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Med Change Makers e06 : Alexandra FLAYOLS, Education & insertion des jeunes de Marrakech

 

FEMISE a récemment lancé sa série d’entretiens «Med Change Makers».

Les «Med Change Makers» sont des entretiens (texte et vidéo) qui permettent aux chercheurs FEMISE dynamiques d’illustrer comment leur recherche aborde une question politiquement pertinente et comment elle contribue au processus d’élaboration des politiques dans la région Euro-Méditerranéenne.

 

Le rôle clé de l’éducation dans l’insertion professionnelle des jeunes de la région de Marrakech 

Entretien avec Alexandra Flayols, Université de Toulon, FEMISE

Le FEMISE a récemment publié le Policy Brief « Le rôle clé de l’éducation dans l’insertion professionnelle des jeunes de la région de Marrakech »

Auteur du MED BRIEF, Dr. Alexandra Flayols souligne le rôle important de l’éducation secondaire dans l’accès à un emploi rémunéré. Cependant, beaucoup de jeunes abandonnent tôt leurs études. L’analyse des motifs d’arrêt des études est primordiale afin que les pouvoirs publics puissent mettre en place des mesures efficaces. Entretien :

1. Dans ce policy brief, l’accent a été mis sur les obstacles en amont à l’insertion professionnelle des jeunes, à savoir l’éducation. N’y a-t-il pas d’autres facteurs clés freinant cette insertion? Alors, pour quelles raisons est-il plus optimal d’investir dans l’éducation?

L’éducation n’est évidemment pas le seul facteur influençant l’insertion professionnelle des jeunes marocains. Plusieurs études ont mis en évidence l’existence d’autres facteurs pouvant contraindre l’insertion professionnelle des jeunes. Parmi ces facteurs ont peut citer une précédente expérience professionnelle, la situation financière du jeune, sa mobilité, la catégorie socioprofessionnelle de ces parents, les politiques actives du marché du travail…

En ce qui concerne les facteurs pouvant plus spécifiquement être rattachés au cas marocain, le lieu de résidence peut par exemple contraindre l’insertion professionnelle des jeunes. La région de Marrakech-Tensift-Al Haouz (MTH) qui fait l’objet de cette étude est principalement rurale (198 communes rurales contre 18 urbaines). Bien que l’enquête OCEMO (2008) exploitée dans ce travail ne permette pas de distinguer le lieu de résidence faute de données, nos résultats montrent un impact différentié du niveau d’éducation en milieu urbain et en milieu rural. De plus, le manque de création d’emplois dans le secteur privé alors même que l’on observe une dynamique moins forte de la demande de travailleurs dans le secteur public, qui jusque dans les années 1990 était le principal employeur des travailleurs qualifiés constitue un frein à l’insertion supplémentaire.

Nous avons choisi de nous focaliser sur l’éducation car outre le fait qu’il s’agit d’un facteur déterminant de l’insertion professionnelle, c’est une problématique centrale au Maroc qui connaît des difficultés dans ce domaine. De plus, le fait que le diplôme ne constitue pas une protection contre le chômage au Maroc, comme c’est le cas dans les pays développés nous pousse à porter une attention particulière à cette problématique. L’investissement dans l’éducation est devenu une norme dans les pays développés toutefois, s’il est important afin de permettre aux économies de monter en gamme dans la chaine de valeur internationale, il n’est pas pour autant une condition suffisante dans l’accès à l’emploi. L’adéquation entre les formations et le marché du travail est ainsi particulièrement importante. La qualité de l’éducation est également primordiale et est très critiquée au Maroc.

2. Qu’elles sont les principaux motifs que vous avez identifiés pour l’abandon des études par les jeunes au Maroc ?

La raison financière est la première qui pousse les jeunes marocains à abandonner leurs études (23%). Suivie par la lassitude (21%) et des résultats scolaires insuffisants (15%). Les motifs d’abandon de la scolarité sont révélateurs des difficultés rencontrées dans le système éducatif et peuvent aussi permettre aux pouvoirs publics de cibler leurs interventions. Ainsi, en regroupant les différents motifs d’arrêts selon qu’ils soient volontaires ou involontaires nous avons pu constater que 60% des jeunes subissent l’arrêt des études ; ce taux atteint même 67% en milieu rural. Nous avons pu observer d’autres disparités selon le milieu de résidence, mais également en fonction du genre. Les jeunes filles en milieu rural subissent ainsi plus souvent la décision de leurs parents qui ne souhaitent pas qu’elles poursuivent leurs études (12% contre 6% en milieu urbain). L’éloignement de l’école est également un motif important d’arrêt des études puisqu’il concerne 19% des jeunes en milieu rural contre à peine 4% en milieu urbain.

3. Vous avez précisé que le niveau d’étude secondaire est un pré-requis important pour les jeunes, à la fois, pour améliorer leur probabilité de continuer les études et leur chance d’être mieux inséré professionnellement. Donc quel est à votre avis le meilleur moyen pour rendre l’éducation secondaire plus attractive aux jeunes?

L’un des premiers moyens qui pourraient être mis en œuvre concerne la qualité de l’éducation qui comme nous l’avons vu à la question précédente pourrait être un moyen d’inciter les jeunes à poursuivre leurs études. Ces dernières années, les écoles privées ont connu un essor important au Maroc or, leur qualité reste contestable et le prix élevé renforce les inégalités d’apprentissage entre les élèves de famille aisée et ceux issus d’une couche sociale plus modeste. La qualité de l’éducation passe aussi bien par son contenu que l’encadrement et la création de nouvelles écoles. La langue d’apprentissage est par exemple une cause non négligeable des difficultés de certains jeunes. Ainsi, le français qui jusque-là était considéré comme une langue étrangère est désormais utilisée comme langue d’enseignement dans le supérieur pour les filières scientifiques et l’économie. L’orientation des jeunes qui n’ont pas le niveau attendu en français est alors contrainte.

Il apparaît également primordial de porter une attention particulière aux débouchés des filières proposées que ce soit pour l’enseignement général ou la formation professionnelle. Cela pourrait constituer une motivation supplémentaire pour les jeunes de poursuivre dans ces filières. Enfin, la mise en place de passerelles dans le système éducatif pourrait également diminuer le nombre d’abandons car les jeunes pourraient se réorienter plus facilement.

4. Comme vous l’avez souligné, certains arrêts d’étude sont involontaires. Quelles recommandations vous donneriez aux pouvoirs publics pour limiter ces cas ou au moins pour faciliter la transition de ces jeunes vers le milieu professionnel?

Parmi les motifs involontaires d’arrêt des études, la raison financière est la plus importante. Ces résultats indiquent l’existence d’une marge de manœuvre importante pour améliorer le taux de rétention des jeunes dans la région de MTH. Bien que les réformes de la fin des années 90 aient amélioré l’accès à l’éducation, ce dernier est encore restreint dans les zones rurales notamment pour les jeunes femmes. Il ne s’agit pas nécessairement d’augmenter les dépenses dans le secteur de l’éducation, mais de mieux cibler les mesures à l’exemple du programme Tayssir. Ce dernier vise à réduire l’absentéisme en accordant des bourses aux élèves assidus pour les ménages les plus démunis. La phase pilote menée dans certaines communes rurales laisse entrevoir des résultats positifs notamment dans les niveaux d’éducation les plus élevés. Nos résultats ont mis en évidence qu’une femme avec un niveau d’éducation au moins égal au secondaire a 1,7 fois plus de chance d’avoir accès à un emploi rémunéré or, leur accès à l’éducation est particulièrement contraint dans les régions rurales puisqu’elles ont 1,4 fois moins de chance d’avoir accès à un niveau d’éducation secondaire que les femmes en milieu urbain. Des mesures visant cette sous-population seraient donc bénéfiques.

De plus, l’hypothèse d’un manque d’encadrement ou d’enseignants ou encore, un contenu inadapté des enseignements pourrait expliquer cette lassitude ressentie par les jeunes ainsi que leur échec scolaire. La qualité de la formation des enseignants devrait donc être également au cœur des préoccupations du gouvernement marocain. Le taux d’encombrement des classes de seconde est également élevé ; des classes moins surchargées seraient sans doute favorables à un meilleur apprentissage.

Enfin, pour faciliter la transition vers le milieu professionnel des partenariats avec les entreprises pourraient être envisagés notamment en ce qui concerne les formations professionnelles. Cela permettrait de mieux cibler les besoins du marché du travail à l’image des SIVP[1] en Tunisie. Ces partenariats pourraient s’accompagner de mesures visant à favoriser l’embauche de ces jeunes pour lesquels l’entreprise aurait contribué à la formation.

5. N’y a-t-il pas différentes tendances dans la longueur des études et différents mécanismes derrière l’insertion professionnelle des jeunes femmes et des jeunes hommes? Est-ce que cela impliquerait des recommandations distinctes par genre?

Bien que l’accès à l’éducation ce soit amélioré pour les femmes il existe encore des disparités. Nous ne disposons pas de données précises sur la durée des études par genre. Toutefois, les estimations de Barro et Lee (2010) concluent à un écart de 1,67 année quant à la durée moyenne de scolarisation. De plus, le refus des parents concernant la poursuite des études est un motif important d’abandon des études pour les jeunes femmes notamment en milieu rural. La poursuite des études pour les jeunes femmes semble donc plus contrainte que celle des hommes. L’arrêt des études correspondant à la volonté de créer une famille est également cité par les jeunes femmes marocaines alors que ce motif ne l’est jamais par les hommes. Ce choix a nécessairement un impact sur l’insertion professionnelle des femmes que ce soit en raison d’un trop faible niveau scolaire si elles ont abonné leurs études trop tôt ou de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Les mécanismes d’insertion professionnelle sont en effet différentiés selon le genre. Des études soulignent des différences à la fois dans la mise en œuvre des stratégies d’insertion professionnelle, mais également concernant l’éviction de certaines sphères professionnelles par exemple. Si les pouvoirs publics souhaitent améliorer l’accès au marché du travail des jeunes femmes, une attention particulière doit leur être portée.

[1] Stage d’Initiation à la Vie Professionnelle.

Le MED BRIEF est disponible au téléchargement en cliquant ici.

Propos recueillis par Constantin Tsakas

This activity received financial support from the European Union through the FEMISE project on “Support to Economic Research, studies and dialogues of the Euro-Mediterranean Partnership”. Any views expressed are the sole responsibility of the speakers.

FEMISE MED BRIEF no13 : « Les piliers de la réussite d’un système d’innovation national au Maghreb »

Sonia BEN SLIMANE (ESCP Europe) & Maarouf RAMADAN (KEDGE, FEMISE))

La série de Policy Briefs du FEMISE intitulée MED BRIEF ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

Le dernier MED BRIEF sur « Les piliers de la réussite d’un système d’innovation national au Maghreb » est disponible ici.

Résumé: La perspective d’une croissance économique soutenue par l’activité d’innovation s’est  révélée inefficace pour les pays du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie). Notre analyse sous l’angle du système national d’innovation met en évidence les principales causes, telles que les faiblesses structurelles et le manque de temps nécessaire à la coordination des acteurs de l’innovation. Nos recommandations sont basées sur la proposition d’un modèle approprié d’innovation systémique qui prend en compte les spécificités de ces trois pays. Les piliers du succès de ce modèle sont d’abord «structurels»: mettre en place des «structures de soutien» efficaces pour l’innovation et l’esprit d’entreprise, offrant des outils appropriés et des services complémentaires; Deuxièmement, la «coordination»: des interactions cohérentes et coordonnées entre les acteurs de l’innovation publics et privés dans le développement de nouvelles méthodes de production et la diffusion des connaissances; Et troisièmement, la «gouvernance»: la réhabilitation du rôle du gouvernement dans l’éducation, pour assurer la cohérence globale des actions de l’acteur (règlementation protégeant l’innovation, financement de l’innovation, soutien des activités de recherche scientifique et un système éducatif favorisant le développement d’une nouvelle génération d’entrepreneurs innovants).

La liste des FEMISE MED BRIEF est disponible ici.

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

FEMISE MED BRIEF no12 : « Le rôle clé de l’éducation dans l’insertion professionnelle des jeunes de la région de Marrakech »

 

La série de Policy Briefs du FEMISE intitulée MED BRIEF ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

 

Le dernier numéro de MED BRIEF « Le rôle clé de l’éducation dans l’insertion professionnelle des jeunes de la région de Marrakech » est disponible en cliquant ici.

 

Alexandra Flayols (Université de Toulon)

Résumé: Les difficultés des jeunes marocains, tant au niveau de leur insertion professionnelle qu’au sein du système éducatif nous ont conduit à nous interroger sur les contraintes pouvant peser sur ces jeunes dans la poursuite de leurs études et leur accès à un emploi rémunéré. Nos résultats soulignent le rôle important de l’éducation secondaire dans l’accès à un emploi rémunéré. Cependant, beaucoup de jeunes abandonnent tôt leurs études. L’analyse des motifs d’arrêt des études est primordiale afin que les pouvoirs publics puissent mettre en place des mesures efficaces.

La liste des FEMISE MED BRIEF est disponible ici.

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

Med Change Makers e04 : Myriam BEN SAAD, Complexification des systèmes productifs et transition

FEMISE a récemment lancé sa nouvelle série d’entretiens «Med Change Makers».

 Les «Med Change Makers» sont des entretiens (texte et vidéo) qui permettent aux chercheurs FEMISE dynamiques d’illustrer comment leur recherche aborde une question politiquement pertinente et comment elle contribue au processus d’élaboration des politiques dans la région Euro-Méditerranéenne.

 

 

La complexification des systèmes productifs comme vecteur de transition économique dans les pays MENA et le rôle des politiques de court terme

Dr Myriam Ben Saad, Université de Toulon (LEAD), Université Paris Sorbonne, FEMISE

Entretien avec Myriam BEN SAAD, Université du Sud Toulon-Var, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, économiste FEMISE

Le FEMISE vient de publier son projet de recherche FEM42-07, « La complexification des systèmes productifs comme vecteur de transition économique dans les MENA et le rôle des politiques de court terme”, coordonné par le LEAD, Université de Toulon.

Membre de l’équipe coordonnatrice du projet, Dr. Myriam Ben Saad fait partie des chercheurs FEMISE qui participent activement aux activités du réseau. Son travail montre l’importance de la complexité économique d’un pays pour créer davantage de croissance et d’emplois et esquisse des pistes de réflexions pour l’avenir dans les pays du Sud Méditerranéen.

  1. Votre rapport traite de la question de la complexification des systèmes productifs. Pourquoi cette question est importante pour le Sud de la Méditerranée ? 

Cette question est cruciale. Nous observons de fortes disparités économiques entre les pays qui s’expliquent en grande partie par un faible niveau de complexité économique. Cette dernière est parfois l’une des principales causes pour laquelle la croissance économique est limitée en Méditerranée. La structure productive d’un pays est aussi un paramètre décisif qui explique les inégalités de développement à l’intérieur d’un pays. Enfin, la structure productive peut permettre de mieux prédire la croissance économique future. Hélas, aujourd’hui nous avons très peu d’éléments sur les modèles et rythmes de complexification des systèmes productifs des pays MENA. Notre rapport cherche à remédier à cela. Nous essayons de comprendre pourquoi certains pays restent bloqués dans la classe de complexité intermédiaire et produisons des recommandations pour leur permettre de migrer vers une classe de complexité avancée qui engendre davantage de croissance et d’emplois.

  1. Le besoin de développer des secteurs innovants se fait sentir au Sud. Quelle est selon vos résultats la meilleure façon de procéder ? Avez vous des success-stories?

Il est important de se doter de politiques commerciales appropriées pour remédier aux défaillances du marché et surtout aux échecs institutionnels qui bloquent la compétitivité des exportations. Nous préconisons donc que les pays MENA s’engagent dans une stratégie volontariste de diversification des exportations en repensant leur politique commerciale pour en faire un levier de promotion du développement industriel et de transformation structurelle.

Ces pays auraient intérêt à orienter leurs politiques vers des objectifs de développement nationaux et régionaux en améliorant la liberté économique notamment grâce à des lois de simplification administrative. Cela contribuera à l’amélioration de l’environnement des affaires en lien avec une réforme du marché du travail visant à le rendre plus flexible, transparent et compétitif (loi travail).

Aussi, le développement de secteurs innovants (le soutien à certaines start-up, aux IDE, au développement de zones franches ou de zones d’entreprises technologiques) passe notamment par une politique d’incitation fiscale. Cela me fait penser à la récente expérience d’un jeune ingénieur franco-tunisien, installé en zone franche, qui a réussi à transformer la production de sel fin en pastilles de sel. Cette transformation productive a permis non seulement une création de plusieurs emplois qualifiés et non qualifiés mais également à une meilleure dynamique et intégration de la zone.

  1. Vous soulignez le besoin de réformer l’enseignement supérieur et professionnel. Que proposez vous comme solutions concrètes ?

Une pléthore d’outils pourrait être mise en place. Notament, il s’agirait de renforcer l’adéquation des formations par rapport aux nouveaux métiers, de développer les partenariats avec les universités étrangères (notamment européennes, asiatiques ou américaines), mais aussi de développer les partenariats public/privé et utiliser le système des diplômes délocalisés professionnalisés.

  1. L’amélioration de la gestion des ressources naturelles peut-elle contribuer à favoriser la croissance et l’emploi dans les pays du Sud et comment ?

Les pays MENA disposent de grandes réserves de ressources naturelles, essentiellement non renouvelables, parmi les plus importantes au monde. Malgré une importante exploitation commerciale de ces ressources, les pays MENA demeurent l’une des régions géologiques les moins connues et visibles de la planète. S’il faut en croire les récentes découvertes de gaz et de pétrole, l’abondance de ces ressources permettrait de financer l’agenda de transformation de la région MENA. Les ressources naturelles pourraient changer la donne, si elles étaient transformées.

La transformation peut être réalisée par la mise en place d’un éventail de politiques structurelles «intelligentes » c’est à dire : utiliser les bénéfices des ressources naturelles pour diversifier l’économie et la sophistiquer, développer de zones industrielles basées sur l’avantage comparatif dans les ressources naturelles, améliorer les politiques macroéconomiques pour gérer efficacement les risques associés à la volatilité des recettes en provenance des ressources naturelles etc.

  1. D’après vous, que devraient faire les Etats du Sud par ordre de priorité afin d’accélérer ce processus de sophistication de leurs économies ?

Ces dernières années ont été des plus difficiles pour les pays MENA, vu la gravité des défis à relever par cette région. S’il est vrai que le processus de transformation structurelle est entré depuis les deux dernières décennies dans une phase de progression, force est de constater que le processus n’en est qu’à ses débuts dans la région.

  • Pour se complexifier, l’amélioration du système éducatif et de formation, est le premier défi à relever. La formation du capital humain notamment avec l’accès à l’enseignement supérieur (ingénierie) pourrait faciliter le changement structurel et la modernisation productive.
  • L’amélioration de la qualité des institutions et de la vulnérabilité économique et structurelle, est le deuxième défi à relever. Dans cette région, certains pays ont des difficultés à mettre en place des mesures visant à transformer leurs structures productives en raison d’une corruption persistante ce qui érode leurs capacités.
  • Au niveau macroéconomique, il s’agirait en premier lieu d’alléger le système d’imposition des entreprises, notamment en faveur des investisseurs locaux. Au niveau microéconomique, il s’agirait plutôt de lancer des nouveaux programmes de développement et de projets d’envergures à destination des jeunes qui travaillent dans une entreprise et qui veulent y investir.

Ainsi, les pays de la région doivent trouver des solutions collectives et non individuelles pour mener des négociations commerciales plus favorables avec leurs partenaires commerciaux européens, ou encore mieux s’ouvrir et conquérir de nouveaux marchés, particulièrement le marché africain. Pour y parvenir, cette région devra trouver des complémentarités sectorielles pour défendre la compétitivité et les valeurs de la région à l’international.

Le rapport est disponible au téléchargement en cliquant ici.

Propos recueillis par Constantin Tsakas

Inégalité et croissance inclusive : l’éducation et l’innovation favorisent-elles la performance des entreprises et le bien-être ?

FEMISE a le plaisir d’annoncer la publication de son projet de recherche FEM42-10, «Inégalité et croissance inclusive dans la région sud méditerranéenne: les activités d’éducation et d’innovation favorisent-elles la performance des entreprises et le bien-être des citoyens?”

Le projet de recherche a été coordonné par Inmaculada Martinez-Zarzoso (Université Jaume I et Université de Göttingen) et comprend les trois articles suivants:

Les Rendements de l’Enseignement Professionnel et Universitaire en Egypte

Alors que les compétences tertiaires sont importantes pour la croissance dans les pays développés, ce sont l’enseignement primaire et secondaire qui sont liés au développement dans les pays en développement. Malgré l’expansion substantielle de l’enseignement technique et professionnel en Égypte, le marché du travail manque de techniciens qualifiés non seulement en nombre mais aussi en termes de compétences. Cet article examine l’impact de l’éducation sur les résultats du marché du travail égyptien, en mettant l’accent sur les rendements de l’enseignement secondaire professionnel et technique en 1998, 2006 et 2012. Nous fournissons des estimations des taux de rendement progressif de l’éducation basés sur des équations de gains corrigées du biais de selection (selectivity corrected earnings equations) et des régressions quantiles qui renforcent l’idée que l’enseignement technique a généralement réduit les inégalités en Egypte. La principale implication politique de l’analyse de ce document est que la qualité de l’enseignement professionnel et sa pertinence sur le marché du travail demeurent la clé d’une réforme efficace. Encourager les entreprises privées à investir dans l’enseignement professionnel sera peu utile si les apprentis sont toujours confrontés à la stigmatisation sociale qui les relègue à des emplois mal rémunérés. Par conséquent, une recommandation politique serait de concevoir des mesures gouvernementales pour améliorer «l’image» de l’enseignement professionnel en Egypte

Écart entre les sexes et Performance des Entreprises dans les Pays en Développement

Ce document utilise des données au niveau des entreprises issues de l’Enquêtes sur les Entreprises de la Banque Mondiale (WBES) pour étudier les écarts de productivité entre les entreprises gérées par des hommes et des femmes dans les pays en développement et comparer les résultats obtenus dans différentes régions du monde. Nous nous distinguons de la littérature précédente en utilisant comme variable cible le genre du top manager, variable nouvellement disponible dans la version 2016 du WBES. Les principaux résultats indiquent qu’il est crucial de faire la distinction entre la gestion féminine et la propriété feminine d’une entreprise, ainsi que la jonction entre les deux. Nous constatons que lorsque les entreprises sont gérées par des femmes et qu’il n’y a pas de femmes propriétaires, ells affichent une productivité moyenne du travail et une PTF plus élevées. Cependant, si des femmes font parties des propriétaires et qu’une femme est le dirigeant principal, alors leur productivité est inférieure à celle des autres entreprises. Ces résultats sont très hétérogènes entre les régions. En particulier, les résultats en Afrique du Sud, en Asie de l’Est et en Asie du Sud semblent conduire aux résultats généraux, tandis qu’en Amérique latine, en Europe de l’Est et en Asie centrale, la participation des femmes à la propriété semble être négativement liée à la performance des entreprises.

Convergence réelle entre la PEV et les pays d’Europe du Sud : une analyse par grappe

Cet article analyse le modèle de convergence du PIB par habitant, de la productivité, de l’inégalité et du chômage dans les pays de la PEV et d’Europe du Sud (SE). Il suit la méthodologie proposée par Phillips et Sul (2007, 2009) dans laquelle différents chemins de convergence peuvent être distingués parmi les économies hétérogènes impliquées dans un processus de convergence. Cette hétérogénéité est modélisée à l’aide d’un modèle non linéaire à facteurs variant dans le temps (nonlinear time varying factor model) qui offre une flexibilité dans l’étude des comportements idiosyncratiques au cours du temps et d’une section à l’autre. Les principaux résultats de l’analyse de la convergence montrent que s’il existe une convergence du chômage, du PIB par habitant et de la productivité entre les pays de l’UE et de la PEV, mais aucune convergence n’est constatée concernant les inégalités. Parmi les défis d’un voisinage en évolution, le développement économique inclusif devrait être inclus dans la nouvelle approche de la PEV.

La jeunesse, clé de la Méditerranée

diplomés d'Euromed Management MarrakechYusuf Kocoglu, Maître de Conférences au Laboratoire d’économie appliquée au développement (LEAD), à l’Université du Sud Toulon-Var a contribué à la rédaction du rapport annuel 2011 sur le partenariat Euro-Méditerranéen du Femise. Dans le document intitulé « Une nouvelle région méditerranéenne : vers la réalisation d’une transition fondamentale », il analyse les difficultés de l’emploi des jeunes dans les pays du bassin Méditerranéen.

Quelle place occupent les jeunes dans la société dans les pays de la région MENA ?

Pas très importante comparée à leur poids démographique. Les pays MENA ont une structure sociale très patriarcale qui laisse peu de place aux nouvelles générations. La progression sociale y est lente (hormis quelques passes droits). Les dirigeants ont néanmoins compris à la suite des mouvements du printemps arabe qu’il était nécessaire de donner plus de place, sur le plan économique, mais aussi politique à la jeunesse.

La révolution provenant de la jeunesse, pensez-vous qu’ils aient une place dans les gouvernances qui sont en train de se mettre en place peu à peu dans les différents pays du bassin Méditerranéen ?

Il semble très difficile de dire quelle place va occuper la jeunesse qui a été le moteur de ces révoltes. Les élections en Tunisie n’ont pas débouché sur un bouleversement radical pour la jeunesse hormis quelques postes pour les meneurs. Les mouvements actuels en Égypte montrent que le changement a du mal à se faire. Un premier pas a néanmoins été effectué au Maroc avec une participation importante des jeunes aux élections du 25 novembre (un quart des candidats a moins de 35 ans) et l’entrée prévue par quotas au parlement des moins de 40 ans.

Repenser le système de formation à l’université

Quelles sont les pistes pour réduire le chômage chez les 20-25 ans et en particulier l’exclusion sociale des diplômés ?

Comme indiqué dans le rapport annuel du Femise, cette question nécessite des mesures systémiques et de longs termes. Il faut revoir à la fois le système productif pour monter en gamme dans la chaine de production et ainsi susciter une demande de travailleur plus qualifiés. Car l’un des problèmes majeurs de ces pays reste la faible demande d’emplois qualifiés par le secteur privé. Il faut également repenser le système de formation à l’université pour l’orienter plus vers les besoins des entreprises, valoriser les formations courtes et professionnelles, revoir le système de financement des micro-entreprises, etc.

S’agissant des non qualifiés vous évoquez dans le rapport annuel l’école de la deuxième chance. Quel en serait le principe ?

Les jeunes qui quittent le système de formation sans diplôme connaissent d’importantes difficultés d’insertion. Les écoles de la deuxième chance dont le concept a été proposé dans le Livre blanc européen « Enseigner et apprendre, vers la société cognitive » ciblent ces jeunes adultes sortis du système scolaire sans diplôme.

Il s’agit, à travers un espace commun regroupant un pôle de formation, un pôle d’entreprises et pôle social, de permettre à ces jeunes de se remettre à niveau sur les connaissances de base de la scolarité obligatoire et de les aider à développer un projet professionnel correspondant à leurs capacités. Les entreprises partenaires leur offrent des expériences via des stages ou des formations en alternance et le pôle social gère leurs problèmes sociaux. En France 30 écoles fonctionnent sur 100 sites avec 60% de succès en recherches d’emplois et reprises de formations qualifiantes.

Quelle est votre analyse des systèmes éducatifs et universitaires ? Vous semblent-t-ils inadaptés aux besoins des entreprises ?

Le système universitaire en particulier est resté trop figé et n’a pas suivi l’évolution rapide de l’environnement économique des pays MENA. La massification des formations universitaires ne pouvait plus cadrer avec le modèle qui formait des fonctionnaires d’État, en particulier depuis la décennie 1990 et l’instauration de politiques publiques visant à réduire ou du moins contrôler le poids du secteur public dans l’économie. La qualité de la formation universitaire est également un enjeu important dans la mesure où les chefs d’entreprises n’accordent que peu de crédit à la valeur des diplômes universitaires.

La jeunesse n’a-t-elle pas un rôle central dans le cadre de l’économie de la connaissance ?

Nous voulions justement souligner avec ce rapport Femise le rôle primordial de la jeunesse pour accéder à l’économie de la connaissance et faire monter en gamme la production nationale. Cependant, il faut que cette jeunesse soit convaincue que faire des études débouchera bien sur un emploi de qualité avec des perspectives d’évolution positives. La politique doit rendre crédible cette perspective en favorisant l’insertion des jeunes diplômés et nous retombons sur les questions relatives aux développements des secteurs à forte valeur ajoutée.

Pourriez-vous nous dire quelques mots du cas de la Turquie ?

Il s’agit d’un cas un peu à part dans la mesure où la production économique est plus diversifiée que dans les pays du sud de la méditerranée avec des secteurs dynamiques qui emploient des cadres moyens.

De plus, le système éducatif est jalonné de sélections. Dès la sortie du collège, les élèves passent des tests dont les résultats vont leur donner ou non l’accès aux lycées les plus prestigieux. Il en va de même pour l’entrée à l’université.

La sélection ainsi opérée limite le problème d’orientation massive dans quelques filières comme dans les pays du Maghreb par exemple. En revanche, le système turc produit d’importantes inégalités dans l’accès à l’éducation, les jeunes qui réussissent le mieux sont issus des familles les plus riches qui ont notamment pu financer des cours complémentaires privés.

Télécharger le rapport annuel du FEMISE

Photo Econostrum-MPV

Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2011, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante:www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par: http://www.econostrum.info/subscription/

Santé et éducation attirent les investisseurs étrangers sur le long terme dans les pays MENA

Photo by DR/Econostrum

Le développement social de la population influence-t-il les performances économiques? Une étude du Femise, financée par l’Union européenne, met en lumière la corrélation entre libertés individuelles, degré d’ouverture au commerce et investissements directs étrangers dans les pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

L’ouverture d’un pays sur l’extérieur et l’attrait qu’il suscite auprès des investisseurs étrangers sont des facteurs de croissance économique. Dans les pays de la région MENA, commerce et investissements directs étrangers (IDE) font bon ménage : ces pays doivent donc poursuivre leurs réformes pour s’ouvrir davantage vers l’extérieur, notent des chercheurs de l »université de Varsovie et de l »université hébraïque de Jérusalem, dans une étude réalisée sous l »égide du Femise (FEM33-11 ).

En revanche, relèvent-ils, « de gros efforts devraient être portés sur le maintien de l’élargissement du degré d’ouverture au commerce et aux libertés individuelles. Un niveau plus élevé de libertés individuelles associé à une mise en application rigoureuse des contrats et de hauts standards dans l’application de la loi promeuvent les IDE« .  A l’inverse, l’instabilité sociale et le désordre politique les repoussent.

Santé et éducation stimulent les IDE

Qu’en est-il alors des facteurs humains? Les chercheurs ont déterminé une série de critères susceptibles d »avoir un impact sur ces IDE, tels que l »espérance de vie, l »égalité des sexes et le niveau d’éducation. Ils constatent ainsi qu’une vie longue et saine et un niveau élevé d’éducation sont des facteurs clés pour stimuler les IDE. « Cela laisse penser que les investissements de santé et d’éducation contribueraient à accroître le capital humain et, par conséquent, le niveau d’exportations des pays méditerranéens se verrait lui aussi augmenté« , souligne l »étude.

Le rôle de l’éducation apparait plus prononcé lorsqu’il est couplé à une croissance positive des revenus, tandis que la distribution équitable des revenus stimulerait exportations et importations. A l’inverse, des conditions de vie décentes ne sont pas un critère important pour les investisseurs, estiment les chercheurs.

Influence sur le long terme

L »attrait exercé par le niveau de développement humain sur les investisseurs étrangers se mesure sur plusieurs années, relève par ailleurs l »étude. « Notre analyse a montré que l’Indice de développement humain influence les décisions des investisseurs étrangers sur le long terme, et non sur une année déterminée« , concluent les experts.

A travers l’indice de discrimination de genre, ils sont également arrivés au constat que le niveau d’exportation des pays méditerranéens est d’autant plus élevé qu’il règne davantage d’égalité dans la participation économique et dans la prise de décision. Sachant que la part des importations et exportations dans le PIB joue un rôle moteur dans l’attraction des investisseurs étrangers, les pays de la zone MENA vont devoir faire de gros efforts pour stabiliser leur environnement macroéconomique tout en promouvant l’égalité des sexes s’ils veulent améliorer durablement leur croissance économique.

Photo by DR/Econostrum

*L’article de Marie Pierre Vega fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2010, qui alimenteront également la rubrique « Réflexion Méditerranéenne»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante : www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par : http://www.econostrum.info/subscription/