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Maroc et Tunisie dans les chaînes de valeur mondiales : les services aux entreprises comme moteurs d’Innovation

Dans ce rapport, nous soutenons que, pour mieux comprendre en quoi les services aux entreprises peuvent contribuer à la compétitivité et à la croissance au Maroc et en Tunisie, la décomposition des flux commerciaux en termes de valeur ajoutée peut constituer une première étape utile. Nous utilisons la base de données OCDE-OMC sur le commerce en valeur ajoutée (OCDE, 2016) pour décomposer les exportations en valeur ajoutée de services aux entreprises du Maroc et de la Tunisie vers l’UE-28 et le reste du monde. Cette décomposition est utilisée pour calculer plusieurs indicateurs de participation aux CVM. Deux industries de services aux entreprises sont examinées: les activités informatiques et connexes et la RD et les autres activités commerciales.

Combiner une libéralisation adéquate du commerce tout en réformant la politique d’investissement et de la promotion des liens commerciaux entre entreprises étrangères et nationales aiderait les entreprises locales à monter en gamme dans les chaînes de valeur mondiales grâce au transfert de connaissances, de compétences et de technologies.

Le secteur privé, son rôle de moteur de croissance et de création d’emplois, au cœur des recherches FEMISE

Brochure FEMISE

Les pays méditerranéens souffrent d’un manque de dynamisme de leur secteur privé, celui-ci n’étant pas suffisamment compétitif ni créateur d’emplois. C’est ainsi que FEMISE a placé la thématique du secteur privé, et notamment son rôle de moteur de croissance, de création d’emplois et d’inclusivité, au cœur de ses recherches. L’intérêt est porté sur les causes qui empêchent le secteur d’atteindre son potentiel, en particulier les contraintes auxquels les entreprises de la Région sud-Méditerranéenne font face, et sur l’importance de l’innovation dans le développement du secteur privé méditerranéen.

Une des spécificités du réseau FEMISE, coordonné par l’Institut de la Méditerranée et Economic Research Forum, est de toujours s’efforcer à intégrer les points de vue des responsables politiques, des opérateurs privés et, plus largement, de l’ensemble des acteurs locaux, dans les réflexions menées sur cette thématique. Cette approche permet d’obtenir de meilleurs retours sur les recherches et de s’assurer que celles-ci soient politiquement pertinentes.

Le secteur privé au centre des travaux académiques FEMISE

Patricia AUGIER (Prés. Scientifique Institut de la Méditerranée, Coordonatrice  et Prés. Scientifique du FEMISE), pilote le Rapport EuroMed2018

Premièrement, le Rapport général EuroMed2018 du FEMISE, publication phare du réseau, portera sur le secteur privé des pays méditerranéens. L’objectif du rapport sera de faire un point sur la dynamique économique des pays méditerranéens au cours de ces 20 dernières années (c’est à dire depuis le Processus de Barcelone), puis d’en comprendre les éléments de blocage. L’idée générale est que la croissance des pays méditerranéens doit s’accélérer pour absorber un nombre toujours plus grand de personnes sur le marché du travail, et que cette croissance doit s’appuyer sur des progrès de productivité plutôt que sur l’accumulation des facteurs : le développement du secteur privé est donc au cœur de la définition d’un nouveau modèle de développement. Un des chapitres sera plus spécifiquement consacré au rôle des Banques Centrales sur le développement du secteur privé. Enfin la préoccupation majeure d’une croissance plus inclusive nous amenera à considérer l’entrepreunariat social comme une potentielle opportunité pour les pays méditerranéens.

Une dynamique partenariale « Science for Business » avec des acteurs de soutien technique et opérationnel.

Deuxièmement, FEMISE participe, en partenariat avec ANIMA Investment Network, au projet The Next Society, qui regroupe acteurs publics et privés de sept pays méditerranéens dans l’objectif de soutenir les écosystèmes d’innovation. Cette collaboration est l’opportunité pour FEMISE et ANIMA de mettre en communs leurs compétences complémentaires, respectivement l’analyse et la production de connaissance académique, et le soutien technique et opérationnel.

La contribution de FEMISE consiste d’abord à dresser un tableau de bord et à analyser le positionnement de chaque pays en termes d’indicateurs d’innovation et de compétitivité, comme le Global Innovation Index, à différentes étapes de l’innovation (inputs, process et outputs). Une analyse des stratégies nationales d’innovation et de l’écosystème des acteurs impliqués (gouvernement, associations, opérateurs privés…) est aussi réalisée.

Ensuite, FEMISE identifie les secteurs et les produits performants afin de mettre en évidence les nouveaux avantages comparatifs des pays et les opportunités d’investissement.

Dr. Maryse LOUIS (General Manager FEMISE, Programs Manager ERF) et Dr. Constantin TSAKAS (General Manager Institut de la Méditerranée, General Secretary FEMISE) présentent les recherches FEMISE aux Panels THE NEXT SOCIETY en Tunisie et en Jordanie.

FEMISE présente ses travaux à l’occasion de panels de plaidoyer réunissant académiciens, entrepreneurs, investisseurs, responsables d’incubateurs et de structures d’innovation et d’acteurs publics, dans le but de bénéficier de leurs retours et, surtout de leur point de vue quant aux facteurs qui ont permis l’émergence de ces nouveaux avantages comparatifs. Cette approche garantit que les conclusions et recommandations provenant des travaux réalisés par FEMISE puissent aider à l’élaboration de politiques publiques. L’enjeu de ces panels est notamment d’établir, pour chaque pays, une feuille de route pour l’innovation, de la mise en œuvre à l’ évaluation, avec pour objectifs de renforcer les systèmes nationaux d’innovation, d’encourager la coordination des acteurs parties prenantes, et d’améliorer les instruments des politiques et stratégies d’innovation.

Une ouverture vers des institutions sud-méditerranéennes dans une approche « Science for Policy »

Les jeunes chercheurs du FEMISE participent activement aux recherches, Karine MOUKADDEM et Jocelyn VENTURA (Institut de la Méditerranée, FEMISE) et Dalia RAFIK (ERF, FEMISE)

Troisièmement, FEMISE s’ouvre en coopérant avec des acteurs et institutions du sud-méditerranéen directement concernés par les questions traitées. Ainsi, FEMISE corédige et publiera en 2019 le rapport EuroMed2019 qui identifiera les contraintes à la croissance et à l’intégration dans les chaines de valeurs mondiales des PME marocaines. Ce document est issu de la coopération du réseau avec d’une part la Banque Africaine de développement, bailleur régional pour l’aide au développement, et d’autre part l’Institut supérieur de commerce et de gestion d’administration des entreprises (ISCAE) implanté au Maroc.

Il est essentiel pour les pays méditerranéens de mieux intégrer les PME dans les chaines de valeurs mondiales au sein desquelles se réalisent la majeure partie des échanges internationaux. Nous avons fait le choix, dans ce rapport, de nous focaliser sur le cas des entreprises marocaines. Il s’appuiera sur des enquêtes et interviews de terrains auprès des dirigeants de PME et de représentants d’associations professionnelles ainsi que sur les Enquêtes Entreprises et les indicateurs Doing Business de la Banque Mondiale. C’est dans cette approche d’échanges entre chercheurs et opérateurs publics et privés que les résultats préliminaires du rapport ont été présentés en amont de la publication, afin de recueillir commentaires, suggestions et recommandations pour enrichir le travail.

Un triple ancrage pour une recherche pertinente d’un point de vue politique et opérationnel

En conclusion,en plus des recherches académiques en cours menées par les membres du réseau et soutenues financièrement par les fonds du FEMISE (recherches accessibles sur le site), 3 autres types de travaux consacrés au secteur privé mobilisent actuellement l’équipe FEMISE : (1) un état des lieu et une réflexion générale qui couvrent l’ensemble de la région (Rapport EuroMed2018), (2) une analyse thématique ciblée corédigée avec un focus national (Rapport EuroMed2019) et (3) un projet sur l’innovation en partenariat avec ANIMA.

L’ensemble de nos analyses se nourissent à la fois (i) des connaissances et des apports de la recherche académique, (ii) de la prise en compte des situations concrêtes dans les pays, ainsi que (iii) des points de vue et réflexions d’acteurs issus du monde politique et de celui de l’entrepreneuriat. Ce triple ancrage nous permet d’élaborer des produits pertinents d’un point de vue politique et opérationnel.

Pour la Brochure FEMISE, avec une présentation des activités du réseau et de ses nouvelles approches thématiques veuillez cliquer ici.

Pour en savoir plus sur les conclusions préliminaires du rapport codirigé avec la BAD, des éléments de réponses sont disponibles dans l’entretien ci-dessous:

Article rédigé par Jocelyn Ventura (Economiste Institut de la Méditerranée)

Déséquilibres externes et internes dans les pays du sud de la Méditerranée

Les pays du sud de la Méditerranée se caractérisent par des structures économiques non-diversifiées. Certaines structures dépendent fortement du pétrole afin de soutenir leur croissance et développement économiques, d’autres s’appuient sur le secteur immobilier, le tourisme, et les produits à faible valeur ajoutée ce qui les rend vulnérables aux évolutions économiques. La situation géopolitique de la région, qui alimente l’incertitude économique, crée d’importantes menaces et de grands problèmes, surtout en ce qui concerne le déficit commercial et la balance courante (déséquilibres extérieurs). La situation politique intérieure dans ces pays ne favorise pas non plus la stabilité économique. Les gouvernements des pays du sud de la Méditerranée sont plutôt centralisés et manquent le plus souvent d’institutions transparentes et de bonne qualité. Dans le domaine économique, cet état contribue à l’aggravation du déficit budgétaire et à l’augmentation de la dette publique (déséquilibres intérieurs). D’ajouter, les déséquilibres intérieurs et extérieurs reflètent et renforcent, à la fois, l’incapacité de ces économies à monter l’échelle des valeurs ajoutées, à développer des produits et des spécialisations plus concurrentiels, ce qui les aide à atteindre une croissance économique durable, des positions budgétaires équilibrées et des balances commerciales excédentaires.

Dans ce contexte, généralement en réponse aux risques émergents dans la sphère financière, concernant, à la fois, les déséquilibres intérieurs et extérieurs, après la crise financière mondiale, les gouvernements des pays du Sud de la Méditerranée ont adopté – parfois durement – des programmes de réforme économique en tant que moyen pour stabiliser leurs économies et gérer les risques associés. Toutefois, les programmes d’ajustement sont douloureux au niveau social et peuvent avoir des conséquences négatives sur l’économie, augmentant davantage la fragilité de ces économies et les menaçant d’une nouvelle détérioration de leur position extérieure. Cela soulève deux questions intéressantes, au niveau analytique, et très pressantes au niveau de politiques : l’étendue et la nature des déséquilibres extérieurs et intérieurs dans ces pays d’une part et la pertinence des politiques d’ajustement y suivies de l’autre.

Dans la présente étude, une analyse approfondie de ces questions se focalise sur le cas de six pays du Sud de la Méditerranée à savoir l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc et la Tunisie. L’analyse, à la fois descriptive (Des graphiques) et économétrique (Techniques de l’économétrie des séries chronologiques), étudie en détails les déséquilibres intérieurs et extérieurs dans ces pays au cours des trois dernières décennies. Elle examine, par la suite, la gamme des programmes d’ajustement, les politiques d’austérité et autres mécanismes d’ajustement macroéconomique (par exemple les politiques de change) dans ces pays visant à faire face aux menaces intérieures et extérieures à la stabilité. En réfléchissant sur ces deux axes de recherche, l’étude fournit une vision utile concernant l’efficacité et la pertinence de ces réponses politiques visant à résoudre le problème en question.

Les désavantages économiques significatifs et les faiblesses politico-institutionnelles- et encore moins la mise à niveau de leurs avantages comparatifs et compétitifs- rend la stabilisation des économies une tâche difficile. Souvent les menaces fiscales, financières et économiques se combinent et se renforcent mutuellement, tandis que les tentatives de solutions politiques ont tendance à être beaucoup moins synergiques. Par exemple, l’instauration d’un régime de consolidation fiscale (pour résoudre un problème de coûts d’emprunt ou de liquidité freinant l’investissement) peut effectivement réduire l’investissement en diminuant la demande intérieure et/ou en diminuant la fourniture des biens publics qui stimulent l’investissement (par exemple l’infrastructure). De même, les politiques de libéralisation du marché et du commerce qui visent à accroître la concurrence et la productivité et à générer des effets taille de marché positifs, peut souvent mener à une augmentation disproportionnée des importations. C’est ainsi que la balance courante et peut-être aussi la position fiscale du gouvernement sont déstabilisées. Le même effet négatif peut résulter de politiques visant à réduire l’incertitude monétaire (par exemple, pour stimuler l’investissement direct étranger) en maintenant un taux de change fixe (ou indexé).

Partant, il a été établi dans la littérature économique internationale que la bonne gouvernance est une importante condition préalable à la réussite des politiques de stabilisation et du développement. Bien entendu, c’est un grand défi pour des pays comme ceux du sud de la Méditerranée qui se transforme encore de la centralisation à la libéralisation économique et politique, et qui ont des institutions démocratiques capitalistes relativement jeunes et de faibles capacités d’élaboration des politiques. Dans ce contexte, comprendre la nature toute entière de l’environnement extérieur et intérieur (par exemple, comme reflété dans les valeurs et les trajectoires économiques liées aux déséquilibres intérieurs et extérieurs) devient encore plus une condition préalable à l’élaboration réussie et effective des politiques. Les conseils qui peuvent découler d’une telle analyse peuvent permettre l’élaboration d’une vision de politique pertinente et réaliste et par conséquent, la conception et la mise en œuvre d’une stratégie appropriée qui essaiera de résoudre les problèmes identifiés et d’atteindre les objectifs fixés par la politique.

Selon notre analyse des programmes d’ajustement et d’autres politiques, les six pays du sud de la Méditerranée (dont le cas est étudié) n’ont pas eu la capacité ou peut-être le temps d’adopter une telle approche. Menacés par la rapide détérioration des déséquilibres intérieurs et extérieurs, dans un environnement international d’incertitude et de risques et accrus, ces pays ont mis, rapidement, en place des programmes d’austérité qui combinent augmentation de taxes avec réduction importante des dépenses, y compris les subventions qui -comparativement- semblent jouer un rôle important dans les politiques du gouvernement de ces économies. Selon les conseils directs ou indirects des institutions financière internationales comme le FMI, supprimer les subventions (sous ses différentes formes) est considéré une mesure positive visant à éliminer les distorsions de l’économie, lesquelles bloquent la modernisation de l’économie en réduisant le retour sur investissement productif. Toutefois, la suppression de la subvention a eu des conséquences négatives sur l’échelle sociale (elle affecte les nécessiteux) et économiques (elle baisse la demande intérieure). Alors que, dans la plupart des cas, les politiques de stabilisation (c’est-à-dire les politiques qui visent à réduire les déficits du budget et de la balance courante et à stabiliser le taux de change) étaient relativement réussies, les structures économiques et les fondamentaux de ces pays restent largement inchangeables, et plus considérablement, la vulnérabilité externe de ces économies et les problèmes socio-économiques internes d’inégalité ou du chômage. De même, les agrégats qui soutiennent les positions internes et externes de ces pays ne semblent pas avoir changé radicalement malgré la mise en œuvre des programmes d’ajustement.

Dans l’ensemble, notre analyse empirique donne une image des déséquilibres extérieurs importants et persistants concernant les dettes extérieures et les positions des actifs nets étrangers de tous les pays sauf un (L’Égypte). Cependant, et bien qu’ils soient globalement assez importants, les déséquilibres des balances courantes ne semblent pas être, uniformément, insoutenables dans les six pays.

La non-durabilité semble caractériser les cas de l’Algérie et de la Tunisie ; mais pour l’Egypte et le Maroc, les preuves de l’insoutenabilité de balance courante sont mitigées, alors que pour la Jordanie et le Liban, l’insoutenabilité de balance courante est économiquement rejetée. Mais surtout, les déséquilibres internes, sous forme de déficits budgétaires et de dette publique, ne semblent pas non plus être une préoccupation majeure pour les six pays du sud de la Méditerranée. La non-durabilité dans ces agrégats semble concerner uniquement le Maroc et l’Egypte (pour la balance budgétaire seulement), tandis que pour l’Algérie, le Liban et la Tunisie, les preuves de non-durabilité sont très limitées. Par ailleurs, l’analyse causale indique que les positions budgétaires sont non seulement durables dans un sens global, mais ne sont pas non plus une cause (de façon temporelle) des déséquilibres extérieurs.

La causalité va plutôt dans le sens inverse, en particulier des déséquilibres de balance courante aux déraillements budgétaires et des déséquilibres des actifs nets étrangers, aux vulnérabilités qui déstabilisent la dette publique dans la majorité des cas

Ainsi, bien que certains cas émergent, où les risques budgétaires se sont, particulièrement, accentués juste après la crise financière mondiale et où la politique budgétaire a relativement bien réussi à contrôler les déficits et les dettes élevés. Globalement, l’analyse de la soutenabilité intérieure et extérieure, ici présentée, ne semble pas justifier l’attention que porte nombreux pays de la région à l’assainissement budgétaire. Mettre, plutôt, l’accent sur la correction des mésalignements de taux de change et s’occuper des questions de la compétitivité internationale, d’exportation et d’investissement étranger semblent être beaucoup plus pertinent par rapport aux menaces identifiées pour ces économies. Mais sur le long terme, l’ensemble critique de politiques ne concerne pas tant le domaine monétaire que budgétaire, mais plutôt l’ensemble des interventions qui peuvent être appliquées dans l’économie réelle, dans le but de renforcer les compétences de base et promouvoir la diversification économique vers des activités à forte valeur ajoutée ; ainsi qu’en ce qui concerne le système juridique et institutionnel (résoudre les problèmes de corruption, d’inefficacité de la gestion publique, d’informalité économique, etc…)

La sophistication de l’économie : source de croissance, d’inclusivité et d’emploi

13La complexité économique résulte du niveau de savoir et de progrès technologique d’un pays depuis la phase de fabrication jusqu’à celle de l’exportation. Dans un rapport sur « La complexification des systèmes productifs comme vecteur de transition économique dans les MENA et le rôle des politiques de court terme », (FEM42-07) le Femise introduit un facteur géographique

 

En 1984, la Turquie a commencé à exporter du coton et des noix pour devenir aujourd’hui un des principaux pays exportateur de voitures, de biens d’équipement et de textile. ©Frédéric Dubessy

En 1984, la Turquie a commencé à exporter du coton et des noix pour devenir aujourd’hui un des principaux pays exportateur de voitures, de biens d’équipement et de textile. ©Frédéric Dubessy

Capacité à fabriquer des produits qui ne sont pas conçus ailleurs, recherche, innovation influent sur la compétitivité d’un État, permettent d’accroître la production et l’exportation de biens à plus forte valeur ajoutée. « Un pays qui possède un avantage en termes d’innovation et d’exportation de produits de haute technologie occupe le haut de classement de l’indice de complexité économique », pose le Femise en préambule de sa dernière étude.  
Conduite par Nicolas Péridy, Michel Dimou et Myriam Ben Saad de l’Université de Toulon en collaboration avec Ilham Haouas (Université d’Abu Dhabi) et Naceur Kraief (Université de Sousse), le document  analyse la complexification des systèmes productifs dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA) en intégrant la  dimension géographique. Les auteurs ajoutent que la compétitivité d’un pays au niveau mondial dépend de ce qu’exporte le pays et non pas de la quantité des produits exportée.

 

Turquie : des noix, du coton puis des voitures

Capacité à fabriquer des produits qui ne sont pas conçus ailleurs, recherche, innovation influent sur la compétitivité d’un Etat, permettent d’accroître la production et l'exportation de biens à plus forte valeur ajoutée. ©Frédéric Dubessy

Capacité à fabriquer des produits qui ne sont pas conçus ailleurs, recherche, innovation influent sur la compétitivité d’un Etat, permettent d’accroître la production et l’exportation de biens à plus forte valeur ajoutée. ©Frédéric Dubessy

« En 1984, la Turquie a commencé à exporter du coton et des noix pour devenir aujourd’hui un des principaux pays exportateur de voitures, de biens d’équipement et de textile. Cette économie a su réorienter son panier d’exportation vers des produits plus complexes et porteur de croissance. Depuis 2010, la main-d’œuvre turque est devenue l’une des forces du travail les plus flexibles et les plus qualifiées au monde (…) », souligne le document. Si Israël présente le niveau le plus élevé d’indice de complexité économique (ICE) des pays Sud du bassin Méditerranéen, la Tunisie a vu son ICE se dégrader, ce qui expliquerait, selon le Femise, le taux de chômage élevé.
La performance des pays voisins joue un rôle tout aussi important que l’indice de complexité économique, l’indice de diversification et de qualité des exportations et la valeur ajoutée manufacturière. Selon les auteurs du rapport, une économie sophistiquée constitue un vecteur de transition économique et influe sur les politiques de court terme.« Les économies les plus éloignées du « cœur européen par exemple » voient leur retard s’accentuer », constate le Femise tout en soulignant l’importance des canaux de transmission (accords commerciaux bilatéraux et/ou régionaux, barrières tarifaires et non tarifaires, clusters).Afin d’aider les pays méditerranéens à complexifier leur système productif, le Femise recommande de soutenir le développement de produits nouveaux et hautement sophistiqués, de cibler les activités ayant des effets d’entrainement. « En particulier, la Tunisie et les Emirats Arabes Unis devraient développer des produits complexes comme les machines, les clusters industriels chimiques et électriques », précise le Femise.

Il invite les États à mettre rapidement en place des formations adaptées aux changements technologiques tout en incitant à développer des secteurs innovants.

Le Femise suggère également d’améliorer la performance logistique, la liberté économique,  l’environnement des affaires, les partenariats commerciaux avec des pays avancés technologiquement.

Lire l’intégralité du rapport Femise FEM42-07 en cliquant ici

 

Article réalisé par en partenariat avec Econostrum 

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Rapport sur: « Eléments Pour Une Stratégie de Développement Economique & Social à Moyen Terme en Tunisie »

Tunisie_Final_V4-coverCet ouvrage est une étude inédite sur l’économie tunisienne qui analyse ses principaux vecteurs de développement économique et social pour la période de post-transition. L’ouvrage propose en outre un programme de réformes économiques et sociales avec, en appui, divers scénarii de cadrage macroéconomique.

Téléchargez tout le rapport (pdf, 467p, 9.7MB)

Le présent travail a cherché à approfondir les contraintes de la croissance, de l’équilibre macroéconomique et social de la Tunisie et à proposer une stratégie détaillée pour les prochaines années. Après les évènements de janvier 2011, il est apparu nécessaire de réunir et d’approfondir les différents travaux qui ont été conduits, de façon à voir si un consensus se dégage permettant d’orienter une politique de développement à moyen terme et à cibler les principaux points critiques permettant de hiérarchiser une politique.

 Le constat général que l’on peut faire aujourd’hui est que si on s’accorde sur les limites et difficultés du modèle de croissance actuel, sur la nécessité impérieuse de préparer les conditions d’une reprise de l’économie tunisienne et d’obtenir dans les 10 prochaines années un saut qui permette de faire accéder la Tunisie au rang de pays émergent de première catégorie (avec une croissance de l’ordre de 7% l’an contre près de 4% obtenus dans la période 2000-2010 et de 2% depuis lors), les politiques opérationnelles ne sont pas suffisamment à l’oeuvre car l’urgence a imposé des solutions de court terme qui ont permis de maintenir la paix sociale. Or de nombreuses difficultés se cachent dans les détails et chaque mesure véritablement progressive implique des choix politiques lourds et difficiles à mettre en oeuvre.

 C’est ce souci d’approfondissement qui explique le détail des analyses contenues dans ce travail qui, d’une certaine façon, rassemble la pensée économique et sociale sur la Tunisie d’aujourd’hui.

 Le travail a été réalisé, sous la direction du Professeur Chedly Ayari (Professeur Emérite de l’Université de Tunis El Manar) et du Professeur Jean Louis Reiffers (Président des comités scientifiques de l’Institut de la Méditerranée – Marseille et du Femise, et Professeur Emérite de l’Université de Toulon). La coordination scientifique de l’ouvrage a été réalisée par le Professeur Sami Mouley (Université de Tunis), en collaboration avec une équipe de contributeurs qui comprend des professeurs universitaires tunisiens et français ainsi que des experts du FEMISE.

 Téléchargez tout le rapport (pdf, 467p, 9.7MB)

La crise financière affecte l’économie réelle des pays Méditerranéens

Samy MouleyCrise financière internationale et printemps arabe, comment les pays Méditerranéens ont-ils été touchés par ces deux phénomènes simultanés ? Le Femise vient de publier une étude au terme d’une enquête de conjoncture menée auprès des PME et PMI en Algérie, Tunisie et Maroc. Diagnostic comparé et préconisations…

À la différence des économies occidentales, la crise financière internationale a eu davantage d’effets sur les économies réelles du Maghreb que sur le système financier à proprement parler.

Cela s’est traduit de façon contrastée selon les pays par un ralentissement du commerce international, un impact sur les transferts de revenus, une perte des réserves de change, un déficit de la balance des paiements et une augmentation de la dette publique.

« La crise a entraîné des difficultés d’accès aux financements bancaires et aux marchés boursiers. Les crédits ne représentent pas plus de 19% des sources de financement des PME et PMI. Les entreprises ont recours pour 51% à leur propre capacité d’autofinancement et le marché boursier atteint péniblement 2% ! Le pays le plus touché a été la Tunisie avec de fortes tensions inflationnistes. L’indice des prix à la consommation a grimpé de 2,2 points en un an. En revanche, la dynamique économique au Maroc a été soutenue à la faveur de la diminution des collatéraux exigibles (garanties hypothécaires). Les trois pays subissent de plein fouet les conséquences de la crise de la zone euro », souligne Sami Mouley Professeur de finance internationale à l’université de Tunis et coordonnateur du rapport de recherche Femise (FEM34-09, disponible sur le site du FEMISE).

Impact sur l’industrie textile et mécanique

Intitulé « Perspectives économiques des pays méditerranéens dans la post crise financière globale : Enquête de conjoncture auprès des PME-PMI en Tunisie et diagnostics comparés Algérie – Maroc », le rapport du Femise rappelle que les PME-PMI de la zone représentent 95% du tissu économique des entreprises. Avec l’octroi de crédits conditionnés à des garanties hypothécaires et non sur la rentabilité des projets, les entreprises, faute de crédit, ont dû renoncer à leurs investissements, freinant la croissance.

« Nous avons mené une enquête de terrain par secteur d’activité. Paradoxalement, il s’avère que les secteurs les plus touchés par la crise sont ceux régis par le démantèlement tarifaire avec l’Union européenne comme par exemple les industries manufacturières », souligne encore le professeur Mouley. La période post-crise a eu un impact significatif sur l’industrie textile et mécanique.

En Algérie, le climat de post crise financière a induit le développement de pratiques anticoncurrentielles rattachées à la corruption, en particulier dans l’octroi de licences et brevets. L’avenir ? Sami Mouley estime que de nouvelles modalités opérationnelles de coopération Euromed doivent se mettre en place, dépassant le dispositif de l’Union pour la Méditerranée.

Les mécanismes de gestion anticipée de crise, à définir pour les pays de la zone euro, devraient être étendus aux pays méditerranéens. « Il faudrait réfléchir à introduire un régime de change commun entre l’euro et ces trois pays, avec des mécanismes de viabilité des positions extérieures (protection de la balance des paiements) », suggère encore Sami Mouley afin de prévenir de nouvelles crises financières.

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Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2012, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante : www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par : http://www.econostrum.info/subscription/

Quel potentiel de croissance pour les échanges commerciaux entre l’UE et ses partenaires méditerranéens ?

photoNBC-art11-3202La suppression des barrières douanières ne suffit pas pour développer les échanges commerciaux entre l’Union européenne et ses partenaires du sud de la Méditerranée. D’autres paramètres comme la qualité du système logistique, les barrières non tarifaires, l’innovation, l’ouverture aux investissements étrangers ou encore une bonne gouvernance sont des facteurs à prendre en compte.

Les statistiques mettent en évidence que les pays du sud de la Méditerranée ne contribuent que faiblement aux exportations mondiales malgré une légère progression sur la décennie 2000/2009, passant de 1,8% à 2,9%. Durant cette même période, les exportations de ces pays vers l’Union européenne sont passées de 2,7% à 3,5%, c’est mieux mais cela reste faible.

Si la suppression progressive des barrières douanières contribue à développer le commerce entre l’Union européenne et ses partenaires méditerranéens, y-a-t-il des marges de manœuvre pour accroître les échanges?

« Ce n’est pas parce que le niveau des échanges est faible que le potentiel de développement est important » prévient Nicolas Peridy, directeur du « Laboratoire d’économie appliquée au développement » de l’Université du Sud Toulon-Var, il a contribué aux travaux du FEMISE sur cette question souvent débattue.

La plupart des analyses classiques réalisées jusqu’ici ont conclu à un réel potentiel de croissance des échanges entre l’UE et ses partenaires du sud de la Méditerranée, estimant que les exportations de ces pays vers l’Europe restent inférieures en moyenne de 10 à 20%, selon les pays concernés, à ce qu’elles pourraient être.

« Ce n’est pas notre conclusion » précise Nicolas Peridy. « Nous avons travaillé différemment, en élargissant notre champ d’études pour prendre en compte d’autres variables que les seuls obstacles tarifaires ce qui permet de mieux expliquer ces échanges. Il en ressort que le potentiel de croissance, en l’état actuel, reste limité mais qu’il peut être développé si l’on agit pour modifier ces autres variables ».

La gouvernance est déterminante

Quelles sont ces variables ? En premier lieu la qualité des infrastructures et du système logistique. Les pays du sud de la Méditerranée font preuve d’une moindre efficacité logistique comparée aux autres pays émergents, ce qui constitue un véritable handicap. Leurs efforts doivent donc viser à se rapprocher des standards internationaux.

Autre point sensible, l’innovation. Peu développée au sud de la Méditerranée, à la différence d’autres régions intégrées comme l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-est), elle limite à certaines catégories de produits les exportations possibles, le pétrole ou  les produits manufacturés à faible valeur ajoutée.

Les travaux des économistes du Femise montrent encore que les mouvements migratoires entre les pays du sud de la Méditerranée et l’UE sont aussi facteurs de croissance des échanges commerciaux, tout comme le niveau des investissements directs étrangers, qui, s’ils sont favorisés, peuvent contribuer à changer la donne.

Enfin, la gouvernance est déterminante. La corruption et les entraves à la démocratie qui sévissent au sud de la Méditerranée sont autant d’obstacles qui viennent limiter les possibilités d’échanges. A cet égard, le printemps arabe ouvre de nouvelles perspectives.

Article de Christiane Navas, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2012, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante:www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par: http://www.econostrum.info/subscription/

La jeunesse, clé de la Méditerranée

diplomés d'Euromed Management MarrakechYusuf Kocoglu, Maître de Conférences au Laboratoire d’économie appliquée au développement (LEAD), à l’Université du Sud Toulon-Var a contribué à la rédaction du rapport annuel 2011 sur le partenariat Euro-Méditerranéen du Femise. Dans le document intitulé « Une nouvelle région méditerranéenne : vers la réalisation d’une transition fondamentale », il analyse les difficultés de l’emploi des jeunes dans les pays du bassin Méditerranéen.

Quelle place occupent les jeunes dans la société dans les pays de la région MENA ?

Pas très importante comparée à leur poids démographique. Les pays MENA ont une structure sociale très patriarcale qui laisse peu de place aux nouvelles générations. La progression sociale y est lente (hormis quelques passes droits). Les dirigeants ont néanmoins compris à la suite des mouvements du printemps arabe qu’il était nécessaire de donner plus de place, sur le plan économique, mais aussi politique à la jeunesse.

La révolution provenant de la jeunesse, pensez-vous qu’ils aient une place dans les gouvernances qui sont en train de se mettre en place peu à peu dans les différents pays du bassin Méditerranéen ?

Il semble très difficile de dire quelle place va occuper la jeunesse qui a été le moteur de ces révoltes. Les élections en Tunisie n’ont pas débouché sur un bouleversement radical pour la jeunesse hormis quelques postes pour les meneurs. Les mouvements actuels en Égypte montrent que le changement a du mal à se faire. Un premier pas a néanmoins été effectué au Maroc avec une participation importante des jeunes aux élections du 25 novembre (un quart des candidats a moins de 35 ans) et l’entrée prévue par quotas au parlement des moins de 40 ans.

Repenser le système de formation à l’université

Quelles sont les pistes pour réduire le chômage chez les 20-25 ans et en particulier l’exclusion sociale des diplômés ?

Comme indiqué dans le rapport annuel du Femise, cette question nécessite des mesures systémiques et de longs termes. Il faut revoir à la fois le système productif pour monter en gamme dans la chaine de production et ainsi susciter une demande de travailleur plus qualifiés. Car l’un des problèmes majeurs de ces pays reste la faible demande d’emplois qualifiés par le secteur privé. Il faut également repenser le système de formation à l’université pour l’orienter plus vers les besoins des entreprises, valoriser les formations courtes et professionnelles, revoir le système de financement des micro-entreprises, etc.

S’agissant des non qualifiés vous évoquez dans le rapport annuel l’école de la deuxième chance. Quel en serait le principe ?

Les jeunes qui quittent le système de formation sans diplôme connaissent d’importantes difficultés d’insertion. Les écoles de la deuxième chance dont le concept a été proposé dans le Livre blanc européen « Enseigner et apprendre, vers la société cognitive » ciblent ces jeunes adultes sortis du système scolaire sans diplôme.

Il s’agit, à travers un espace commun regroupant un pôle de formation, un pôle d’entreprises et pôle social, de permettre à ces jeunes de se remettre à niveau sur les connaissances de base de la scolarité obligatoire et de les aider à développer un projet professionnel correspondant à leurs capacités. Les entreprises partenaires leur offrent des expériences via des stages ou des formations en alternance et le pôle social gère leurs problèmes sociaux. En France 30 écoles fonctionnent sur 100 sites avec 60% de succès en recherches d’emplois et reprises de formations qualifiantes.

Quelle est votre analyse des systèmes éducatifs et universitaires ? Vous semblent-t-ils inadaptés aux besoins des entreprises ?

Le système universitaire en particulier est resté trop figé et n’a pas suivi l’évolution rapide de l’environnement économique des pays MENA. La massification des formations universitaires ne pouvait plus cadrer avec le modèle qui formait des fonctionnaires d’État, en particulier depuis la décennie 1990 et l’instauration de politiques publiques visant à réduire ou du moins contrôler le poids du secteur public dans l’économie. La qualité de la formation universitaire est également un enjeu important dans la mesure où les chefs d’entreprises n’accordent que peu de crédit à la valeur des diplômes universitaires.

La jeunesse n’a-t-elle pas un rôle central dans le cadre de l’économie de la connaissance ?

Nous voulions justement souligner avec ce rapport Femise le rôle primordial de la jeunesse pour accéder à l’économie de la connaissance et faire monter en gamme la production nationale. Cependant, il faut que cette jeunesse soit convaincue que faire des études débouchera bien sur un emploi de qualité avec des perspectives d’évolution positives. La politique doit rendre crédible cette perspective en favorisant l’insertion des jeunes diplômés et nous retombons sur les questions relatives aux développements des secteurs à forte valeur ajoutée.

Pourriez-vous nous dire quelques mots du cas de la Turquie ?

Il s’agit d’un cas un peu à part dans la mesure où la production économique est plus diversifiée que dans les pays du sud de la méditerranée avec des secteurs dynamiques qui emploient des cadres moyens.

De plus, le système éducatif est jalonné de sélections. Dès la sortie du collège, les élèves passent des tests dont les résultats vont leur donner ou non l’accès aux lycées les plus prestigieux. Il en va de même pour l’entrée à l’université.

La sélection ainsi opérée limite le problème d’orientation massive dans quelques filières comme dans les pays du Maghreb par exemple. En revanche, le système turc produit d’importantes inégalités dans l’accès à l’éducation, les jeunes qui réussissent le mieux sont issus des familles les plus riches qui ont notamment pu financer des cours complémentaires privés.

Télécharger le rapport annuel du FEMISE

Photo Econostrum-MPV

Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2011, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante:www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par: http://www.econostrum.info/subscription/

Une transition difficile mais si fondamentale pour la Méditerranée

imagesL’espoir d’une vie meilleure renaît pour les habitants des pays méditerranéens. La rupture avec les anciens régimes autoritaires consommée, les États traversent à présent une phase de transition au cours de laquelle ils vont expérimenter l’ouverture démocratique et devront réduire les inégalités.

C’est inéluctable, le chômage va augmenter, le PIB et les investissements directs étrangers vont faire un bond en arrière. La phase de transition amorcée en 2011 par les pays méditerranéens du printemps arabe sera un long parcours semé d’embûches tout comme la Pologne et autres pays de l’Est l’avaient expérimenté dans les années 90 lors de l’effondrement du bloc communiste.

« Les pays du sud vont entrer dans une phase de transition et passer d’un régime captateur et autoritaire à la démocratie. Une élite d’hommes d’affaires, très proches du pouvoir politique a engendré des rentes de situation. La connivence était de mise lors des appels d’offres. La corruption s’est peu à peu généralisée jusqu’au point d’obtenir une autorisation pour exercer une activité de commerce ambulant !», explique Jean-Louis Reiffers dans le rapport annuel 2011 du forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences économiques (FEMISE) intitulé « Une nouvelle région méditerranéenne : vers la réalisation d’une transition fondamentale ».

Un document dans lequel, le président du Conseil scientifique de l’Institut de la Méditerranée et coordinateur du FEMISE, aux côtés d’Ahmed Galal, président du Forum de recherche économique en Égypte, pointe du doigt les déficiences des États méditerranéens et surtout en appelle à la création d’un fonds de stabilisation des prix des denrées alimentaires de base (huile, farine et sucre).

Inscrit au rang des priorités lors de la réunion du G8 à Marseille, ce fonds de compensation sera abondé par la communauté internationale qui s’est engagée à débloquer 27 mrds € pour la Tunisie, l’Égypte, le Maroc et la Jordanie d’ici 2013.

« Le prix du blé avait augmenté de 15% en trois mois. Et n’allez pas expliquer à la ménagère tunisienne que les incendies en Russie et la spéculation des acheteurs à terme du marché de Chicago sont à l’origine de cette flambée du prix du blé tendre ! », indique Jean-Louis Reiffers.

Réduire les inégalités entre les régions côtières et les campagnes

Le Femise pointe du doigt l’accroissement des inégalités entre les régions côtières, portées par le tourisme notamment, et les régions rurales où le taux de pauvreté est supérieur, comme l’analphabétisme et où un système de santé déficient se traduit par un taux de mortalité supérieur en particulier chez les petites filles. « Le modèle de croissance est non inclusif. La réduction de la pauvreté est inférieure au rythme de croissance. Celle-ci bénéficie aux gagnants marginalisant encore un peu plus les pauvres », insiste Jean-Louis Reiffers.

Le développement économique des pays méditerranéens passe donc par la mise en place de systèmes de transfert plus efficaces et la dynamisation de secteurs pourvoyeurs de main d’œuvre pour les populations pauvres.

Le Femise suggère également le soutien à la création de PME et PMI afin que les IDE puissent se diffuser dans toutes les couches de l’économie et ne pas seulement bénéficier aux grands groupes. La décentralisation intelligente favoriserait également un meilleur équilibre économique et une répartition équitable des ressources. Envisagée comme principal moyen d’action, une libéralisation des échanges supplémentaire ne pourra contribuer à régler les principaux problèmes posés par la transition en Méditerranée.

Lire le rapport

Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2011, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante: www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par: http://www.econostrum.info/subscription/

Santé et éducation attirent les investisseurs étrangers sur le long terme dans les pays MENA

Photo by DR/Econostrum

Le développement social de la population influence-t-il les performances économiques? Une étude du Femise, financée par l’Union européenne, met en lumière la corrélation entre libertés individuelles, degré d’ouverture au commerce et investissements directs étrangers dans les pays de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

L’ouverture d’un pays sur l’extérieur et l’attrait qu’il suscite auprès des investisseurs étrangers sont des facteurs de croissance économique. Dans les pays de la région MENA, commerce et investissements directs étrangers (IDE) font bon ménage : ces pays doivent donc poursuivre leurs réformes pour s’ouvrir davantage vers l’extérieur, notent des chercheurs de l »université de Varsovie et de l »université hébraïque de Jérusalem, dans une étude réalisée sous l »égide du Femise (FEM33-11 ).

En revanche, relèvent-ils, « de gros efforts devraient être portés sur le maintien de l’élargissement du degré d’ouverture au commerce et aux libertés individuelles. Un niveau plus élevé de libertés individuelles associé à une mise en application rigoureuse des contrats et de hauts standards dans l’application de la loi promeuvent les IDE« .  A l’inverse, l’instabilité sociale et le désordre politique les repoussent.

Santé et éducation stimulent les IDE

Qu’en est-il alors des facteurs humains? Les chercheurs ont déterminé une série de critères susceptibles d »avoir un impact sur ces IDE, tels que l »espérance de vie, l »égalité des sexes et le niveau d’éducation. Ils constatent ainsi qu’une vie longue et saine et un niveau élevé d’éducation sont des facteurs clés pour stimuler les IDE. « Cela laisse penser que les investissements de santé et d’éducation contribueraient à accroître le capital humain et, par conséquent, le niveau d’exportations des pays méditerranéens se verrait lui aussi augmenté« , souligne l »étude.

Le rôle de l’éducation apparait plus prononcé lorsqu’il est couplé à une croissance positive des revenus, tandis que la distribution équitable des revenus stimulerait exportations et importations. A l’inverse, des conditions de vie décentes ne sont pas un critère important pour les investisseurs, estiment les chercheurs.

Influence sur le long terme

L »attrait exercé par le niveau de développement humain sur les investisseurs étrangers se mesure sur plusieurs années, relève par ailleurs l »étude. « Notre analyse a montré que l’Indice de développement humain influence les décisions des investisseurs étrangers sur le long terme, et non sur une année déterminée« , concluent les experts.

A travers l’indice de discrimination de genre, ils sont également arrivés au constat que le niveau d’exportation des pays méditerranéens est d’autant plus élevé qu’il règne davantage d’égalité dans la participation économique et dans la prise de décision. Sachant que la part des importations et exportations dans le PIB joue un rôle moteur dans l’attraction des investisseurs étrangers, les pays de la zone MENA vont devoir faire de gros efforts pour stabiliser leur environnement macroéconomique tout en promouvant l’égalité des sexes s’ils veulent améliorer durablement leur croissance économique.

Photo by DR/Econostrum

*L’article de Marie Pierre Vega fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2010, qui alimenteront également la rubrique « Réflexion Méditerranéenne»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante : www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par : http://www.econostrum.info/subscription/