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FEMISE MED BRIEF no5 : l’Egypte et Accord de l’OMC sur les marchés publics

FEMISE inaugure le lancement de sa nouvelle série de Policy Briefs MED BRIEF qui ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

Le cinquième numéro de MED BRIEF « L’Egypte devrait-elle adhérer à l’Accord de l’OMC sur les marchés publics (AMP)? » est disponible ici (en GB).

Il est également disponible en Arabe ici.

Ahmed Farouk Ghoneim (Professeur d'économie, Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire, FEMISE)

Ahmed Ghoneim (Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire, FEMISE)

Ce Policy Brief, par Ahmed Farouk Ghoneim (Professeur d’économie, Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire), tente de répondre à la question suivante: l’Egypte devrait-elle adhérer à l’AMP de l’OMC ? Les débats sur les niveaux théoriques et politiques n’ont pas abouti à une réponse claire concernant les avantages et les inconvénients d’adhèrer à un tel accord pour un pays en développement. Pourtant, nous essayons dans ce Policy Brief de clarifier certaines idées fausses associées à la signature d’un tel accord, et d’identifier quelles sont les étapes nécessaires pour que l’adhésion soit fructueuse.

La liste des FEMISE MED BRIEF est disponible ici.

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

La qualité de la gouvernance stimule le commerce au Moyen-Orient

La gouvernance d’un pays joue un rôle déterminant dans la capacité des entreprises moyen-orientales et nord africaines à commercer et à s’intégrer dans l’économie globale. La qualité des institutions explique la performance des entreprises à l’export, comme le démontre le rapport du Femise (FEM41-08) dans sa troisième partie.

 

La gouvernance d’un pays joue un rôle déterminant dans la capacité des entreprises moyen-orientales et nord africaines à commercer et à s’intégrer dans l’économie globale. Photo GTur

Après avoir analysé les compétences et les contraintes des sociétés installées dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le rapport se concentre sur le cas des entreprises égyptiennes en examinant les freins à leur performance.
Le troisième chapitre de l’étude, coordonnée par la professeure d’économie Inmaculada Martínez-Zarzoso, souligne l’importance de  la gouvernance dans la capacité des entreprises à exporter ou importer.Dans le cadre de l’étude, les économistes du FEMISE ont analysé les exportations bilatérales avec 189 partenaires commerciaux et dix-neuf pays exportateurs de la région entre 1996 et 2013.  Il en ressort que, si la démocratie et le bon fonctionnement des institutions constituent un pré requis, l’environnement des affaires influe non seulement sur la productivité mais contribue à la performance de l’économie dans sa globalité. Environnement commercial et cadre institutionnel impactent à la fois la performance des entreprises et le dynamisme économique du pays.

L’importance d’une gouvernance homogène pour faciliter le commerce

L’étude démontre qu’au lendemain des événements du Printemps Arabe, de nouveaux critères sont apparus. Ainsi, la facturation et la comptabilité apparaissent comme des facteurs déterminants stimulant les exportations.

Le monde des affaires a besoin d’un environnement stable, notamment s’agissant du droit de la propriété. Le respect de l’état de droit, la lutte contre la corruption, une bureaucratie efficace stimulent les relations d’affaires. De plus, deux pays présentant des similitudes dans leur gouvernance observeront un impact positif sur leurs niveaux d’exportations.

« Les réglementations similaires et la primauté du droit stimulent les exportations au Moyen-Orient. Les politiques commerciales de libéralisation pourraient ainsi se concentrer sur des partenaires commerciaux avec des normes de gouvernance similaires », indique le document, ajoutant que chacun des six indicateurs de gouvernance influe positivement sur le commerce bilatéral.

Pour en savoir plus sur le sujet, veuillez télécharger le rapport disponible ici.

Article réalisé en partenariat avec Econostrum.

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La Performance des Entreprises dans le Processus de Transition: le Rôle des Contraintes d’Affaires et des Institutions dans la Région Sud-méditerranéenne

Note: Le projet de recherche comprend trois papiers (en anglais)

Paper 1. Compétences professionnelles, institutions et performance des entreprises dans les pays en développement

Paper 2. Les contraintes environnementales des entreprises dans les pays de la région MENA, avec un accent particulier sur l’Egypte

Paper 3. Exportations et gouvernance: La région MENA est-elle différente?

Ce rapport vise à analyser les tendances récentes de la performance de l’entreprise et le succès économique dans les pays situés au Sud de la Méditerranée au niveau de l’entreprise et du pays. Plus précisément, il vise à identifier et évaluer les facteurs potentiels qui peuvent déclencher et favoriser les changements économiques dans la région, tout en mettant l’accent sur le rôle joué par l’environnement commercial et le cadre institutionnel pour expliquer la performance économique, mesurée par la productivité, la croissance des ventes et les exportations, ainsi que de quantifier leur importance relative. Tout d’abord, nous étudions les différentes sources de la performance économique à partir des facteurs internes et externes à l’entreprise. Au niveau de l’entreprise, l’environnement commercial englobe les caractéristiques du système juridique, réglementaire, financier et institutionnel d’un pays et, par conséquent, il a un impact sur la performance des entreprises et des industries.

Deuxièmement, étant donné que l’environnement commercial affecte la performance des entreprises et des pays, donc, nous procédons à une enquête empirique de ces conjectures au niveau des pays aussi. L’hypothèse sous-jacente commune est que les entreprises et les pays exposés à de «meilleurs» environnements et institutions commerciaux peuvent être tenus d’accomplir mieux.

La principale nouveauté de ce rapport est de développer des données empiriques portant sur la période de transition sur les conditions qui influent la performance du secteur privé et au niveau des pays exportateurs dans la région sud de la Méditerranée par rapport à d’autres régions/pays qui avaient déjà passé par une transition économique et institutionnelle dans le passé. En conséquence, l’étude fournit les outils pour construire les politiques de développement appropriées.

Ce rapport est structuré en trois parties: la première partie se concentre sur les compétences et les caractéristiques des ressources des entreprises et le rôle des principales contraintes perçues pour faire du commerce au niveau de l’entreprise. Des micro données d’enquête sont utilisées pour explorer l’impact des compétences de la main-d’œuvre et d’autres caractéristiques propres à l’entreprise sur sa performance, mesurée par la croissance des ventes, dans 135 pays en voie de développement. L’analyse utilise un ensemble de données cohérentes et grandes à partir des enquêtes auprès des entreprises de la Banque mondiale. Les résultats montrent que les compétences de la main-d’œuvre et des caractéristiques propres à l’entreprise sont des prédicteurs significatifs de la performance des entreprises. Cependant, le pouvoir prédictif des compétences de la main-d’œuvre et des caractéristiques propres à l’entreprise est affecté de manière significative par des facteurs nationaux économiques et non-économiques. En effet, les niveaux nationaux de développement économique, financier et humain, l’inégalité des revenus, les conditions internes de gouvernance réglementaire et d’autres institutions ainsi que l’hétérogénéité juridique et sociale, ont tous un rôle à jouer dans la détermination de la performance des entreprises. Les résultats montrent que la classification des entreprises par les compétences limitées de la main d’œuvre ou leur absence dans les pays en voie de développement peut être mieux évaluée sur la base de facteurs à la fois aux niveaux micro et macro.

La deuxième partie du rapport se concentre spécifiquement sur les principaux obstacles les entreprises de la région MENA, et notamment les entreprises égyptiennes face afin de réaliser des activités commerciales dans leur pays et examine dans quelle mesure ces contraintes affectent-elles la performance des entreprises. La performance de la firme est mesurée en productivité totale des facteurs (PTF). Notre analyse évalue les effets des différents indicateurs d’activité, obtenus à partir de l’Enquête sur l’entreprise de la Banque mondiale en utilisant des données au niveau des entreprises d’entreprises manufacturières, sur la PTF. Un certain nombre de variables de contrôle utilisées couramment dans la littérature empirique sont également inclus dans le modèle. Pour vérifier la robustesse de nos résultats, des mesures alternatives de rendement de l’entreprise sont utilisées, tels que les ventes totales et le nombre moyen de travailleurs. Les principaux résultats indiquent que l’accès et le coût de financement, les taux d’imposition, la politique d’incertitude réglementaire, le prix des terrains et des infrastructures de base, comme l’accès à l’eau et l’électricité, sont parmi les facteurs les plus pertinents. Ces résultats ont des implications politiques importantes, en particulier pour les créateurs de politiques et les aideront à décider du type d’actions spécifiques qui pourront être prises afin de réduire les principaux obstacles et par conséquent à encourager les entreprises manufacturières égyptiennes à devenir plus compétitives. L’analyse est également étendue à d’autres pays de la région, à savoir le Liban, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie et les contraintes environnementales avant et après le printemps arabe sont comparées. Les principaux résultats indiquent que l’incertitude réglementaire et politique, la corruption et la criminalité sont devenues des obstacles plus aggravés après 2011 pour la plupart des entreprises de ces pays.

La troisième partie porte sur l’analyse au niveau des pays et étudie le rôle de la qualité des institutions et de ses différentes dimensions dans les pays sélectionnés pour expliquer la performance de l’exportation. Elle vise à analyser si une meilleure qualité de gouvernance économique récompense la performance de l’économie et facilite l’intégration de la région MENA dans l’économie mondiale. Un modèle de gravité du commerce accompagné par des indicateurs de gouvernance est estimé à l’aide des exportations bilatérales entre 189 partenaires commerciaux et également 19 MENA exportateurs au cours de la période de 1996 à 2013. Les principaux résultats montrent que, individuellement, chacun des six indicateurs de gouvernance dans les pays exportateurs et importateurs considérés ont un effet positif sur le commerce bilatéral. Cependant, les résultats pour la région MENA exportateur diffèrent légèrement. La gouvernance dans les pays importateurs semble moins pertinente pour les exportateurs de la région MENA que pour le reste des exportateurs. L’effet de similitude des pays par paire dans les indicateurs de gouvernance indiquent des niveaux similaires dans la qualité de la réglementation et la primauté du droit dans les pays exportateurs et importateurs favorise les exportations des pays de la région MENA. Similitudes dans la voix et la responsabilité de même favorisent des exportations dans les pays exportateurs en moyenne, mais cela ne semble pas pertinent pour les exportateurs de la région MENA.

De deux décennies de «libéralisation dévoyée» vers «un développement démocratiquement organisé»: Etude des cas de l’Egypte, du Maroc et de la Tunisie

  1. L’ensemble des pays de la Méditerranée, rive Nord et rive Sud, exception faite de la Turquie, constitue aujourd’hui une des régions du monde les plus en crise, et cette crise en Europe est telle qu’elle accroît sensiblement les difficultés des pays méditerranéens et du Moyen-Orient. Certes, les « révolutions arabes », en particulier celles qui ont été observées et qui ont semblé couronnées de succès, pour les pays qui nous intéressent dans cette étude, en Tunisie et en Egypte, auxquelles il faut joindre l’évolution démocratique spécifique en cours au Maroc, ont des causes multiples, mais pour nous, économistes, les déterminants « économiques » de ces mouvements sociaux et politiques ont eu (et continuent à avoir) un rôle majeur.

Pourtant, le « Processus de Barcelone » de partenariat euro-méditerranéen avait inauguré, de façon formelle, en novembre 1995, une politique de coopération de l’Union européenne porteuse de promesses de plus de croissance et de développement, vis-à-vis de douze pays des rives Sud et Est de la Méditerranée ; cette politique avait comme contenu essentiel, outre les propositions de coopération et d’assistance au plan politique, l’instauration d’une Zone de Libre Echange (ZLE) encadrée par la mise en œuvre d’Accords d’Association devant respecter les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

L’idée de base de ces Accords et le principe du partenariat Euro-méditerranéen reposaient donc sur la même perspective que celle de la création de l’OMC : la libéralisation raisonnée des échanges commerciaux par la suppression progressive des tarifs douaniers et des contingentements, conformément aux analyses de la théorie libérale du Commerce International, serait avantageuse pour les pays des deux rives de la Méditerranée.

En particulier, les pays des rives Sud et Est, compte-tenu de leurs dotations naturelles en facteur travail et du niveau attractif de leurs salaires, étaient considérés comme en mesure de devenir rapidement compétitifs, une fois effectuée la « mise à niveau » de leurs entreprises situées dans les activités manufacturières. L’espoir mis dans l’afflux des investissements étrangers (les IDE) ainsi que dans les entrées de capitaux sous forme de prêts bancaires ou d’aides publiques devant aller aux secteurs d’activité prometteurs, constituait le point d’appui des choix politiques favorables à cette ouverture.

Cette ouverture devait entrainer une dynamisation de la croissance économique et les retombées de celle-ci (via le mécanisme du « trickle down ») devaient être bénéfiques pour tous ; en particulier, la création d’un nombre d’emplois capables d’absorber la main d’œuvre des jeunes générations arrivant de plus en plus nombreuses sur le marché du travail, était le but indirect mais attendu de cette libéralisation.

 

  1. Qu’en est-il donc, aujourd’hui, dix-sept ans « après Barcelone », des effets de ces politiques successives de libéralisation et de coopération économiques, et pourquoi faut-il s’interroger sur les « dévoiements » qui les ont accompagnées et qui sont à l’origine des « révolutions du printemps arabes» ?

Pour répondre à cette double question, il faut d’abord rappeler l’extrême fragilité de la théorie académique libérale du Commerce International : en effet, en dehors des hypothèses simplificatrices du « twoness », c’est à dire des modèles «2 ;2 ;2», deux pays, deux produits, deux facteurs, qui sont l’alpha et l’oméga de cette théorie, il est impossible de démontrer la validité analytique des quatre grands théorèmes sur lesquels elle repose (les théorèmes de Hecksher-Ohlin, Samuelson, Stolper–Samuelson et Rybczinsky) et qui sont considérés comme validant scientifiquement la doctrine libérale selon laquelle la libéralisation totale des échanges apporte le maximum de bien-être aux (habitants des) pays partenaires[1].

Il n’est donc pas surprenant que, la plupart du temps, l’ouverture ne débouche pas sur le « cercle vertueux » : {libéralisation du commerce extérieur → rééquilibrage du solde commercial via la hausse des exportations → hausse de l’emploi dans les secteurs exportateurs → augmentation des revenus distribués → hausse de la demande intérieure → hausse de l’investissement induit → hausse généralisée de l’emploi →… et ainsi de suite} prévu par la doctrine libérale.

Dès lors, il est nécessaire d’étudier au cas par cas pourquoi la « libéralisation commerciale », lorsqu’elle est mise en œuvre, réussit ou ne réussit pas ; c’est ce qui a motivé notre étude, compte tenu de l’échec relatif du « Processus de Barcelone », échec qui fait certainement partie des causes (multiples) des « révolutions » du printemps arabe.

 

  1. Le problème majeur qui affecte les trois économies de l’Egypte, du Maroc et de la Tunisie, étant celui du chômage, et notamment du chômage des jeunes, nous avons ciblé notre recherche sur les effets sur l’emploi de la libéralisation des échanges extérieurs dans les trois pays, au cours des deux dernières décennies, en procédant, dans une première étape, à trois études monographiques. Pour ce faire, nous avons analysé les conséquences du « Processus de Barcelone » sur le commerce extérieur et les « performances » des trois pays en matière de croissance et d’emploi, « avant » et « après » la mise en œuvre des Accords d’Association.

Il est apparu, si on résume à grands traits, les résultats de cette Première Partie de notre Rapport, que, loin de se résorber, les déficits commerciaux n’ont cessé de se creuser dans les trois pays, jusqu’à aujourd’hui. Ils n’ont donc pas bénéficié des bénéfices attendus de la mise en œuvre des Accords d’Association, que cette mise en œuvre ait eu lieu en 1998 (Tunisie), en 2000 (cas du Maroc) ou en 2004 (cas de l’Egypte) ; de ce fait, la croissance n’a pas été stimulée à la hausse comme attendu, ce qui s’est traduit par une hausse dans les trois pays du chômage, notamment du chômage des jeunes, des femmes et des diplômé(e)s, et cela dans le contexte d’une croissance démographique continue, même si on a observé des phénomènes intéressants de transition démographique dans la deuxième moitié des années 1990 (natalité en baisse, notamment au Maroc et en Tunisie avant l’Egypte).

En d’autres termes, la croissance n’a été inclusive ni « avant », ni « après Barcelone » malgré l’ouverture. Il est donc clair que le processus de libéralisation a été dévoyé de ses objectifs.

 

  1. Pour contrôler la crédibilité de ces constatations établies dans la première partie de notre étude, à partir de statistiques purement descriptives, et pour leur trouver des éléments analytiques d’explication, on a fait appel à l’économétrie afin d’évaluer le rôle de l’ouverture commerciale à côté des autres variables habituellement reconnues comme agissant directement sur la croissance et donc indirectement sur l’emploi si les modalités de cette croissance la rendent inclusive. Ces développements font l’objet de la deuxième partie de notre Rapport.

Cette démarche économétrique a procédé en deux étapes.

4.1.            Nous avons d’abord étudié le rôle de l’ouverture commerciale (à partir de la variable exportations) sur la dynamique de l’emploi, à côté d’autres déterminants de cette dynamique pour un ensemble de PVD ou émergents réunis dans un panel de 60 pays ayant choisi de libérer leurs relations commerciales ; dix pays de la région MENA figurent dans cet échantillon. Cette étude a mobilisé l’économétrie des panels dynamiques pour estimer les coefficients d’élasticité de l’emploi des personnes actives d’âge compris entre 24 et 65 ans, par rapport à plusieurs variables dont la technique économétrique utilisée permet d’identifier les variations comme ayant un rôle significatif sur l’accroissement de l’emploi. Les variables qui sont ressorties comme déterminantes de l’emploi sont la croissance (du Pib per capita), l’investissement, le capital humain (mesuré à partir des dépenses de santé), la productivité agricole et les exportations ; l’accès au financement (mesuré par le rapport au Pib du crédit bancaire) est apparu comme ayant un rôle ambigu : sa contribution marginale à l’emploi, estimée via une relation non linéaire (en fait « quadratique »), est positive en dessous d’un certain seuil (seuil de l’ordre de 21%) ; elle est négative au dessus. Quant au coefficient d’élasticité de l’emploi par rapport aux exportations (pour l’ensemble de l’échantillon), il est apparu comme relativement faible.

4.2.            Mais, le résultat le plus utile de cette première étape est que, dans une des spécifications économétriques testée découplant en cinq grandes régions géographiques le panel global initial de soixante pays, les coefficients d’élasticité de l’emploi par rapport au Pib obtenus pour les pays de la Région MENA ont semblé sensiblement différents de ceux obtenus pour le panel global ; cette particularité nous a incités à procéder à une étude spécifique pour cette région dans laquelle sont inclus les trois pays qui nous intéressent, étude qui a porté sur un panel réduit à dix pays[2].

Les résultats de cette étude empirique complémentaire font ressortir les spécificités des pays MENA en matière de dynamique de l’emploi. Ainsi, pour ces pays, si l’amélioration de la productivité agricole apparaît encore comme jouant un rôle significatif sur l’emploi, le signe de cette élasticité est, ici, négatif, contrairement au résultat observé pour le panel global ; il en est de même pour l’accès au financement : sa contribution marginale à l’emploi (testée sous forme linéaire) est fortement négative ; et, si on procède, comme pour l’échantillon global, au test d’une relation non linéaire, cette contribution reste négative en dessous d’un certain seuil, et positive au dessus, ce qui est le résultat exactement inverse de celui observé pour le panel complet ; on relève enfin que le coefficient d’élasticité de l’emploi par rapport à l’accroissement de l’investissement privé, s’il est positif, est très faible (il est quasiment nul).

 

  1. Face à ces résultats confirmant la spécificité des pays de la région MENA, il était indispensable d’étudier séparément la dynamique de l’emploi pour chacun des trois pays, sujets de notre étude, sur une plus longue période (en fait plus de trois décennies) englobant l’« avant » et l’« après Barcelone » ; pour ce faire, ce sont les développements les plus récents de l’économétrie des séries temporelles qui ont été mobilisés pour cet approfondissement de l’analyse.

Les résultats de ces estimations menées de façon très rigoureuse ont donné les coefficients d’élasticité suivants :

Elasticités de l’emploi par rapport aux cinq variables identifiées comme significatives

pays

PIB/cap

CapitalhumainFbcf privéeExports IDETrendConstante

 

Egypte

 

0,786

 

0,263

 0,451

  

 0,441 0,4381931983
Maroc

 

 1,191 0,0790,001    1,003

  

 0,0796,7103291
Tunisie

 

 0,134 0,677 0,004    0,283

  

 2,319ns187,41

 

La hausse du PIB par tête, c’est-à-dire la croissance, apparaît, pour l’Egypte et le Maroc, comme le premier déterminant de l’emploi mais ce n’est pas le cas pour la Tunisie ; le développement du capital humain(mesuré ici par le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire) est le deuxième déterminant de l’emploi pour ce pays, la Tunisie, après les IDE, alors qu’il est le moins bon déterminant pour l’Egypte, pays pour lequel les trois autres déterminants (la Fbcf dans le secteur privé, les exportations et les IDE) semblent avoir une influence assez voisine. En revanche, la « Fbcf privée » semble jouer un rôle quasiment nul sur la dynamique de l’emploi au Maroc et en Tunisie. Ce pays, au contraire, devrait compter sur les IDE (et sur l’éducation, ce qui donne une idée sur le type d’IDE qui sont attirés par ce pays) pour développer les opportunités d’emploi.

Les investissements directs étrangers sont considérés, en effet, eux aussi, d’habitude, comme des déterminants de l’emploi. Nos tests vérifient cette hypothèse : les coefficients d’élasticité calculés sont significatifs et positifs pour les trois pays. Mais les ordres de grandeurs de ces coefficients estimés sont extrêmement différents : la création d’emploi en Tunisie est « cinq fois plus élastique » aux IDE qu’en Egypte et presque « trente fois plus élastique » qu’au Maroc.

Revenons, un instant, sur l’investissement privé : le fait que cet investissement apparaisse, dans cette analyse en séries temporelles, comme n’étant pas un déterminant vraiment efficace de l’emploi, joint au constat résultant de l’étude en panel effectuée pour les pays MENA, selon lequel que le crédit bancaire apparait comme ayant une influence négative sur le développement de l’emploi [sauf au delà d’un seuil relativement élevé], est révélateur de l’inadéquation des systèmes financiers, dans les trois pays, face aux besoins de financement des entreprises ; or, celles-ci qui, pour la plupart, sont des PME, pourraient être fortement créatrices d’emplois si elles arrivaient à trouver aisément à se financer.

Ce résultat met en lumière un problème structurel majeur qui est l’échec de l’investissement privé à créer assez d’emplois et donc à contribuer à une croissance inclusive robuste dans ces trois pays.

Enfin, les performances à l’exportation, cinquième déterminant de la croissance de l’emploi, si elles jouent un rôle intéressant au Maroc, ont un rôle tout à fait mineur dans le cas de la Tunisie et elles jouent un rôle mitigé dans le cas de l’Egypte.

 

Conclusion 

Pour remettre sur la bonne voie le processus de libéralisation, il apparaît qu’un ensemble de mesures de politique économique d’accompagnement sont indispensable ; celles-ci se répartissent entre des mesures à prendre à court terme (il s’agit, en quelque sorte, de mesures conjoncturelles) et des mesures plus substantielles, à savoir des mesures à portée structurelle indispensables pour rendre « inclusif », en matière d’emploi, le processus de développement ; il s’agit donc d’une véritable politique d’engagement de l’Etat à moyen et long termes.

Ces mesures sont énoncées sous forme d’un ensemble de propositions, dans les dernières pages du Rapport ; elles sont aussi reprises dans le « Policy Brief » joint au dossier.

 

[1] Dès qu’on passe à trois pays, et/ou à trois produits, ou que l’on considère qu’il y a des « facteurs (de production) spécifiques », aucun de ces « grands » théorèmes « fondateurs de la doctrine libérale » ne tient…

[2] Cet échantillon regroupe l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, la Mauritanie, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, la Turquie et le Yémen.

 

Quel potentiel de croissance pour les échanges commerciaux entre l’UE et ses partenaires méditerranéens ?

photoNBC-art11-3202La suppression des barrières douanières ne suffit pas pour développer les échanges commerciaux entre l’Union européenne et ses partenaires du sud de la Méditerranée. D’autres paramètres comme la qualité du système logistique, les barrières non tarifaires, l’innovation, l’ouverture aux investissements étrangers ou encore une bonne gouvernance sont des facteurs à prendre en compte.

Les statistiques mettent en évidence que les pays du sud de la Méditerranée ne contribuent que faiblement aux exportations mondiales malgré une légère progression sur la décennie 2000/2009, passant de 1,8% à 2,9%. Durant cette même période, les exportations de ces pays vers l’Union européenne sont passées de 2,7% à 3,5%, c’est mieux mais cela reste faible.

Si la suppression progressive des barrières douanières contribue à développer le commerce entre l’Union européenne et ses partenaires méditerranéens, y-a-t-il des marges de manœuvre pour accroître les échanges?

« Ce n’est pas parce que le niveau des échanges est faible que le potentiel de développement est important » prévient Nicolas Peridy, directeur du « Laboratoire d’économie appliquée au développement » de l’Université du Sud Toulon-Var, il a contribué aux travaux du FEMISE sur cette question souvent débattue.

La plupart des analyses classiques réalisées jusqu’ici ont conclu à un réel potentiel de croissance des échanges entre l’UE et ses partenaires du sud de la Méditerranée, estimant que les exportations de ces pays vers l’Europe restent inférieures en moyenne de 10 à 20%, selon les pays concernés, à ce qu’elles pourraient être.

« Ce n’est pas notre conclusion » précise Nicolas Peridy. « Nous avons travaillé différemment, en élargissant notre champ d’études pour prendre en compte d’autres variables que les seuls obstacles tarifaires ce qui permet de mieux expliquer ces échanges. Il en ressort que le potentiel de croissance, en l’état actuel, reste limité mais qu’il peut être développé si l’on agit pour modifier ces autres variables ».

La gouvernance est déterminante

Quelles sont ces variables ? En premier lieu la qualité des infrastructures et du système logistique. Les pays du sud de la Méditerranée font preuve d’une moindre efficacité logistique comparée aux autres pays émergents, ce qui constitue un véritable handicap. Leurs efforts doivent donc viser à se rapprocher des standards internationaux.

Autre point sensible, l’innovation. Peu développée au sud de la Méditerranée, à la différence d’autres régions intégrées comme l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-est), elle limite à certaines catégories de produits les exportations possibles, le pétrole ou  les produits manufacturés à faible valeur ajoutée.

Les travaux des économistes du Femise montrent encore que les mouvements migratoires entre les pays du sud de la Méditerranée et l’UE sont aussi facteurs de croissance des échanges commerciaux, tout comme le niveau des investissements directs étrangers, qui, s’ils sont favorisés, peuvent contribuer à changer la donne.

Enfin, la gouvernance est déterminante. La corruption et les entraves à la démocratie qui sévissent au sud de la Méditerranée sont autant d’obstacles qui viennent limiter les possibilités d’échanges. A cet égard, le printemps arabe ouvre de nouvelles perspectives.

Article de Christiane Navas, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2012, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante:www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par: http://www.econostrum.info/subscription/