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FEMISE MED BRIEF no5 : l’Egypte et Accord de l’OMC sur les marchés publics

FEMISE inaugure le lancement de sa nouvelle série de Policy Briefs MED BRIEF qui ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

Le cinquième numéro de MED BRIEF « L’Egypte devrait-elle adhérer à l’Accord de l’OMC sur les marchés publics (AMP)? » est disponible ici (en GB).

Ahmed Farouk Ghoneim (Professeur d'économie, Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire, FEMISE)

Ahmed Ghoneim (Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire, FEMISE)

Ce Policy Brief, par Ahmed Farouk Ghoneim (Professeur d’économie, Faculté des sciences économiques et politiques, Université du Caire), tente de répondre à la question suivante: l’Egypte devrait-elle adhérer à l’AMP de l’OMC ? Les débats sur les niveaux théoriques et politiques n’ont pas abouti à une réponse claire concernant les avantages et les inconvénients d’adhèrer à un tel accord pour un pays en développement. Pourtant, nous essayons dans ce Policy Brief de clarifier certaines idées fausses associées à la signature d’un tel accord, et d’identifier quelles sont les étapes nécessaires pour que l’adhésion soit fructueuse.

La liste des FEMISE MED BRIEF est disponible ici.

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

Inégalité et croissance inclusive : l’éducation et l’innovation favorisent-elles la performance des entreprises et le bien-être ?

FEMISE a le plaisir d’annoncer la publication de son projet de recherche FEM42-10, «Inégalité et croissance inclusive dans la région sud méditerranéenne: les activités d’éducation et d’innovation favorisent-elles la performance des entreprises et le bien-être des citoyens?”

Le projet de recherche a été coordonné par Inmaculada Martinez-Zarzoso (Université Jaume I et Université de Göttingen) et comprend les trois articles suivants:

Les Rendements de l’Enseignement Professionnel et Universitaire en Egypte

Alors que les compétences tertiaires sont importantes pour la croissance dans les pays développés, ce sont l’enseignement primaire et secondaire qui sont liés au développement dans les pays en développement. Malgré l’expansion substantielle de l’enseignement technique et professionnel en Égypte, le marché du travail manque de techniciens qualifiés non seulement en nombre mais aussi en termes de compétences. Cet article examine l’impact de l’éducation sur les résultats du marché du travail égyptien, en mettant l’accent sur les rendements de l’enseignement secondaire professionnel et technique en 1998, 2006 et 2012. Nous fournissons des estimations des taux de rendement progressif de l’éducation basés sur des équations de gains corrigées du biais de selection (selectivity corrected earnings equations) et des régressions quantiles qui renforcent l’idée que l’enseignement technique a généralement réduit les inégalités en Egypte. La principale implication politique de l’analyse de ce document est que la qualité de l’enseignement professionnel et sa pertinence sur le marché du travail demeurent la clé d’une réforme efficace. Encourager les entreprises privées à investir dans l’enseignement professionnel sera peu utile si les apprentis sont toujours confrontés à la stigmatisation sociale qui les relègue à des emplois mal rémunérés. Par conséquent, une recommandation politique serait de concevoir des mesures gouvernementales pour améliorer «l’image» de l’enseignement professionnel en Egypte

Écart entre les sexes et Performance des Entreprises dans les Pays en Développement

Ce document utilise des données au niveau des entreprises issues de l’Enquêtes sur les Entreprises de la Banque Mondiale (WBES) pour étudier les écarts de productivité entre les entreprises gérées par des hommes et des femmes dans les pays en développement et comparer les résultats obtenus dans différentes régions du monde. Nous nous distinguons de la littérature précédente en utilisant comme variable cible le genre du top manager, variable nouvellement disponible dans la version 2016 du WBES. Les principaux résultats indiquent qu’il est crucial de faire la distinction entre la gestion féminine et la propriété feminine d’une entreprise, ainsi que la jonction entre les deux. Nous constatons que lorsque les entreprises sont gérées par des femmes et qu’il n’y a pas de femmes propriétaires, ells affichent une productivité moyenne du travail et une PTF plus élevées. Cependant, si des femmes font parties des propriétaires et qu’une femme est le dirigeant principal, alors leur productivité est inférieure à celle des autres entreprises. Ces résultats sont très hétérogènes entre les régions. En particulier, les résultats en Afrique du Sud, en Asie de l’Est et en Asie du Sud semblent conduire aux résultats généraux, tandis qu’en Amérique latine, en Europe de l’Est et en Asie centrale, la participation des femmes à la propriété semble être négativement liée à la performance des entreprises.

Convergence réelle entre la PEV et les pays d’Europe du Sud : une analyse par grappe

Cet article analyse le modèle de convergence du PIB par habitant, de la productivité, de l’inégalité et du chômage dans les pays de la PEV et d’Europe du Sud (SE). Il suit la méthodologie proposée par Phillips et Sul (2007, 2009) dans laquelle différents chemins de convergence peuvent être distingués parmi les économies hétérogènes impliquées dans un processus de convergence. Cette hétérogénéité est modélisée à l’aide d’un modèle non linéaire à facteurs variant dans le temps (nonlinear time varying factor model) qui offre une flexibilité dans l’étude des comportements idiosyncratiques au cours du temps et d’une section à l’autre. Les principaux résultats de l’analyse de la convergence montrent que s’il existe une convergence du chômage, du PIB par habitant et de la productivité entre les pays de l’UE et de la PEV, mais aucune convergence n’est constatée concernant les inégalités. Parmi les défis d’un voisinage en évolution, le développement économique inclusif devrait être inclus dans la nouvelle approche de la PEV.

8èmes Rencontres du Mont Blanc : IM et FEMISE au sommet international de l’Economie Sociale

Comment l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) peut-elle contribuer à appuyer la croissance et l’emploi dans les pays Partenaires Méditerranéens (PM) ? C’est la question à laquelle la présentation de Dr. Constantin Tsakas (Délégué Général de l’Institut de la Méditerranée, Secrétaire Général du FEMISE) a apporté des éléments de réponse aux 8èmes Rencontres du Mont Blanc (RMB) (6-8 Décembre 2017, Archamps, Grand Genève), sommet international de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) organisé par ESS Forum International (Co-secrétaire permanent du Groupe pilote international de l’ESS, membre observateur de la Task Force inter-agences de l’ONU sur l’ESS).

Dr. Constantin Tsakas (Institut de la Méditerranée, FEMISE) (photo:RMB)

Dr Tsakas a présenté les résultats préliminaires d’un chapitre du rapport EuroMed FEMISE 2018 produit par l’Institut de la Méditerranée (IM) lors d’une session sur « Des réponses efficaces aux impacts durables : cohésion sociale, solidarité et inclusion ».
Le Dr. Tsakas a souligné que l’ESS pourrait devenir un outil d’innovation économique, financière et sociale adaptée aux PM. Ces derniers doivent faire face aujourd’hui à de nombreux problèmes liés au chomage, au manque d’inclusivité, à l’économie informelle, à une croissance limitée…L’ESS compose un cadre de référence pour reconstruire du lien social autour de l’économie, pour valoriser les ressources et les atouts des territoires et y ancrer le développement, pour former et mobiliser les compétences disponibles dans une dynamique entrepreneuriale. Elle permet :

  • La mobilisation d’une jeunesse nombreuse, en quête d’emploi et de plus en plus tournée vers l’entrepreneuriat.
  • L’instauration d’une économie plus inclusive car l’ESS sait créer de l’emploi pour des personnes vulnérables que ni l’Etat, ni les entreprises traditionnelles ne savent intégrer.
  • La diversification économique et la montée en gamme.

La société civile l’a bien compris, depuis le printemps Arabe on assiste à une effervescence et émergence accrue de structures ESS. De véritables success stories permettent de répondre aux besoins des populations…

Au Maroc, pays qui compte 15700 coopératives (dont 2287 coopératives féminines) et 120 000 associations (avec plus de 15 millions d’adhérents), les chaines de valeurs des entreprises d’ESS sont composées des entreprises du secteur privé : les coopératives de production du secteur agricole, de l’artisanat et/ou la pêche commercialisent leur production dans le secteur privé (marchés locaux, régionaux, petite et grande distribution).

En Egypte, les initiatives sont des initiatives du secteur privé qui ont émergé pour pallier à l’incapacité croissante des gouvernements et des activités formelles du secteur privé à satisfaire les divers besoins de ménages pauvres pour certains services et produits.

En Tunisie, le pays compte près de 20000 associations avec plus de 12 millions d’adhérents, dont la moitié créées au cours des 5 dernières années sous l’impulsion donnée par la société civile post-révolution. Le secteur de l’agriculture et de la pêche compte parmi les secteurs les plus concernés par l’ESS.

Panelistes à la session « Des réponses efficaces aux impacts durables : cohésion sociale, solidarité et inclusion » (photo :IM).

Cependant, de manière générale, l’Etat n’appui pas assez l’ESS au Sud-Méditerranéen et ne crée pas les conditions nécessaires à sa pérennité. Le Dr. Tsakas a souligné qu’au cœur de la dynamique ESS se trouve la question du financement des projets et de la mobilisation des ressources. Les résultats préliminaires indiquent que le financement des entreprises ESS doit être au cœur des préoccupations des autorités locales, nationales mais aussi sur le plan EuroMed. Une « finance ESS » permettant un accès à la liquidité et au crédit en lien avec des objectifs coordonnés partagés est nécessaire. Il serait opportun que chacun des PM appuie, notamment en instaurant un cadre réglementaire propice, l’émergence de banques « sociales », « participatives » ou « éthiques » pour orienter des fonds vers des projets utiles, durables et inclusifs. Il serait également judicieux d’encourager le financement de l’ESS par les institutions de microfinance qui ont un maillage territorial développé. Il serait également possible d’innover en proposant des modes des contrats de financement d’impact social (Social Impact Bonds – SIB), titres très populaires dans le monde anglo-saxon, qui permettent de faire financer des programmes sociaux (commerce équitable, tourisme social, accès à la culture etc.) par des investisseurs privés. Le rapport EuroMed 2018 proposera des pistes d’outils qui peuvent être appuyés par tous les acteurs locaux, nationaux et internationaux et qui permettent de répondre aux obstacles de financement identifiés.

En conclusion, le Dr Tsakas a mis l’accent sur le besoin de développer une stratégie d’émergence d’écosystemes de l’ESS et de l’entrepreneuriat social sur 3 axes (Macro-Meso-Micro). Le Dr Tsakas a offert un aperçu de la vision du FEMISE pour l’émergence de tels écosystèmes, soit :

  • Soutenir le développement d’un environnement politique et réglementaire propice à la croissance des entreprises sociales à travers des stratégies nationales et panels de plaidoyer.
  • Sensibiliser et renforcer les capacités des acteurs « meso » de l’écosystème pour soutenir la croissance d’entreprises sociales. Une cartographie MED de ces acteurs d’appui, la généralisation d’activités de formation et l’échange de bonnes pratiques permettraient de contribuer à ce processus.
  • Enfin, il y a une nécessité de mieux démontrer et promouvoir le potentiel économique des entreprises sociales dans la création de valeur et d’emplois dans les PM. Une véritable méthodologie qui quantifie l’impact social est ici nécessaire. Il en est de même pour l’appui financier à l’entrepreneuriat social, à la formation aux entrepreneurs et aux initiatives de mentorat.

Ces points, ainsi que d’autres problématiques, seront développés en détail dans le prochain Rapport FEMISE 2018 qui portera sur le développement du secteur privé en Méditerranée (à parraitre Q1 2018).

La présentation powerpoint du Dr Tsakas aux RMB est disponible en cliquant ici.

Au préalable de la publication du rapport FEMISE EuroMed 2018 coordonné par Pr. Patricia AUGIER (Pte du Comité Scientifique de IM et FEMISE, Coordonatrice FEMISE), nous vous proposons aussi quelques extraits d’interviews avec trois acteurs clés de l’entrepreneuriat social en UE-MED.

Vous pouvez aussi revisiter l’étude pilote Femise–BEI (2014) sous coordination IM sur le potentiel d’inclusivité de l’ESS dans les pays du Sud Méditerranéen.

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Marchés publics, adhésion potentielle à l’Accord révisé de l’OMC sur les marchés publics: les cas de l’Égypte et de la Turquie

Les marchés publics concernent la façon avec laquelle les pouvoirs publics dépensent l’argent des contribuables en biens, services et infrastructures. Dans chaque pays, les marchés publics sont généralement régis au niveau national en établissant des règles qui cherchent à équilibrer un certain nombre d’objectifs. Parmi ces objectifs, la transparence, la non-discrimination, l’intégrité et la concurrence sont probablement les plus importants.

Le but de la transparence est d’assurer que les règles sont respectées et que la non-conformité peut être identifiée et traitée.

Le projet de recherche examine les avantages et coûts liés à l’accès à l’Accord de l’OMC sur les marchés publics (AMP de l’OMC) pour la Turquie et l’Égypte. Le premier document examine le cas de la Turquie, le second analyse le cas de l’Égypte. Enfin, le troisième fournit un rapport de synthèse.

Le projet montre que:

• L’AMP de l’OMC augmente considérablement la probabilité qu’une entreprise étrangère remporte un marché public dans les États membres et affiliés de l’UE.

• Il favorise un environnement plus compétitif en augmentant le nombre d’offres pour un contrat donné.

• Il réduit significativement le risque de corruption en limitant les contrats avec une offre unique, en réduisant le taux de réussite des entreprises et en permettant aux entreprises disposant de moins de réseaux de remporter des contrats.

• L’environnement concurrentiel dans un pays est un déterminant important de l’efficacité des marchés publics. Une augmentation du nombre d’offres diminue le prix du contrat par rapport au coût estimé.

Ainsi, les engagements contractés dans le cadre de l’AMP garantiront une meilleure utilisation de l’argent dépensé par les gouvernements dans leurs processus de passation de marchés, conformément aux principes de transparence, de non-discrimination, d’intégrité et de concurrence de l’OMC.

Étant donné que les dispositions de l’AMP de l’OMC profiteront certainement à l’Égypte et à la Turquie, il est surprenant qu’à ce jour aucun des deux pays ne soit devenu signataire de l’AMP de l’OMC.

Comment la migration stimule le commerce

Le tout dernier rapport des économistes membres du réseau Femise, publié en avril 2017, met en lumière l’interaction entre la migration et la densité des relations commerciales dans les pays de la région euro-méditerranéenne. La France et l’Égypte font l’objet d’une étude spécifique attestant de l’imbrication étroite entre ces deux phénomènes.

Selon l’étude, les réseaux d'immigrants ont pour effet d’augmenter de 10 % à 20 % les échanges commerciaux entre la France et l’Egypte (photo : F.Dubessy)

Selon l’étude, les réseaux d’immigrants ont pour effet d’augmenter de 10 % à 20 % les échanges commerciaux entre la France et l’Egypte (photo : F.Dubessy)

C’est indiscutable. L’analyse économétrique des experts du Femise tord le cou aux idées reçues sur la question ô combien sensible, de l’impact des migrants sur l’économie des pays hôtes.

Le tout dernier rapport FEM41-13 intitulé « Le rôle des liens de voisinage dans la région euro-méditerranéenne pour la croissance du commerce : focus sur la migration, le niveau d’éducation et l’intégration sociale » (à télécharger en cliquant ici) démontre le rôle positif de l’afflux de migrants sur l’accroissement du volume des échanges commerciaux entre le pays de départ et celui de destination.

Selon l’étude, les réseaux d’immigrants présentent une capacité qui donne lieu à de nouveaux échanges commerciaux avec des effets estimés de 10% à 20% des échanges commerciaux totaux dans le cas des deux pays objet de l’étude.
Marseille, ville cosmopolite par excellence, entretient des relations étroites et historiques avec Tunis et Alger. À Sète, l’importance de la communauté marocaine justifie l’exploitation de liaisons maritimes avec le royaume chérifien. Les migrants dupliquent leurs habitudes de consommation dans le pays qui les accueille. Ces imbrications stimulent les économies. Raison pour laquelle le Femise préconise une accentuation et une modulation de la politique commerciale des États au regard de leur stratégie migratoire.

Le rapport analyse le cas de la France et de l’Egypte. L’Hexagone, qui comptait  7,6 millions de d’immigrés en 2013, a toujours entretenu des liens historiques et étroits avec les pays voisins du Maghreb. Sur les 220 000 migrants annuels recensés en France (entre 2000 et 2013), 51% viennent d’Afrique.

« Les exportations et les importations en provenance et à destination des pays de la zone MENA3 (Algérie, Maroc et Tunisie) représentent 8% du total des échanges commerciaux de la France », souligne le document.

Mise en garde contre les politiques migratoires sélectives

73% des émigrés égyptiens choisissent de s’installer dans un pays arabe et 13% en Europe de l’Ouest (©ververidis/123RF )

73% des émigrés égyptiens choisissent de s’installer dans un pays arabe et 13% en Europe de l’Ouest (©ververidis/123RF )

S’agissant de l’Égypte, qui recense 4 millions d’immigrés dans le monde, l’étude Femise démontre l’effet bénéfique sur le commerce des pays hôtes. 73% des émigrés égyptiens choisissent de s’installer dans un pays arabe et 13% en Europe de l’Ouest.  « En choisissant de s’installer dans un pays occidental, ils recherchent à évoluer professionnellement tout en échappant à la corruption, aux préjugés sociaux très prégnants en Égypte », souligne le rapport.

Les coauteurs du rapport, Andrés Artal-Tur et Vicente Pallardó-López, professeurs à l’Université de Valence, et John Salevurakis et Mona Said professeurs à l’Université Américaine du Caire (AUC) mettent en lumière un certain nombre de variables influant sur les relations commerciales bilatérales entre pays de départ et d’arrivée.

Ainsi, le profil du migrant a un impact sur la nature et l’intensité des échanges. Son niveau d’éducation, son activité professionnelle, son niveau de compétence linguistique et ses capacités d’adaptation au pays d’accueil jouent un rôle déterminant.

Si le lien entre migration et commerce est établi, il semble légitime de s’interroger sur les incidences à terme de la montée du protectionnisme et des politiques migratoires sélectives déployées depuis quelques mois par les pays membres de l’OCDE.

 

Le rapport est disponible (en anglais), pour y accéder, merci de cliquer sur le lien.

Article réalisé en partenariat avec Econostrum.

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L’Égypte peut rendre ses entreprises plus performantes avec une réforme de la fiscalité

Le dernier rapport Femise (FEM41-08) pointe du doigt les freins à la productivité des entreprises installées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Bien avant la corruption ou le manque de visibilité du monde des affaires, les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité. Une prise de conscience politique pourrait permettre d’encourager les entreprises à devenir plus compétitives.

 

Les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité (photo : F.Dubessy)

Les entreprises égyptiennes subissent une pression fiscale qui affecte leur productivité (photo : F.Dubessy)

Saviez-vous qu’en Égypte, les entreprises s’acquittent de vingt-neuf impôts différents par an nécessitant quelque 392 heures pour remplir les déclarations ? La ponction fiscale représente également 42,6% des bénéfices. Pas étonnant que le pays arrive en bas de classement en terme de pression fiscale, 148 e sur 189 pays ! « Afin d’améliorer la productivité des entreprises, le gouvernement égyptien doit revoir sa politique fiscale », préconise le rapport FEMISE.

Intitulé « Performance des Entreprises dans le Processus de Transition: le Rôle des Contraintes d’Affaires et des Institutions dans la Région Sud-méditerranéenne » (disponible ici), le  document, coordonné par Inmaculada Martínez-Zarzoso, professeur d’économie à Jaime (Espagne), a été publié en décembre 2016.

Au total, vingt-deux contraintes réduisent la productivité globale. Bien évidemment, les facteurs internes tels que les aptitudes, les compétences des salariés entrent en ligne de compte dans l’analyse globale de la compétitivité d’une entreprise.
Si la fiscalité arrive en tête de classement, d’autres facteurs externes tels que la corruption, le manque de visibilité législative, le prix de l’immobilier, le coût du foncier, l’accès et le coût au financement bancaire ou tout simplement les prix de l’eau et de l’électricité constituent de réels handicaps pour les entreprises.

Une nouvelle réalité après la révolution de 2011

L’étude analyse les freins à la performance des sociétés avant et après la révolution de 2011. De nouveaux obstacles ont surgi rendant le climat des affaires moins propice à l’investissement, notamment l’incertitude réglementaire et politique, la corruption et le crime. « La révolution avait comme objectif de susciter des opportunités économiques et sociales ouvrant la voie à la croissance économique et à l’emploi. Cependant, le pays est devenu instable du point de vue politique. Cette période de transition a un impact direct sur la performance dans le secteur privé », souligne le rapport.

Avant les événements du Printemps Arabe, l’interventionnisme était de mise en Égypte, comme dans la plupart des États du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Les économistes du FEMISE analysent également dans le rapport d’autres pays de la région : Liban, Jordanie, Maroc et Tunisie.

Là encore, l’incertitude réglementaire et politique, la corruption et la criminalité se sont aggravées. « Ces résultats ont des implications politiques importantes. Les actions spécifiques à l’égard des entreprises devraient permettre de réduire les principaux obstacles et par conséquent encourager les entreprises manufacturières égyptiennes à devenir plus compétitives », conclut le rapport.

Pour approfondir le sujet, cliquez ici

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Plus productives, les entreprises du Moyen-Orient exportent-elles davantage ?

Comment se comportent les Pme du Maghreb et du Moyen-Orient à l’export ? Une entreprise productive, exporte-t-elle davantage ? Alfred Tovias, professeur en relations internationales à l’université hébraïque de Jérusalem et Jan Michalek, professeur d’économie à l’université de Varsovie, ont livré les résultats préliminaires de leur étude lors de la conférence annuelle du Femise le 14 février dernier à Athènes*.


Alfred Tovias, professeur en relations internationales à l’université hébraïque de Jérusalem. (Photo N.B.C)

Alfred Tovias, professeur en relations internationales à l’université hébraïque de Jérusalem. (Photo N.B.C)

Alfred Tovias et Jan Michalek ont choisi la productivité comme variable principale d’une étude à paraître à la fin de l’été 2016 et financée par le Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise).Productivité de la main d’œuvre, taille et ancienneté de l’entreprise, niveau de recherche et de développement, composition du capital social déterminent la capacité des entreprises à positionner leurs produits sur les marchés étrangers. Lors de la conférence annuelle du Femise, le 14 février 2016, Alfred Tovias, professeur en relations internationales à l’université hébraïque de Jérusalem et Jan Michalek, professeur d’économie à l’université de Varsovie, ont présenté les résultats préliminaires de leurs travaux.« Nous travaillons sur les déterminants des exportations des entreprises dans les pays MENA en utilisant comme critère de comparaison les pays d’Europe centrale et de l’Est (qui ont rejoint l’Union européenne), la Turquie et Israël. Nous voulons savoir si les exportations sont une fonction de la productivité des entreprises. Dans les pays de l’Est et en Israël, la productivité des firmes est déterminante sur leur capacité à exporter », explique Alfred Tovias.

« Dès leur création, les entreprises tunisiennes sont tournées vers l’export »

« Dans les pays MENA (Egypte, Israël, Maroc, Jordanie), l’utilisation de technologies étrangères joue un rôle important dans la capacité à exporter », précise Jan Michalek.Ce phénomène s’explique par les innovations de ces entreprises. Elles ont introduit des nouveaux produits et investissent énormément en recherche et développement. « Nous notons également qu’elles font appel à des universitaires », fait remarquer Alfred Tovias qui soulève une particularité. « En Tunisie et au Maroc, ce ne sont pas des entreprises nouvellement créées qui exportent. Ces start-ups tunisiennes aux capitaux étrangers sont intégrées à la chaîne de production internationale. Elles exportent des produits fini et semi-finis. Les entreprises traditionnelles d’avant la transition étaient orientée vers le marché domestique », analyse Alfred Tovias.Spécialiste des relations économiques dans les pays méditerranéens Alfred Tovias a rejoint le Femise dès sa création en 1996. Dans le cadre des études réalisées pour le Femise, il a coopéré avec les universités européennes (française, polonaise) et du sud de la Méditerranée (Maroc et Turquie).

Aux côtés d’économistes des deux rives de la Méditerranée, il a publié en 2005 une étude sur l’économie israélienne.

* Entretien réalisé par NBC lors de la conférence annuelle du Femise (13-14 Février, 2016, Athènes, Grèce). Pour en savoir plus sur la conférence,  cliquez ici.

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Les changements structurels, base du développement économique en Méditerranée

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Le passage vers une économie de service assure un levier au développement économique (photo F.Dubessy)

Pour assurer son développement économique et améliorer sa productivité globale, un pays doit s’engager dans une stratégie de réaffectation des ressources, associée ou non à une politique industrielle. Une étude du Femise analyse la portée de ces changements structurels dans quatre pays : Maroc, Tunisie, Égypte et Turquie.

Réalisée avec le soutien financier de la Banque européenne d’investissement et de la Commission européenne, la dernière étude du FEMISE se penche sur les résultats des stratégies de réaffectation des ressources du Maroc, de la Tunisie, de l’Égypte et de la Turquie. Tous ont connu une transformation structurelle en passant d’une économie basée sur l’agriculture à une économie orientée vers les services et les secteurs industriels.

Cette évolution a connu des rythmes de changements structurels très inégaux. L’agriculture représentait 50% du PIB de la Turquie dans les années 60. Aujourd’hui, les services assurent plus de 60% de son PIB. Le Maroc a connu un développement plus lent, avec une industrialisation par petites touches (25 à 30% d’emplois en plus dans l’industrie dans les vingt dernières années).

D’importants écarts de productivité persistent en raison d’une transformation encore insuffisante. La Turquie se distingue avec une forte croissance de la productivité globale. Alors que le changement structurel peine à produire ses effets sur les économies égyptienne et tunisienne.

Inadéquation entre l’offre et la demande

Le rapport identifie une cause majeure à cette carence : le changement structurel assurant un passage vers une économie de services s’est traduit en Turquie par une réaffectation vers les secteurs à haute productivité, comme la finance et l’assurance. Dans le même temps, en Égypte, ce transfert s’effectuait vers des industries de services à faible productivité. Entre les deux, la Tunisie bénéficie de deux leviers de développement, le tourisme et la finance.

Le rapport du Femise relève aussi, malgré de gros efforts portés sur l’éducation, l’inadéquation entre l’offre et la demande: « Le marché du travail ne prévoit pas pour la population instruite des possibilités d’emploi appropriées.» précise le rapport. Ceci démontre la lenteur du changement structurel et la difficulté à passer à une industrie génératrice de produits à forte valeur ajoutée.

Depuis le début du siècle, ces quatre pays se tournent vers des politiques industrielles ciblées, incluant le soutien à la R&D, la protection de l’environnement et les incitations aux Pme, notamment par des régimes d’exonérations. Utilisé avec une orientation régionale comme levier de développement, ce dernier outil assure également un rééquilibre entre les différentes régions. L’Égypte favorise fiscalement les entreprises s’implantant dans les nouvelles zones industrielles ou communautés urbaines ainsi que dans les régions défavorisées. La Turquie cible les Provinces les plus pauvres en accordant aux entreprises des mesures incitatives d’investissement allant jusqu’à l’exonération totale d’impôt sur le revenu.

* Le rapport thématique a été produit en collaboration avec l’Economic Research Forum sous le titre : Structural transformation and industrial policy: A comparative analysis of Egypt, Morocco, Tunisia and Turkey.  Téléchargez le rapport (anglais seulement, pdf, p.268, 7.2MB)

Article par Frédéric Dubessy, Econostrum. www.econostrum.info.

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Photos par Econostrum

Quand la pluie et le beau temps influent sur l’économie

FEM34-23Sécheresses, canicules, inondations à répétition impactent l’exploitation des terres agricoles et la production. Ce phénomène freinera à terme les investissements et aura une incidence notable sur la consommation avec la flambée annoncée du prix des matières premières. Les chercheurs du Femise publient une étude (FEM34-23) mesurant les effets du changement climatique en Egypte en 2050.

Si rien n’est fait, le changement climatique aura pour effet de réduire le PIB de l’Egypte de 10% en 2050 ! C’est dire l’importance capitale qu’il revêt sur l’économie. Changement climatique ne signifie pas simplement hausse des températures et du niveau des précipitations.  Il faudra intégrer la variabilité climatique avec des situations de plus en plus extrêmes. Orages, canicules, inondations auront des effets dévastateurs.

Sherman Robinson et Dirk Willenbockel, deux experts anglo-saxons, se sont associés à Abeer Elshennawy, professeur à l’Université américaine du Caire et coordonnateur de l’étude  Femise (FEM34-23 ) intitulée « Changement Climatique et croissance économique : analyse par un modèle d’équilibre général intertemporel pour l’Egypte ».

Ils se sont attachés à modéliser le changement climatique en Egypte en étudiant plusieurs scénarios.

DES MESURES POUR PRÉVENIR LES EFFETS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Entre 1960 et 1990, les températures ont grimpé de 3 à 3,5 degrés et, d’ici 2050, il faut s’attendre à une nouvelle hausse de 2°C.

Vraisemblablement, l’activité touristique du pays en pâtira mais il sera loin d’être le seul secteur touché. L’agriculture, particulièrement vulnérable aux écarts de température et précipitations, risque de subir des dégâts importants.

L’Egypte a pris toute la mesure de l’impact climatique lors de la canicule de 2010. Les exploitations agricoles, concentrées dans la vallée et le delta du Nil, ont été cruellement affectées avec pour conséquence la flambée des prix. Nul doute que la productivité agricole risque de pâtir en raison de la hausse des degrés.

Les experts ont souligné également l’incidence des coupures électriques sur l’outil de production et plus spécifiquement sur les systèmes de refroidissement.

Une situation qui risque à terme de dissuader les investisseurs. Comment envisager d’installer une aciérie, une cimenterie, une verrerie sans électricité en continu ? Les économistes du Femise estiment que la hausse du prix de l’électricité se répercutera sur les coûts de production.
Outre l’impact sur la consommation et l’investissement, il faudra également intégrer la dépréciation de l’immobilier, notamment en zone côtière, conséquence directe de la hausse du niveau de la mer.

L’étude Femise préconise de mettre rapidement en place des mesures afin d’atténuer l’impact du changement climatique : améliorer l’efficacité des systèmes d’irrigation, protéger les côtes et les plantations.

Avec ces premières mesures, l’Egypte pourrait déjà réduire la perte de son PIB de 4% en 2050.

Photo : Le Haut- Barrage en Egypte (Al Sad el Aali) par Michel Guilly 

Article par Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. www.econostrum.info.

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De deux décennies de «libéralisation dévoyée» vers «un développement démocratiquement organisé»: Etude des cas de l’Egypte, du Maroc et de la Tunisie

  1. L’ensemble des pays de la Méditerranée, rive Nord et rive Sud, exception faite de la Turquie, constitue aujourd’hui une des régions du monde les plus en crise, et cette crise en Europe est telle qu’elle accroît sensiblement les difficultés des pays méditerranéens et du Moyen-Orient. Certes, les « révolutions arabes », en particulier celles qui ont été observées et qui ont semblé couronnées de succès, pour les pays qui nous intéressent dans cette étude, en Tunisie et en Egypte, auxquelles il faut joindre l’évolution démocratique spécifique en cours au Maroc, ont des causes multiples, mais pour nous, économistes, les déterminants « économiques » de ces mouvements sociaux et politiques ont eu (et continuent à avoir) un rôle majeur.

Pourtant, le « Processus de Barcelone » de partenariat euro-méditerranéen avait inauguré, de façon formelle, en novembre 1995, une politique de coopération de l’Union européenne porteuse de promesses de plus de croissance et de développement, vis-à-vis de douze pays des rives Sud et Est de la Méditerranée ; cette politique avait comme contenu essentiel, outre les propositions de coopération et d’assistance au plan politique, l’instauration d’une Zone de Libre Echange (ZLE) encadrée par la mise en œuvre d’Accords d’Association devant respecter les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

L’idée de base de ces Accords et le principe du partenariat Euro-méditerranéen reposaient donc sur la même perspective que celle de la création de l’OMC : la libéralisation raisonnée des échanges commerciaux par la suppression progressive des tarifs douaniers et des contingentements, conformément aux analyses de la théorie libérale du Commerce International, serait avantageuse pour les pays des deux rives de la Méditerranée.

En particulier, les pays des rives Sud et Est, compte-tenu de leurs dotations naturelles en facteur travail et du niveau attractif de leurs salaires, étaient considérés comme en mesure de devenir rapidement compétitifs, une fois effectuée la « mise à niveau » de leurs entreprises situées dans les activités manufacturières. L’espoir mis dans l’afflux des investissements étrangers (les IDE) ainsi que dans les entrées de capitaux sous forme de prêts bancaires ou d’aides publiques devant aller aux secteurs d’activité prometteurs, constituait le point d’appui des choix politiques favorables à cette ouverture.

Cette ouverture devait entrainer une dynamisation de la croissance économique et les retombées de celle-ci (via le mécanisme du « trickle down ») devaient être bénéfiques pour tous ; en particulier, la création d’un nombre d’emplois capables d’absorber la main d’œuvre des jeunes générations arrivant de plus en plus nombreuses sur le marché du travail, était le but indirect mais attendu de cette libéralisation.

 

  1. Qu’en est-il donc, aujourd’hui, dix-sept ans « après Barcelone », des effets de ces politiques successives de libéralisation et de coopération économiques, et pourquoi faut-il s’interroger sur les « dévoiements » qui les ont accompagnées et qui sont à l’origine des « révolutions du printemps arabes» ?

Pour répondre à cette double question, il faut d’abord rappeler l’extrême fragilité de la théorie académique libérale du Commerce International : en effet, en dehors des hypothèses simplificatrices du « twoness », c’est à dire des modèles «2 ;2 ;2», deux pays, deux produits, deux facteurs, qui sont l’alpha et l’oméga de cette théorie, il est impossible de démontrer la validité analytique des quatre grands théorèmes sur lesquels elle repose (les théorèmes de Hecksher-Ohlin, Samuelson, Stolper–Samuelson et Rybczinsky) et qui sont considérés comme validant scientifiquement la doctrine libérale selon laquelle la libéralisation totale des échanges apporte le maximum de bien-être aux (habitants des) pays partenaires[1].

Il n’est donc pas surprenant que, la plupart du temps, l’ouverture ne débouche pas sur le « cercle vertueux » : {libéralisation du commerce extérieur → rééquilibrage du solde commercial via la hausse des exportations → hausse de l’emploi dans les secteurs exportateurs → augmentation des revenus distribués → hausse de la demande intérieure → hausse de l’investissement induit → hausse généralisée de l’emploi →… et ainsi de suite} prévu par la doctrine libérale.

Dès lors, il est nécessaire d’étudier au cas par cas pourquoi la « libéralisation commerciale », lorsqu’elle est mise en œuvre, réussit ou ne réussit pas ; c’est ce qui a motivé notre étude, compte tenu de l’échec relatif du « Processus de Barcelone », échec qui fait certainement partie des causes (multiples) des « révolutions » du printemps arabe.

 

  1. Le problème majeur qui affecte les trois économies de l’Egypte, du Maroc et de la Tunisie, étant celui du chômage, et notamment du chômage des jeunes, nous avons ciblé notre recherche sur les effets sur l’emploi de la libéralisation des échanges extérieurs dans les trois pays, au cours des deux dernières décennies, en procédant, dans une première étape, à trois études monographiques. Pour ce faire, nous avons analysé les conséquences du « Processus de Barcelone » sur le commerce extérieur et les « performances » des trois pays en matière de croissance et d’emploi, « avant » et « après » la mise en œuvre des Accords d’Association.

Il est apparu, si on résume à grands traits, les résultats de cette Première Partie de notre Rapport, que, loin de se résorber, les déficits commerciaux n’ont cessé de se creuser dans les trois pays, jusqu’à aujourd’hui. Ils n’ont donc pas bénéficié des bénéfices attendus de la mise en œuvre des Accords d’Association, que cette mise en œuvre ait eu lieu en 1998 (Tunisie), en 2000 (cas du Maroc) ou en 2004 (cas de l’Egypte) ; de ce fait, la croissance n’a pas été stimulée à la hausse comme attendu, ce qui s’est traduit par une hausse dans les trois pays du chômage, notamment du chômage des jeunes, des femmes et des diplômé(e)s, et cela dans le contexte d’une croissance démographique continue, même si on a observé des phénomènes intéressants de transition démographique dans la deuxième moitié des années 1990 (natalité en baisse, notamment au Maroc et en Tunisie avant l’Egypte).

En d’autres termes, la croissance n’a été inclusive ni « avant », ni « après Barcelone » malgré l’ouverture. Il est donc clair que le processus de libéralisation a été dévoyé de ses objectifs.

 

  1. Pour contrôler la crédibilité de ces constatations établies dans la première partie de notre étude, à partir de statistiques purement descriptives, et pour leur trouver des éléments analytiques d’explication, on a fait appel à l’économétrie afin d’évaluer le rôle de l’ouverture commerciale à côté des autres variables habituellement reconnues comme agissant directement sur la croissance et donc indirectement sur l’emploi si les modalités de cette croissance la rendent inclusive. Ces développements font l’objet de la deuxième partie de notre Rapport.

Cette démarche économétrique a procédé en deux étapes.

4.1.            Nous avons d’abord étudié le rôle de l’ouverture commerciale (à partir de la variable exportations) sur la dynamique de l’emploi, à côté d’autres déterminants de cette dynamique pour un ensemble de PVD ou émergents réunis dans un panel de 60 pays ayant choisi de libérer leurs relations commerciales ; dix pays de la région MENA figurent dans cet échantillon. Cette étude a mobilisé l’économétrie des panels dynamiques pour estimer les coefficients d’élasticité de l’emploi des personnes actives d’âge compris entre 24 et 65 ans, par rapport à plusieurs variables dont la technique économétrique utilisée permet d’identifier les variations comme ayant un rôle significatif sur l’accroissement de l’emploi. Les variables qui sont ressorties comme déterminantes de l’emploi sont la croissance (du Pib per capita), l’investissement, le capital humain (mesuré à partir des dépenses de santé), la productivité agricole et les exportations ; l’accès au financement (mesuré par le rapport au Pib du crédit bancaire) est apparu comme ayant un rôle ambigu : sa contribution marginale à l’emploi, estimée via une relation non linéaire (en fait « quadratique »), est positive en dessous d’un certain seuil (seuil de l’ordre de 21%) ; elle est négative au dessus. Quant au coefficient d’élasticité de l’emploi par rapport aux exportations (pour l’ensemble de l’échantillon), il est apparu comme relativement faible.

4.2.            Mais, le résultat le plus utile de cette première étape est que, dans une des spécifications économétriques testée découplant en cinq grandes régions géographiques le panel global initial de soixante pays, les coefficients d’élasticité de l’emploi par rapport au Pib obtenus pour les pays de la Région MENA ont semblé sensiblement différents de ceux obtenus pour le panel global ; cette particularité nous a incités à procéder à une étude spécifique pour cette région dans laquelle sont inclus les trois pays qui nous intéressent, étude qui a porté sur un panel réduit à dix pays[2].

Les résultats de cette étude empirique complémentaire font ressortir les spécificités des pays MENA en matière de dynamique de l’emploi. Ainsi, pour ces pays, si l’amélioration de la productivité agricole apparaît encore comme jouant un rôle significatif sur l’emploi, le signe de cette élasticité est, ici, négatif, contrairement au résultat observé pour le panel global ; il en est de même pour l’accès au financement : sa contribution marginale à l’emploi (testée sous forme linéaire) est fortement négative ; et, si on procède, comme pour l’échantillon global, au test d’une relation non linéaire, cette contribution reste négative en dessous d’un certain seuil, et positive au dessus, ce qui est le résultat exactement inverse de celui observé pour le panel complet ; on relève enfin que le coefficient d’élasticité de l’emploi par rapport à l’accroissement de l’investissement privé, s’il est positif, est très faible (il est quasiment nul).

 

  1. Face à ces résultats confirmant la spécificité des pays de la région MENA, il était indispensable d’étudier séparément la dynamique de l’emploi pour chacun des trois pays, sujets de notre étude, sur une plus longue période (en fait plus de trois décennies) englobant l’« avant » et l’« après Barcelone » ; pour ce faire, ce sont les développements les plus récents de l’économétrie des séries temporelles qui ont été mobilisés pour cet approfondissement de l’analyse.

Les résultats de ces estimations menées de façon très rigoureuse ont donné les coefficients d’élasticité suivants :

Elasticités de l’emploi par rapport aux cinq variables identifiées comme significatives

pays

PIB/cap

CapitalhumainFbcf privéeExports IDETrendConstante

 

Egypte

 

0,786

 

0,263

 0,451

  

 0,441 0,4381931983
Maroc

 

 1,191 0,0790,001    1,003

  

 0,0796,7103291
Tunisie

 

 0,134 0,677 0,004    0,283

  

 2,319ns187,41

 

La hausse du PIB par tête, c’est-à-dire la croissance, apparaît, pour l’Egypte et le Maroc, comme le premier déterminant de l’emploi mais ce n’est pas le cas pour la Tunisie ; le développement du capital humain(mesuré ici par le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire) est le deuxième déterminant de l’emploi pour ce pays, la Tunisie, après les IDE, alors qu’il est le moins bon déterminant pour l’Egypte, pays pour lequel les trois autres déterminants (la Fbcf dans le secteur privé, les exportations et les IDE) semblent avoir une influence assez voisine. En revanche, la « Fbcf privée » semble jouer un rôle quasiment nul sur la dynamique de l’emploi au Maroc et en Tunisie. Ce pays, au contraire, devrait compter sur les IDE (et sur l’éducation, ce qui donne une idée sur le type d’IDE qui sont attirés par ce pays) pour développer les opportunités d’emploi.

Les investissements directs étrangers sont considérés, en effet, eux aussi, d’habitude, comme des déterminants de l’emploi. Nos tests vérifient cette hypothèse : les coefficients d’élasticité calculés sont significatifs et positifs pour les trois pays. Mais les ordres de grandeurs de ces coefficients estimés sont extrêmement différents : la création d’emploi en Tunisie est « cinq fois plus élastique » aux IDE qu’en Egypte et presque « trente fois plus élastique » qu’au Maroc.

Revenons, un instant, sur l’investissement privé : le fait que cet investissement apparaisse, dans cette analyse en séries temporelles, comme n’étant pas un déterminant vraiment efficace de l’emploi, joint au constat résultant de l’étude en panel effectuée pour les pays MENA, selon lequel que le crédit bancaire apparait comme ayant une influence négative sur le développement de l’emploi [sauf au delà d’un seuil relativement élevé], est révélateur de l’inadéquation des systèmes financiers, dans les trois pays, face aux besoins de financement des entreprises ; or, celles-ci qui, pour la plupart, sont des PME, pourraient être fortement créatrices d’emplois si elles arrivaient à trouver aisément à se financer.

Ce résultat met en lumière un problème structurel majeur qui est l’échec de l’investissement privé à créer assez d’emplois et donc à contribuer à une croissance inclusive robuste dans ces trois pays.

Enfin, les performances à l’exportation, cinquième déterminant de la croissance de l’emploi, si elles jouent un rôle intéressant au Maroc, ont un rôle tout à fait mineur dans le cas de la Tunisie et elles jouent un rôle mitigé dans le cas de l’Egypte.

 

Conclusion 

Pour remettre sur la bonne voie le processus de libéralisation, il apparaît qu’un ensemble de mesures de politique économique d’accompagnement sont indispensable ; celles-ci se répartissent entre des mesures à prendre à court terme (il s’agit, en quelque sorte, de mesures conjoncturelles) et des mesures plus substantielles, à savoir des mesures à portée structurelle indispensables pour rendre « inclusif », en matière d’emploi, le processus de développement ; il s’agit donc d’une véritable politique d’engagement de l’Etat à moyen et long termes.

Ces mesures sont énoncées sous forme d’un ensemble de propositions, dans les dernières pages du Rapport ; elles sont aussi reprises dans le « Policy Brief » joint au dossier.

 

[1] Dès qu’on passe à trois pays, et/ou à trois produits, ou que l’on considère qu’il y a des « facteurs (de production) spécifiques », aucun de ces « grands » théorèmes « fondateurs de la doctrine libérale » ne tient…

[2] Cet échantillon regroupe l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, la Mauritanie, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, la Turquie et le Yémen.

 

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