantin Tsakas

Les grandes routes de la migration guidées par la culture

52,3% des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord envisagent de s’installer dans un pays de l’OCDE. ©N.B.C

La culture influe-t-elle sur les flux migratoires ? L’étude Femise (FEM 42-03) analyse l’impact des facteurs culturels sur le choix des destinations des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Si la corrélation entre pays d’origine et passé colonial persiste, le Printemps arabe a cependant réduit l’intensité du choix du pays de destination par la culture.

 

Dans quelle mesure les anciennes colonies et protectorats français ou britanniques ont-ils  conservé un lien avec les grandes puissances  de la fin du 19ème siècle ? 60 ans après la décolonisation, quelles sont les influences et les corrélations avec les migrations?

L’impact de la culture sur les flux migratoires, peu étudié jusqu’à présent, vient de faire l’objet de travaux au sein du FEMISE. L’équipe, composée de Frédéric Docquier, Aysit Tansel, et Riccardo Turati, professeurs d’économie à Louvain et Ankara, a analysé  les phénomènes migratoires de 17 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Mena) sur la période 2007 à 2016. « Les indicateurs culturels sont correlés au niveau de développement économique », indique le rapport en se focalisant sur les attitudes par rapport aux inégalités hommes-femmes et sur la religiosité.(Cliquez ici pour lire l’intégralité du rapport Femise FEM42-03)

Les travaux de recherche révèlent que les traits culturels n’exercent pas d‘effet significatif sur les intentions migratoires à destination des pays non-membres de l’OCDE. En revanche, la progressivité en termes de religiosité et d’égalité entre les sexes affecte positivement les aspirations à migrer vers les pays-membres de l’OCDE.

Impact de la culture dans les pays à majorité sunnite

Par ailleurs, l’étude démontre que les attitudes vis-à-vis des inégalités hommes-femmes sont marginalement significatives. Cependant, « les jeunes migrants issus des pays MENA sont plus progressistes en terme d’égalité hommes-femmes que le reste de la population », complète l’étude.
En revanche, la religiosité joue un rôle déterminant pour les destinations européennes ou vers l’Amérique du Nord, alors qu’il ne l’est pas pour la Turquie. « La sélection par la culture s’avère encore plus forte dans les pays à majorité sunnite », indiquent les auteurs du rapport Femise.D’après le document, 52,3% des migrants du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord envisagent de s’installer dans un pays de l’OCDE. Cette proportion atteint 90% s’agissant du Maroc et de l’Algérie et 35% des migrants syriens et 30% des jordaniens alors qu’elle se résume à  seulement 10% des migrants au Yemen et au Niger. Preuve de l’empreinte laissée par le colonialisme.En effet, l’histoire continue d’influencer les aspirants migrants dans le choix de leur destination. A la fin du 19e  siècle et au début 20e siècle, l’Algérie, le Tchad, le Mali, le Liban, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, la Syrie et la Tunisie étaient des colonies ou des protectorats français et bénéficiaient donc d’un socle culturel commun. Il en va de même pour l’Egypte, l’Irak, la Jordanie et le sud du Yemen qui furent colonisés et  administrés par la Grande-Bretagne à la même époque. L’Azerbaïdjan, sous la domination de l’Union Soviétique, a proclamé son indépendance en 1991 et fait partie des pays les plus progressistes avec le Liban en termes d’égalité homme-femme et s’agissant du fait religieux.Si les caractéristiques des grands flux migratoires se maintiennent, des évolutions ont suivi les événements du printemps Arabe. Suite aux émeutes, aux violences en Egypte, en Algérie, en Irak en Tunisie et au Yémen, ces pays ont développé une vision progressiste et « condamnent la violence sur les civils », précise le rapport.Cliquez ici pour lire l’intégralité du rapport Femise FEM42-03

Article réalisé par en partenariat avec Econostrum 

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La sélection culturelle des émigrés: Résultats pour les pays du MENA

La sélection des migrants par la culture, les normes et les croyances est une question sous-étudiée dans la littérature existante. Cet article analyse les liens entre les traits culturels, les aspirations migratoires, les projets d’émigration à court terme, et les choix de destination au départ des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Nous utilisons les enquêtes Gallup World Poll (GWP) qui documentent les aspirations migratoires, les opinions et les caractéristiques personnelles des répondants. Notre échantillon est limité à 17 pays du MENA dans lesquels une enquête GWP (au minimum) a été réalisée entre les années 2007 et 2016.

En guise de prémisse, nous montrons que les aspirations migratoires sont corrélées avec les flux migratoires réels. Ceci suggère que les déterminants des aspirations migratoires sont susceptibles d’être similaires à ceux des migrations effectives. La proportion moyenne de migrants potentiels dans notre échantillon est de 24%. La proportion la plus élevée est observée en Syrie (35%); elle est proche de 30% en Jordanie et en Algérie ; au Niger, en Azerbaïdjan et au Tchad, cette part est d’environ 20%. En raison de la proximité culturelle et des effets de réseau qu’ils engendrent, les anciens liens coloniaux continuent d’influencer les destinations préférées des migrants potentiels. En moyenne, 52,3% des migrants potentiels du MENA souhaitent migrer vers un pays de destination de l’OCDE. Cette part s’élève à 90% au Maroc et en Algérie, alors qu’elle ne représente que 10% au Yémen et au Niger.

Nous menons ensuite une analyse de composante principale en deux étapes sur un ensemble de 12 questions pour extraire quatre indicateurs synthétiques de traits culturels. Nous constatons que le Liban et l’Azerbaïdjan sont les plus progressistes en termes d’inégalités hommes-femmes. L’Iran et l’Azerbaïdjan sont les plus progressistes en matière de religiosité ; au contraire, les pays d’Afrique subsaharienne (le Tchad, la Mauritanie, le Mali et le Niger) présentent un haut niveau de religiosité. L’Iran, l’Afghanistan et la Syrie présentent les niveaux de générosité les plus élevés. Enfin, les cinq pays du MENA ayant connu des turbulences et des émeutes pendant le printemps arabe (l’Algérie, l’Égypte, l’Irak, la Tunisie et le Yémen) présentent les opinions les plus progressistes concernant l’utilisation de la violence sur les civils. Dans ces pays, une grande partie de la population soutient qu’il est indéfendable d’utiliser toute forme de violence contre les civils.

Dans notre analyse empirique, nous nous concentrons sur les deux indicateurs culturels les plus corrélés avec le niveau de développement économique, les attitudes par rapport aux inégalités hommes-femmes et la religiosité. Afin d’identifier l’effet de ces traits culturels sur les aspirations migratoires, nous estimons des modèles logit avec effets fixes sur plusieurs sous-échantillons. Dans l’échantillon complet, les aspirations migratoires varient positivement avec les vues progressistes en matière de religiosité ; elles ne varient pas avec les opinions quant aux inégalités hommes-femmes. Lorsqu’on distingue les aspirations migratoires vers les pays-membres de l’OCDE et vers les autres destinations, les résultats révèlent que les traits culturels n’exercent pas d‘effet significatif sur les intentions migratoires à destination des pays non-membres de l’OCDE. En revanche, la progressivité en termes de religiosité et d’égalité entre les sexes affecte positivement les aspirations à migrer vers les pays-membres de l’OCDE. Nous analysons également si les traits culturels affectent les projets migratoires concrets pour les 12 prochains mois. L’effet de la religiosité reste significatif ; il est même plus important que pour les aspirations migratoires. L’effet des attitudes vis-à-vis des inégalités hommes-femmes est non significatif.

Ces résultats sont soumis à une large batterie de tests de robustesse. Premièrement, nous distinguons les trois catégories de pays de l’OCDE qui sont fréquemment renseignés comme destination préférée dans les données, les pays de l’Union européenne, l’Amérique du Nord et la Turquie. Nos résultats confirment que les attitudes vis-à-vis des inégalités hommes-femmes demeurent non significatives ou marginalement significatives quel que soit le groupe de destination ; l’effet de la religiosité demeure très significatif pour les destinations européennes ou l’Amérique du Nord, alors qu’il ne l’est pas pour la Turquie. Deuxièmement, nous considérons différents sous-échantillons de répondants en fonction de leur niveau de diplôme. Les résultats révèlent que la sélection par la culture affecte tous les niveaux d’éducation. Troisièmement, nous considérons différents sous-échantillons de répondants en fonction de l’âge. L’effet de la religiosité est significatif pour tous les groupes, tandis qu’une sélection positive selon les attitudes vis-à-vis des inégalités hommes-femmes est obtenue pour les individus âgés de 15 à 30 ans. Cette catégorie d’âge est celle au sein de laquelle les migrants potentiels sont les plus susceptibles de réaliser leurs aspirations migratoires. Quatrièmement, nous testons si l’intensité de la sélection par la culture varie avec les caractéristiques macroéconomiques du pays d’origine, telles que les parts des sunnites et des chiites dans la population musulmane, le PIB par habitant, la qualité des institutions, et la proportion de migrants installés dans les pays de l’OCDE. Ces interactions révèlent que la sélection par la culture est plus forte dans les pays à majorité sunnite ; la progressivité en matière d’inégalités hommes-femmes devient significative lorsqu’on contrôle pour le réseau migratoire. Cinquièmement, nous analysons si l’effet de la culture a été affecté par le printemps arabe. Nous distinguons l’échantillon complet des pays MENA, les 5 principaux acteurs du printemps arabe, et les autres pays. Dans toutes les spécifications, la sélection par la religiosité est positive et significative. De plus, le printemps arabe n’a pas affecté l’intensité de la sélection culturelle dans la plupart des pays, mais il l’a considérablement réduit dans les 5 principaux pays concernés.

Enfin, sur le plan méthodologique, nous explorons si nos résultats peuvent être induits par des différences de composition entre les groupes de migrants potentiels et de non-migrants. En utilisant la technique de Mahalanobis Metric Matching, nous construisons des sous-échantillons de migrants potentiels et de non-migrants partageant des caractéristiques observables similaires. Tous nos résultats subsistent lorsqu’on utilise des échantillons appariés. De façon robuste, nous concluons que les jeunes migrants potentiels de la région MENA sont plus progressistes en termes de religiosité et d’égalités hommes-femmes que le reste de la population. Dans l’ensemble, le printemps arabe a diminué l’intensité de cette sélection selon la culture dans les principaux pays concernés. L’émigration du MENA vers les pays riches de l’OCDE engendre des effets directs sur la distribution des traits culturels dans les pays d’origine, et sur la distance culturelle dans les pays de destination. Néanmoins, ces effets ne doivent pas être surestimés. Premièrement, l’émigration engendre des effets limités sur la distribution des traits culturels dans les pays du MENA. Elle peut même conduire à des effets opposés si la diaspora renvoie des normes progressistes vers leur pays d’origine. Deuxièmement, la sélection par la culture ne réduit que faiblement la distance culturelle entre immigrés et natifs dans les pays de l’OCDE.

Pierre Vimont « Chaque Etat européen doit participer à l’effort d’accueil des réfugiés de manière équitable »

Consultant à Carnegie Europe et ambassadeur de France auprès de l’Union européenne, Pierre Vimont fut l’organisateur du sommet de la Valette sur les migrations en novembre 2015. Ce spécialiste de la politique européenne de voisinage, des relations transatlantiques et de la politique étrangère française participait à la conférence annuelle du Femise, les 29 et 30 avril 2017 à Casablanca. Une centaine d’experts méditerranéens ont livré leurs analyses sur le thème de la « Migration et crise des réfugiés dans l’UE-Med: l’aube d’une ère de responsabilité partagée ? ».

Pierre Vimont est un expert de la politique européenne de voisinage, des relations transatlantiques et de la politique étrangère. ©N.B.C

Pierre Vimont est un expert de la politique européenne de voisinage, des relations transatlantiques et de la politique étrangère. ©N.B.C

Depuis 2010, les états arabes traversent une crise sans précédent. Quel est l’état des lieux ?

Ces crises ont suscité l’espoir en 2010 tant du côté des pays arabes que des États européens. Mais certains pays ont très vite rencontré des difficultés économiques. Le désenchantement a succédé aux espérances en Syrie, en Libye et au Yémen. Nous constatons une réelle difficulté à définir les actions à mener pour aider ces pays à parvenir à la stabilité politique, sécuritaire et à trouver un peu de prospérité économique.

L’immigration des réfugiés a fragmenté le territoire européen. Cette question ne représente-t-elle pas un danger pour l’Europe ?

La gestion de la crise des réfugiés suscite une profonde division au sein des États membres. Cependant, il ne faut jamais désespérer de l’Europe. La solidarité, la coopération loyale entre tous les partenaires, constituent la clé du problème. L’Italie et la Grèce, compte tenu de leur position géographique, font beaucoup plus d’efforts pour accueillir les immigrés et leur accorder le droit d’asile. En 2016, 770 000 personnes ont bénéficié du droit d’asile. Il existe trop de disparités entre les Etats. Chacun doit participer à l’effort d’accueil des réfugiés de manière équitable. Près de 450 000 résident en Allemagne, la France n’en compte que 35 000.

Comment se positionne la France ?
Pierre Vimont lors de la conférence annuelle du Femise, les 29 et 30 avril 2017 à Casablanca. ©NBC

Pierre Vimont lors de la conférence annuelle du Femise, les 29 et 30 avril 2017 à Casablanca. ©NBC

L’effort français en matière de droit d’asile reste très inférieur à l’Allemagne. Ce pays comble un déficit démographique générateur d’emplois non pourvus. La France essaie d’améliorer son système de doit d’asile, de le rendre plus performant pour que les décisions soient prises plus rapidement. Les délais avoisinent actuellement une année mais devraient se voir réduits de moitié. L’opinion publique française demeure très réservée à l’égard des réfugiés et des émigrés économiques. Les autorités françaises sont assez prudentes sur ce dossier. Beaucoup pensent que les immigrés génèrent une concurrence déloyale. Or ils occupent des postes que les Français refusent comme la collecte des ordures ménagères dans les grandes villes ou l’emploi des travailleurs saisonniers dans le domaine agricole.

Comment éviter tout risque d’amalgame entre les attentats et la montée de l’islamisme ?

Les dirigeants politiques, les intellectuels, des élites doivent faire œuvre de pédagogie. Ils doivent expliquer les phénomènes migratoires pour éviter tout risque d’amalgame. Pour cela, il faut avoir le courage de parler haut et fort et d’expliquer la réalité du terrain. Les réfugiés politiques ne sont pas des immigrés en situation illégale attirés par des employeurs peu scrupuleux. Ce sont des citoyens persécutés dans leurs pays, sans autre alternative que de fuir.

Les rapports des sessions plénières de la conférence annuelle FEMISE 2017 sont disponibles en cliquant ici.

Interview réalisé par en partenariat avec Econostrum lors de la Conference FEMISE de 2017- Photo par Nathalie Bureau du Colombier.

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Migration et crise des réfugiés : les experts FEMISE débattent sur l’aube d’une nouvelle ère

Conférence Annuelle du FEMISE 2017 sur: « Migration et crise des réfugiés dans l’UE-Med: l’aube d’une ère de responsabilité partagée? »

Compte-rendus des Sessions plénières

Première Session : L’impact de la crise des réfugiés sur les relations de voisinage

Plusieurs millions de Syriens fuient leur pays depuis le début de la guerre en 2011. Les Etats riverains accueillent majoritairement ces populations, le Liban en tête. Quel sera l’impact économique de cette diaspora syrienne? Les réfugiés rentreront-ils dans leur pays une fois la paix retrouvée ? Ce sont les questions qui ont été posées lors de la première session plénière de la Conférence annuelle du FEMISE (Casablanca, 29-30 avril 2017)

Osama Kadi, FEMISE conference 2017

Dévastée par la guerre déclenchée en mars 2011, la Syrie a perdu plus de la moitié de sa population en six ans. Sur les 25 millions d’habitants que comptait le pays à la veille du conflit, 15 millions ont quitté le pays ou été tués, emprisonnés ou handicapés. « Près de 20 000 ingénieurs sont partis dès la première année de la guerre », précise Osama Kadi, président de la Task Force Economique Syrienne (SETF) dans son intervention a cette première session plénière. Les Syriens ne choisissent pas de quitter leur patrie. La guerre les a contraints à trouver refuge dans des pays voisins, à traverser la Méditerranée au péril de leur vie. 50 000 personnes sont mortes noyées en cherchant à fuir depuis 2011 dans des embarcations de fortune (présentation disponible ici).

Le pays est profondément fragmenté et l’économie a perdu son capital et ses ressources humaines. Les conditions de vie sont dévastatrices: plus de 85% de la population restante vit sous le seuil de pauvreté, la plupart des enfants ne sont pas scolarisés, l’espérance de vie a chuté de façon spectaculaire à 56 ans, l’accès aux soins de santé est difficile (le ratio médecins/population est inférieur à 1: 4000) et plus de deux millions de maisons ont été détruites. La plupart des ressources énergétiques ont été endommagées ou reprises par des groupes islamistes.

FEMISE conference 2017, Casablanca

Cependant, M. Kadi envoie un message d’espoir en parlant de la reconstruction post-conflit. Il soutient que celle-ci reposerait sur 4 piliers: la sécurité, la justice et la réconciliation, le bien-être social et économique et la gouvernance et participation. Au milieu des grands défis à relever, et en fonction de la façon dont le conflit sera résolu, il a suggéré quatre secteurs qui pourraient obtenir des retours rapides: le secteur de l’énergie, l’agriculture et les industries à forte intensité de main-d’œuvre. M. Kadi a également fournit certaines idées sur les plans de réformes à court et long terme, inspirées du «plan Marshall» qui a reconstruit l’Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale.

Un statut de réfugié pour rejoindre le secteur formel

Mohamed Ali Marouani, FEMISE conference 2017

Complétant ce panorama, Mohamed Ali Marouani, Professeur d’économie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne confirme les points saillants: « Nous sommes trop focalisés sur les aspects humanitaires et pas suffisamment sur les enjeux économiques. Au Liban, les réfugiés Syriens habitent dans des régions pauvres caractérisées par un taux de chômage élevé. Comment améliorer leur qualité de vie ? Si les réfugiés ne parviennent pas s’insérer dans le tissu économique, ils demeureront dans le secteur informel et ne pourront pas générer des échanges », analyse Mohamed Ali Marouani, qui plaide en faveur de leur intégration dans le marché de l’emploi formel lors de son discours sur l’impact économique de la crise syrienne sur les pays voisins et notamment le Liban (présentation disponible ici).

Le Liban figure en première ligne. Les réfugiés syriens représentent désormais 30% de la population libanaise. Il s’agit du taux de réfugiés syriens le plus élevé au monde. A titre de comparaison, ils ne représentent que 3% de la population turque. L’afflux massif de 1,2 million de Syriens pèse sur l’économie libanaise. Le pays fait face à une chute de 20% de ses exportations et à une hausse du taux de chômage.. Son analyse se concentre sur quatre impacts possibles: d’abord, l’impact du partage de la frontière avec la Syrie en tant que pays en conflit (qui aura un impact considérable sur son activité commerciale et son économie), en second lieu, l’impact de l’afflux massif de réfugiés entrés au Liban avec un besoin particulier d’accès au marché du travail, en troisième lieu, l’impact d’un cas extrême d’arrêt de l’aide et donc une dépendance totale sur le revenu généré par le travail et en quatrième, l’impact positif de l’augmentation de l’investissement par l’aide étrangère. Son analyse a montré que les coûts engendrés par la baisse du commerce (et du tourisme) au Liban sont élevés compte tenu de l’importance de ces secteurs pour l’économie libanaise. Les flux de réfugiés ont un impact négatif sur le chômage (en particulier pour les segments les plus bas de la main-d’œuvre libanaise). La croissance globale est plus élevée, mais si l’on tient compte des réfugiés, la croissance par capital serait inférieure. Cela s’explique principalement par l’impact négatif des chocs sur les investissements.

Ibrahim Ahmed ElBadawi, FEMISE conference 2017

Si la Turquie refuse de donner aux Syriens le statut de réfugiés, les privant de la citoyenneté turque, l’Égypte et le Soudan se révèlent exemplaires. « Les Syriens possèdent un emploi en Egypte. Leur intégration constitue un modèle à étudier », suggère Ibrahim Ahmed Elbadawi, président du Femise et Directeur de l’Economic Research Forum du Caire. « Les Syriens se sentent en sécurité en Égypte et développent des relations commerciales. Reste à savoir si à la fin de la guerre, ils retourneront en Syrie », s’interroge Osama Kadi. « Le patrimoine dont ils bénéficient dans le pays d’accueil déterminera leur choix. Ils ont tout perdu en Syrie.

Raed Safadi, FEMISE conference 2017

Comment les aider à retrouver la motivation de reconstruire leur pays en ruine », fait remarquer Raed Safadi lors de sa présentation intitulée « Impact of the refugees on Neighbors : the Good, the Not so Good .. and the Bad ». .Il préconise le fait que la population combinée de la Jordanie, de la Turquie et du Liban (pays voisins) représente 94 millions avec un PIB de 900 dollars; tandis que la population de l’UE est de 500 millions, avec un PIB de 18,4 billions de dollars et qu’aux USA la population est de 319 millions d’habitants avec un PIB de 17,4 billions de dollars. Il explique que l’impact des réfugiés pourrait être une aubaine à condition que ces derniers comblent les lacunes démographiques, s’intègrent au marché du travail et deviennent productifs et apportent davantage d’échanges et d’investissements bilatéraux. Les réfugiés pourraient constituer un fardeau s’ils entravent les services publics et privés, provoquent un surpeuplement et augmentent les conflits sociétaux. L’impact du conflit syrien a entraîné des défis macroéconomiques plus importants dans les pays voisins que le seul afflux de réfugiés syriens, bloquant des chaînes et des destinations à l’exportation, entravant le tourisme et engendrant l’insécurité régionale. Cependant, il existe des répercussions positives de ces réfugiés, notamment en Turquie ou 26% des entreprises nouvellement créées sont détenues par des Syriens. Dr. Safadi insiste sur la nécessité de prendre en considération à la fois l’aide humanitaire et l’assistance au développement (présentation disponible ici).

Deuxième Session: Unifier la vision méditerranéenne de la migration en faveur de la migration et des réfugiés

Si la première session plénière a mis en lumière une gestion disparate des réfugiés selon les pays d’accueil, la deuxième session plénière de la conférence du Femise, le 29 avril 2017 à Casablanca, s’est attachée à trouver des solutions concrètes pour apporter une vision commune. Trop de divergences existent entre la perception et la gestion des réfugiés au nord et au sud de la Méditerranée, freinant la mise en place d’une chaîne de solidarité. Menace pour les uns et opportunités pour les autres…

Hugo de Seabra, FEMISE conference 2017

Immigrés économiques, réfugiés politiques et libre circulation des personnes… 6 000 immigrés frappaient chaque jour aux portes de l’Europe en 2015, au plus fort de la crise. Devant l’ampleur du phénomène, les États improvisaient en apportant une réponse empirique. « L’Etat providence a exacerbé les divisions en Europe. Nous devons bâtir un terrain commun et développer une approche inclusive », plaide Hugo de Seabra de la Fondation Calouste Gulbenkian au Portugal, à l’initiative du sommet de Lisbonne de novembre 2016 sur « L’amélioration des réponses en Europe à la crise des réfugiés ». Il ajoute que pour unifier la vision Européenne il faudra des orientations stratégiques pour: créer la volonté politique pour une stratégie prospective de l’UE en matière de migration; développer un mécanisme cohérent et équitable pour gérer les flux migratoires, pour promouvoir une intégration axée sur le travail qui renforce l’appartenance sociale et mobilise l’ensemble de la société pour davantage d’inclusivité. Chacune de ces directions exigera des politiques bien conçues, élaborées dans son discours (présentation disponible ici).

Harmoniser les délais d’octroi d’asile en Europe

Pierre Vimont, FEMISE conference 2017

« Une vraie réflexion de fond doit être menée sur le partage du fardeau. Nous devons adopter une véritable politique de l’immigration avec des règles harmonisées notamment sur les délais d’octroi de l’asile entre les différents pays européens », suggère Pierre Vimont, Senior Fellow à Carnegie Europe. La crise des réfugiés a fissuré l’Europe, exacerbant les tensions et engendrant la montée du populisme. Il a fallu attendre 2015 pour que Bruxelles se décide à élaborer une stratégie sur l’immigration.

« L’Europe a cherché à reprendre le contrôle en fermant les frontières tout en essayant de convaincre les pays du sud de garder sur leur sol les immigrés en contrepartie d’un soutien économique et financier », analyse Pierre Vimont. Il ajoute : « L’Europe souhaiterait dupliquer l’accord trouvé avec la Turquie à la Libye, ce qui est impossible compte tenu de la situation politique et sociale ». Il suggère plusieurs pistes de travail : définir une politique rigoureuse, organiser une première étape en Afrique permettant d’entrer légalement en Europe et accroître le soutien financier au Liban, à la Turquie et à la Jordanie.

Pour autant, l’Europe n’a-t-elle pas amplifié le phénomène ? « 70 % des 6 millions de réfugiés syriens sont restés dans la région. L’Europe a accueilli seulement 1,3 million de réfugiés. Sur les 770 000 bénéficiaires du droit d’asile en 2016, 450 000 se trouvent en Allemagne et 35 000 en France », temporise Senén Florensa, président exécutif de l’IEMED à Barcelone.

FEMISE researchers debating, FEMISE conference 2017

Au fil du temps, depuis le début de la crise en 2011, de nouvelles routes se sont ouvertes, déplacées ou fermées. En 2016, 55% des réfugiés transitaient par la Grèce et 45% par l’Italie.
Terre d’accueil des immigrés économiques, l’Espagne a cessé d’être attractive lorsqu’elle fut frappée par la crise avec un marché de l’emploi saturé. De pays de transit, le Maroc a changé de statut pour devenir un pays d’accueil. Il souligne qu’il existe des stratégies qui se chevauchent en matière de gestion des migrations dans la région UE-Med: de la stratégie UE-27, à la stratégie 5 + 5 de l’union pour la Méditerranée, à l’IEVP et la conférence euro-africaine sur les migrations et le développement, tout ceci compliquant l’image. Il conclut en disant qu’il faut aller d’une situation «de plus en plus de développement pour moins de migration» vers «une meilleure migration pour plus de développement» et que les politiques de migration devraient être davantage connectées aux politiques de développement.

Troisième Session — Quelles actions sont encore nécessaires pour faire face à la crise des réfugiés?

Le conflit syrien constitue le plus important défi humanitaire à relever. Un exode de plus de cinq millions de Syriens installés en Égypte, en Irak, au Liban, en Jordanie et en Turquie. Les 13,5 millions qui font le choix de rester nécessitent une aide d’urgence. Les Nations Unies, à travers le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), tentent d’apporter des réponses concrètes en aidant les populations en détresse. Agir immédiatement tout en anticipant la paix, la reconstruction, le retour des réfugiés… Les intervenants de la dernière session de la conference Femise, livrent leur vision de l’avenir.

Charbel Nahas, FEMISE conference 2017

À l’issue de la guerre, les économistes envisagent plusieurs scénarios. « La guerre civile engendre des effets irréversibles. Faut-il intégrer les réfugiés syriens totalement ou partiellement dans les pays d’accueil ? Devons nous organiser leur rapatriement ? », s’interroge Charbel Nahas, économiste et ancien ministre du travail au Liban. Usure, lassitude voire même banalisation d’un conflit qui s’éternise… Alors que la guerre civile en Syrie entre dans sa septième année, les aides se raréfient. À ce jour, sur les 200 M USD nécessaires pour bâtir des abris et fournir de l’aide non alimentaire, seulement 7 M USD ont été reçus.

Une guerre civile est à la fois démobilisation et destruction des stocks de ressources. La population syrienne se retrouve brutalement excédentaire. Sa migration est un effet prévisible. L’équilibre entre le stock de population et le stock de capital se trouve rompu au Liban. Derrière le couple complémentarité ou substituabilité des travailleurs libanais (et autres résidents) et syriens se pose la question de la variable d’ajustement : adaptation du travail, de l’économie ou de la société. Des choix lourds de conséquences se posent : intégrer les Syriens, totalement, partiellement, avec des statuts différenciés, organiser leur sortie… Dans chaque cas, c’est le modèle institutionnel sociopolitique qui est redéfini et le contexte régional avec lui. Contrairement à la théorie économique pure, la taille des états compte, mais en termes de rapport de force relatifs. Le mouvement des biens n’est pas équivalent au mouvement des facteurs, des hommes et des ressources naturelles en particulier. Si vision commune il peut y avoir, elle doit être clairement politique. Le Femise peut sans aucun doute y jouer un rôle. Le Liban, pour son malheur a connu guerre civile et reconstruction avant la Syrie. L’expérience libanaise, parce qu’elle présente un cas d’adaptation extrême, doit impérativement être prise en compte.

Sophie Nennemacher, FEMISE conference 2017

« Lors du sommet de New York en septembre 2016, les pays avaient pris des engagements financiers concrets pour soutenir les pays en crise. Les États membres se sont aussi engagés à adopter en 2018 un pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière. Ce sommet a été un échec. Nous constatons une désaffection financière des États à mobiliser des fonds pour les réfugiés. Le HCR lance un nouvel appel de fonds et tente d’inciter de nouveau les pays à soutenir les réfugiés », explique Sophie Nennemacher, agent régional de la politique de migration de l’OIM. Elle souligne également la nécéssité d’une plus grande cohérence entre action humanitaire et planification du développement pour construire une communauté de résilience (présentation disponible ici).

Pourtant, des textes protégeant les migrants en situation de vulnérabilité existent bel et bien. « La convention des Nations Unies sur les migrants a été peu ratifiée car elle confère aux migrants beaucoup de droits », explique l’experte en migrations. Elle décrit la vulnérabilité des réfugiés qui correspond à une population «en retrait». Elle fournit des détails sur les efforts de l’OIM sur ce front et sur la «matrice de suivi des déplacements» pour suivre les mouvements des personnes déplacées.

Après les sommets de New York, de Malte, Kampala accueillera mi-mai un sommet organisé à l’initiative des États de l’Union africaine.

Les scénarios de l’après-guerre

Fin septembre, les gouvernements, les représentants de la société civile et le secteur privé se retrouveront également au Caire pour tenter de dégager un consensus et d’avancer sur la question. « Les États sont appelés à faire valoir leurs idées pour défendre la cause des migrants, lutter contre la traite des humains, ouvrir des voies légales d’immigration et instaurer des axes de coopération », ajoute Sophie Nennemacher. La représentante de l’OIM précise que des outils existent pour suivre les déplacements des migrants et pour évaluer les besoins des populations (gestion des camps de réfugiés, aide sociale et psychosociale). L’expert rappelle en outre l’effet multiplicateur des aides sur la consommation et leur effet stimulant sur l’économie.

Philippe Poinsot, coordinateur des Nations Unies et représentant du PNUD au Maroc, cite l’exemple du royaume chérifien : « L’hospitalité est très ancrée dans le monde musulman. Les réfugiés bénéficient des mêmes droits que les Marocains ».

Pour un album photo de la Conférence veuillez cliquer ici

Debates, FEMISE Conference 2017, Casablanca

From left to right: Constantin Tsakas, Jala Youssef, Ibrahim ElBadawi, Patricia Augier, Maryse Louis

flag_yellow_highThis event received financial support from the European Union through the FEMISE project on “Support to Economic Research, studies and dialogues of the Euro-Mediterranean Partnership”. Any views expressed in this seminar are the sole responsibility of the speakers.

L’Europe se transforme en forteresse, or elle a besoin de main-d’œuvre

Tsakaonas« Irakiens, Syriens, Pakistanais… Ils sont des millions à avoir quitté leur pays sans perspective de retour. Un phénomène d’ampleur historique auquel l’Europe n’était pas préparée », annonce Panayotis J. Tsakonas, professeur des relations internationales, études sécuritaires et analyse de la Politique étrangère à l’université d’Egée. (Photo a gauche par Photo N.B.C)

Tsakonas2Traverser la Méditerranée devient un risque sans précédent : 3 200 hommes, femmes et enfants ont péri en mer en tentant de rejoindre les côtes en 2014. Cette même année, 219 000 migrants sont parvenus à rejoindre l’Europe sains et saufs. Ce flot d’immigrés connaît une croissance exponentielle.
En 2015, ils étaient plus d’un million dont 972 551 arrivés par la mer (818 654 en Grèce et 150 200 en Italie). Le nombre de personnes qui a péri en mer cette année est encore plus important. Pour les demandeurs d’asile, la Suède, l’Allemagne et la France arrivent en tête des destinations favorites.
Double peine pour la Grèce, qui supporte le poids de la crise économique et celui des migrants. Elle est pourtant mise au ban de l’espace Schengen. Des remarques présentées par Panayotis J. Tsakonas, Professeur des relations internationales, études sécuritaires et analyse de la Politique étrangère à l’université d’Egée lors  de son intervention lors de la session plénière de la conférence annuelle du FEMISE (13-14 Février, 2016, Athènes, Grèce)*.

Faire appliquer le Traité de Lisbonne

Que faire face à ce drame humain ? « La politique européenne vis-à-vis des immigrés clandestins s’avère inefficace. Nous assistons à la montée des partis d’extrême droite en Europe avec des gouvernements qui resserrent leurs contrôles aux frontières. L’Europe se transforme en forteresse. Aujourd’hui, la Turquie compte 2,5 millions de réfugiés. En Jordanie, ils sont 800 000, soit 1/5ème de la population. Leur intégration pose problème »,  explique Prof. Panayotis J. Tsakonas.Il rappelle que les États signataires du traité de Lisbonne doivent accepter la relocalisation des migrants au sein de l’Union européenne. Or, sur les 1,6 millions de migrants, seulement 400 000 ont été effectivement placés.

Pour une approche holistique et structurée

Tsakonas3aPanayotis J. Tsakonas préconise une approche holistique et structurée. « Nous devons élaborer une stratégie au regard de la crise des réfugiés sans chercher à résoudre les conflits dans la région. Nous n’avons pas de solution au problème », admet l’économiste grec qui entrevoit une opportunité pour l’Europe vieillissante. « Dans le cadre d’une économie globalisée, nous pouvons faire appel à 200 000 immigrés. Parmi eux se trouvent des personnes qualifiées », ajoute-t-il en se félicitant de l’attitude d’Angela Merkel.Le changement climatique pourrait exacerber le phénomène avec un flot d’immigrés croissant. Selon Panayotis J. Tsakonas, cette nouvelle menace plane sur les pays du sud. La désertification en Afrique du Nord risque d’aggraver les conflits. Réduction de la ressource hydrique, pénurie énergétique, sécurité alimentaire, catastrophes naturelles pourraient déstabiliser les États dans une région déjà si fragile. « Cela crée une interdépendance avec d’autres défis auxquels doivent faire face les pays arabes »,  conclut le professeur Tsakonas.
*Pour en savoir plus sur la conférence et l’intervention de Prof. Tsakonas intitulée : « The Migration/Refugees crisis in the Mediterranean : EU perspectives and strategies », veuillez cliquer ici.
Interview  par Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum lors de la Conference 2016 du FEMISE, Athenes, Grece.

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Quand les transferts de fonds améliorent les conditions de vie

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Les envois de fonds des migrants réduisent significativement le nombre de ménages pauvres vivants en milieu rural. (Photo F. Dubessy) 

Les transferts de fonds des migrants contribuent à améliorer les conditions de vie et le niveau d’éducation des familles récipiendaires. Une étude d’impact de ces migrations temporaires a été conduite par les économistes du Femise. L’Algérie et le Maroc ont fait l’objet d’une analyse approfondie.

Depuis 1995, les fonds rapatriés vers les pays en développement ont été multipliés par six pour atteindre 325 milliards de dollars en 2010. C’est dire l’importance de ce phénomène sur les économies. Raison pour laquelle le Forum Euroméditerranéen des Instituts de sciences économiques (Femise) a mené des travaux sous la houlette du professeur Mouhoud El Mouhoud, enseignant à l’Université de Paris Dauphine.Intitulée « Impact des transferts de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie», l’étude FEM33-22 s’avère riche d’enseignements.

Logement, santé et éducation, premiers postes de dépenses

« Les résultats empiriques de cette étude montrent

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Depuis 1995, les fonds rapatriés vers les pays en développement ont été multipliés par six pour atteindre 325 milliards de dollars en 2010. (Photo BL)

que les envois de fonds des migrants réduisent significativement le nombre de ménages pauvres vivants en milieu rural. Ils empêchent également les ménages vulnérables de tomber dans la pauvreté. En réalité, même si les migrants ne sont pas tous issus de familles pauvres, les fonds qu’ils envoient peuvent avoir un effet d’entraînement des dépenses », précise le rapport. Généralement, les fonds sont affectés aux dépenses de biens et de services : Logement, santé et éducation représentent les premiers postes de dépenses.

« (…) Les transferts des migrants influencent positivement la décision des parents de laisser leurs enfants poursuivre leurs études en particulier s’ils sont de sexe masculin et lorsqu’ils sont inscrits dans un lycée ou dans un établissement d’enseignement supérieur », précise le rapport FEM33-22.

Si certains migrants choisissent de quitter leur pays d’origine afin d’améliorer les conditions de vie des familles restées au pays, certains décident de ne pas transférer d’argent. Selon l’étude, les montants varient en fonctions de leurs revenus, de leur pays d’origine, du pays de destination et de la durée du séjour à l’étranger.

Globalement, les transferts de fonds s’effectuent vers des pays à faible performance économique. Ils permettraient de réduire de 9% le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.

En Algérie, le Femise constate un écart notable entre les populations bénéficiant ou non de transferts de fonds des migrants. Des disparités sont également relevées selon les régions.  Si Nedroma se caractérise par un fort taux d’émigration et un faible taux de transfert de fonds, la Kabylie, liée au passé colonial français, est marquée par le retour des migrants au pays au moment de la retraite. Dans ce cas, le Femise note l’importance des pensions versées aux  anciens migrants.

Au Maroc, les transferts de fonds constituent la première source de devises devant les recettes touristiques. En 2011, ils représentaient quelque 351 milliards de dollars.

Si les transferts améliorent les conditions de vie, ils ne peuvent en revanche se substituer à une politique publique globale tournée vers l’inclusivité.

Interview par Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. www.econostrum.info.

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Photos par Econostrum : photo 1 par F. Dubessy, Econostrum; photo 2 par BL

L’impact des transferts des émigrés sur le niveau de vie des ménages: étude comparative entre le Liban, le Maroc et l’Algérie

L’émigration libanaise, historiquement très ancienne, a toujours joué un rôle important dans la vie économique et sociale des ménages. Plus récemment, les flux migratoires des Libanais allant à l’étranger ont continué à augmenter pour différentes raisons, suivant la conjoncture politique et économique nationale, régionale et même internationale. Les transferts de fonds de l’étranger vers le Liban ont donc toujours constitué une part importante des ressources du pays. En se référant aux estimations faites par la Banque mondiale[1], le Liban occupe le premier rang parmi les pays de la région (MENA) quant à l’importance des transferts par rapport au PIB (22,4% en 2009). Le Maroc comme l’Algérie sont aussi parmi les pays pour lesquels les remises de fonds constituent une part importante du PIB (respectivement 6,6% et 1,4%).

Les flux des capitaux transférés par les émigrés sous forme de remises d’investissements ou de dépôts bancaires constituent une composante essentielle de l’économie libanaise et représentent une part importante des ressources du pays.

L’importance de l’émigration apparait aussi dans la société. En effet un bref aperçu historique de l’émigration libanaise met en relief la tradition des Libanais à émigrer et à créer des réseaux et filières migratoires dès les premières vagues d’émigration. Cette mise en perspective historique de l’émigration libanaise permet de ressortir, pour les trois vagues principales d’émigration des Libanais depuis la fin du dix-neuvième siècle, le caractère massif de ces mouvements, la multiplicité des destinations et l’inégale participation des régions et des communautés religieuses dans la dynamique migratoire.

Cette recherche s’est focalisée sur l’analyse de l’impact des remises des émigrés sur les ménages libanais, et s’est aussi penchée sur les rapprochements avec le Maroc et l’Algérie où les transferts des émigrés constituent aussi une part importante des revenus des ménages concernés. Elle a été réalisée en trois phases : la première phase a consisté à mener une enquête auprès de 2000 ménages libanais dont 1000 recevant des transferts de l’étranger 1000 ne recevant pas (Juin-Octobre 2012). Cette enquête avait pour principal objectif d’évaluer et d’estimer l’importance des montants reçus, de connaitre quels sont les domaines de leur utilisation et de leur destination et enfin d’étudier leur impact sur la structure de la consommation des ménages comparée à celle des ménages de même catégorie socio-économique ne recevant pas d’aide extérieure.

La deuxième phase a consisté à retenir un petit nombre de localités rurales ou semi rurales (12) réparties dans les différentes régions libanaises et connues pour avoir une tradition d’émigration, pour observer la localité et ses habitants dans une approche qualitative. Cette approche avait pour objectif de déceler l’impact des aides extérieures sur les transformations de la collectivité locale et de repérer aussi, les transferts du savoir-faire, d’investissement professionnel et de nouvelles valeurs à l’échelle du groupe dans son ensemble.

La troisième phase devrait permettre de faire des rapprochements avec les données d’enquêtes déjà disponibles, concernant le même sujet au Maroc et en Algérie, pour essayer de ressortir les particularités et/ou les ressemblances entre ces trois pays en ce qui concerne l’impact des transferts de l’étranger sur les niveau de vie des ménages.

 Pour la réalisation de l’enquête auprès des ménages, principale source d’informations dans cette étude, l’échantillon des ménages a été tiré à partir des données de l’enquête nationale effectuée en 2009 dans le cadre de l’OURSE (Observatoire universitaire de la réalité socio-économique) de l’Université Saint Joseph de Beyrouth, sur « L’émigration des jeunes Libanais et leurs projets d’avenir ». 200 ilots ont été tirés en donnant à chaque îlot une probabilité proportionnelle au nombre de ménages dans l’îlot recevant une aide extérieure, dans chaque ilot 10 ménages ont été sélectionnés 5 recevant des transferts de l’étranger et 5 ne recevant pas, comme ménages témoins.

Cette technique a permis de concentrer l’enquête dans un nombre relativement réduit d’îlots, ce qui permet de réduire les coûts, tout en assurant une représentativité des différentes régions dont les caractéristiques en matière d’émigration et de niveau de vie sont très variables.

Dans les 2000 ménages interrogés, 7471 membres résidents ont été répertoriés pour lesquels les informations individuelles ont été recueillies. Le nombre d’émigrés apparentés aux ménages s’est élevé à 3356 individus pour lesquels les informations individuelles ont été, aussi, collectées.

Le questionnaire divisé en 10 parties, comprend des variables de catégorisation des ménages, les caractéristiques socio-professionnelles des membres, et des variables se rapportant aux caractéristiques des émigrés en rapport avec les transferts. La collecte des données s’est déroulée entre Juillet et Octobre 2012, avec en plus des difficultés habituelles de toute enquête à sujet délicat concernant les revenus et les dépenses, les difficultés dues à l’état d’insécurité régionale et nationale. De multiples contrôles et de tests de cohérence et de vraisemblance faits au bureau pendant et après la fin de la collecte, ont permis d’épurer les fichiers et d’assurer un degré de fiabilité globalement satisfaisant.

Cette enquête a permis de connaitre les caractéristiques socio-économiques des ménages profitant des transferts de l’étranger comparées à celles des ménages sans transferts : taille et composition, nombre d’enfants résidant avec le ménage au Liban et ne résidant pas avec le ménage, existence des proches émigrés, profil démographique du chef de ménage, son lieu de résidence, son niveau d’instruction, son activité. Nombre de scolarisés, nombre d’actifs, nombre de travailleurs par ménage. D’autres variables se rapportant aux différentes sources de revenus et leurs montants, aux divers postes de dépenses, ainsi qu’à la satisfaction des ménages quant à leur revenu, l’importance et la nécessité des transferts reçus dans la vie quotidienne, les postes de dépenses les plus lourds ainsi que les modalités d’utilisation des transferts reçus ont pu être dégagés à partir d’un nombre important de variables prévues à cet effet.

Elle a permis aussi de révéler les caractéristiques des membres des ménages suivant un axe comparatif entre les ménages profitant des transferts de l’étranger et les ménages sans transferts : type de résidence, âge et genre, état matrimonial, occupation, niveau d’études, informations supplémentaires sur les universitaires concernant la spécialisation, le pays d’obtention du diplôme, le financement des études , l’apport des transferts de l’étranger pour la poursuite des études, connaissance des langues étrangères, situation quant à l’activité économique, métiers exercés, statut professionnel, secteur d’activités économiques, revenus. Les chômeurs ont été interrogés sur des informations plus ciblées concernant : les causes et la durée de chômage, les difficultés rencontrées et les modalités de recherche d’emploi.

 Cette enquête a aussi permis de ressortir les caractéristiques des émigrés en relation avec les transferts. Pour les différents critères pouvant avoir un impact sur le transfert il a été possible de déterminer le poids des émigrés dans chacune des modalités de la variable considérée et de nuancer l’existence de transfert en fonction de sa régularité ou pas et de sa destination : envoie de transfert ou pas, régulièrement ou pas, envoyait n’envoie plus, envoie à un autre ménage. Ces catégories ont été combinées avec l’âge et le genre de l’émigré, le lien avec le chef de ménage, l’état matrimonial, les raisons de départ, le pays de destination, le niveau d’instruction, l’activité économique, les liens entretenus avec la famille au Liban et le pays en général, les investissements faits au Liban et à l’étranger et enfin l’intention de retour. Des questions plus ciblées sur les transferts ont permis de connaitre les montants envoyés, par quel moyen et depuis quand. D’autres questions ont permis de connaitre aussi la situation familiale de l’émigré en rapport avec l’émigration lié aux transferts : la nationalité et le lieu de résidence du conjoint, la présence d’enfants au Liban ou à l’étranger.

Dans la deuxième phase, l’étude qualitative effectuée dans une douzaine de villages, (choix des localités par sélection ciblée), axée sur les liens des émigrés avec le lieu d’origine, a permis de découvrir l’intérêt porté par les émigrés, non pas seulement à leur famille, mais à la communauté locale dans sa totalité et ceci à travers les différentes actions collectives menées grâce aux transferts financiers et au savoir-faire des émigrés originaires de la localité.

Etant donné l’importance du phénomène migratoire dans la société libanaise et dans son économie, (45% des ménages ont au moins un proche émigré depuis 1975), et la pénurie des informations sur les transferts, les informations recueillies dans ce projet ont comblé un vide et permis de mieux estimer l’importance des transferts dans le budget des ménages, de préciser les domaines d’utilisation de ces transferts et d’évaluer leur impact sur le niveau de vie des ménages.

 

Vol 9: L’impact Socio-economique de la Migration- Springer

Migration_ArtalEncore une fois les recherches financées par FEMISE, à travers les fonds de la Commission Européenne, ont fait l’objet d’une base d’un nouvel volume édité. Publié sous le titre « L’impact socio-economiques des flux de la Migration » (titre originale en anglais: “the Socio-Economic Impact of Migration Flows », le volume édité par: Andres Artal-Tur, Giovanni Peri and Francisco Requena-Silvente fait une nouvelle contribution envers le sujet de la migration.

 

Le volume est une valeur ajoutée puisque:

  • Les sujets concernant la migration sont couverts du point de vue théorique et empirique;
  • Il comprend les développements récents dans le domaine et utilise les dernières méthodes de recherche ;
  • La mise au point et les lignes directrices de la politique notable dans tous les chapitres
  • Bien que la mondialisation de l’économie mondiale est actuellement une force puissante, la mobilité internationale des personnes semble être encore très limitée . Le but de ce livre est d’améliorer nos connaissances sur les effets réels des flux migratoires. Il comprend des contributions de chercheurs universitaires éminents analyse de l’impact socio- économique de la migration dans une variété de contextes : l’interconnexion des personnes et des flux commerciaux, les causes et les conséquences des transferts de fonds de capitaux , la compréhension de l’impact macro-économique de la migration , et les effets sur le marché du travail des flux de personnes . Les dernières méthodes d’analyse sont employées dans tous les chapitres , tandis que les lignes directrices de la politique intéressantes se dégagent de l’enquête . Le style du volume le rend accessible pour les non-experts et les lecteurs avancés intéressés par ce sujet important dans le monde d’ aujourd’hui.

Téléchargez la table des matières, la préface et les remerciements (en pdf)

Pour en savoir plus ou commander le livre, merci de suivre le lien vers Springer

 

 

Le défi de l’emploi dans les pays méditerranéens

Le présent rapport est consacré à la question la plus importante dans les pays méditerranéens, à savoir la question de l’emploi. Ces pays doivent, en effet, créer un nombre d’emplois décents sans précédent pour absorber le nombre croissant de nouveaux entrants sur les marchés du travail, l’actuelle forte proportion de jeunes inactifs et accroître sensiblement la participation féminine à l’activité économique. De plus, la région doit remédier au problème d’un important secteur informel où une proportion croissante de la population vit et travaille dans des conditions peu favorables de faible productivité, de faibles revenus et d’insuffisante protection. Enfin, la région doit s’assurer que ses flux migratoires constituent un échange positif à la fois pour les pays émetteurs et les pays receveurs, plutôt qu’un exode des cerveaux.Relever ce défi n’est pas aisé. D’un côté, la pyramide des âges dans la région se caractérise par une proportion des jeunes bien plus forte que la moyenne. Certes, les taux de croissance de la population ont fléchi, mais l’impact des taux de fertilité passés élevés se ressent maintenant. D’un autre côté, la région ne peut plus aujourd’hui se permettre d’aborder la création de l’emploi par le recrutement du secteur public. La taille du secteur public est déjà trop importante et la mondialisation rend difficile tout développement sans une forte compétitivité économique selon les standards internationaux.Toutefois, on considère dans ce rapport que le défi peut être relevé, si les décisionnaires politiques prennent les mesures nécessaires à partir des expériences réussies d’autres pays et en les adaptant aux conditions initiales des PM. Ces réformes impliqueraient de poursuivre la transition déjà entamée vers un niveau plus élevé de croissance pro-emploi, avec des améliorations des conditions de travail de travail. Elles devraient également concerner une meilleure mise en adéquation des systèmes éducatifs avec la demande de travail dans un contexte de diversification des économies. Et elles pourraient également inclure des échanges bénéfiques mutuels de migrations temporaires entre les PM et l’UE.Le propos de ce rapport est de contribuer à la discussion sur la nature et la magnitude du problème de l’emploi dans les PM, ses causes profondes et les possibles voies pour y remédier. Il ne propose pas un plan d’action précis pour chaque pays ; il met plutôt en évidence les principaux points évoqués ci-dessus et propose des pistes pour mener des discussions entre les parties concernées.Le rapport est organisé en quatre sections :1. La nature du challenge à partir d’une présentation de la situation actuelle et des grandes tendances démographiques qui s’annoncent.2. Les causes profondes du problème.3. La compétitivité de la région, l’ouverture et les liens entre fixation des salaires et productivité.4. On donnera, enfin, une idée des principaux enjeux et le cadre général des discussions qui les concernent.

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