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FEMISE MED BRIEF no13 : « Les piliers de la réussite d’un système d’innovation national au Maghreb »

Sonia BEN SLIMANE (ESCP Europe) & Maarouf RAMADAN (KEDGE, FEMISE))

La série de Policy Briefs du FEMISE intitulée MED BRIEF ambitionne de fournir une réflexion novatrice  pour la région euro-méditerranéenne. Les Policy Briefs contiennent une analyse succincte et politiquement pertinente sur d’importantes questions EuroMed et présentent aux décideurs politiques les points de vue des chercheurs FEMISE et des partenaires du réseau.

Le dernier MED BRIEF sur « Les piliers de la réussite d’un système d’innovation national au Maghreb » est disponible ici.

Résumé: La perspective d’une croissance économique soutenue par l’activité d’innovation s’est  révélée inefficace pour les pays du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie). Notre analyse sous l’angle du système national d’innovation met en évidence les principales causes, telles que les faiblesses structurelles et le manque de temps nécessaire à la coordination des acteurs de l’innovation. Nos recommandations sont basées sur la proposition d’un modèle approprié d’innovation systémique qui prend en compte les spécificités de ces trois pays. Les piliers du succès de ce modèle sont d’abord «structurels»: mettre en place des «structures de soutien» efficaces pour l’innovation et l’esprit d’entreprise, offrant des outils appropriés et des services complémentaires; Deuxièmement, la «coordination»: des interactions cohérentes et coordonnées entre les acteurs de l’innovation publics et privés dans le développement de nouvelles méthodes de production et la diffusion des connaissances; Et troisièmement, la «gouvernance»: la réhabilitation du rôle du gouvernement dans l’éducation, pour assurer la cohérence globale des actions de l’acteur (règlementation protégeant l’innovation, financement de l’innovation, soutien des activités de recherche scientifique et un système éducatif favorisant le développement d’une nouvelle génération d’entrepreneurs innovants).

La liste des FEMISE MED BRIEF est disponible ici.

 

Le Policy Brief a été réalisé avec l’aide financière de l’Union européenne dans le cadre du programme FEMISE. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’Union européenne.

Le secteur privé, son rôle de moteur de croissance et de création d’emplois, au cœur des recherches FEMISE

Brochure FEMISE

Les pays méditerranéens souffrent d’un manque de dynamisme de leur secteur privé, celui-ci n’étant pas suffisamment compétitif ni créateur d’emplois. C’est ainsi que FEMISE a placé la thématique du secteur privé, et notamment son rôle de moteur de croissance, de création d’emplois et d’inclusivité, au cœur de ses recherches. L’intérêt est porté sur les causes qui empêchent le secteur d’atteindre son potentiel, en particulier les contraintes auxquels les entreprises de la Région sud-Méditerranéenne font face, et sur l’importance de l’innovation dans le développement du secteur privé méditerranéen.

Une des spécificités du réseau FEMISE, coordonné par l’Institut de la Méditerranée et Economic Research Forum, est de toujours s’efforcer à intégrer les points de vue des responsables politiques, des opérateurs privés et, plus largement, de l’ensemble des acteurs locaux, dans les réflexions menées sur cette thématique. Cette approche permet d’obtenir de meilleurs retours sur les recherches et de s’assurer que celles-ci soient politiquement pertinentes.

Le secteur privé au centre des travaux académiques FEMISE

Patricia AUGIER (Prés. Scientifique Institut de la Méditerranée, Coordonatrice  et Prés. Scientifique du FEMISE), pilote le Rapport EuroMed2018

Premièrement, le Rapport général EuroMed2018 du FEMISE, publication phare du réseau, portera sur le secteur privé des pays méditerranéens. L’objectif du rapport sera de faire un point sur la dynamique économique des pays méditerranéens au cours de ces 20 dernières années (c’est à dire depuis le Processus de Barcelone), puis d’en comprendre les éléments de blocage. L’idée générale est que la croissance des pays méditerranéens doit s’accélérer pour absorber un nombre toujours plus grand de personnes sur le marché du travail, et que cette croissance doit s’appuyer sur des progrès de productivité plutôt que sur l’accumulation des facteurs : le développement du secteur privé est donc au cœur de la définition d’un nouveau modèle de développement. Un des chapitres sera plus spécifiquement consacré au rôle des Banques Centrales sur le développement du secteur privé. Enfin la préoccupation majeure d’une croissance plus inclusive nous amenera à considérer l’entrepreunariat social comme une potentielle opportunité pour les pays méditerranéens.

Une dynamique partenariale « Science for Business » avec des acteurs de soutien technique et opérationnel.

Deuxièmement, FEMISE participe, en partenariat avec ANIMA Investment Network, au projet The Next Society, qui regroupe acteurs publics et privés de sept pays méditerranéens dans l’objectif de soutenir les écosystèmes d’innovation. Cette collaboration est l’opportunité pour FEMISE et ANIMA de mettre en communs leurs compétences complémentaires, respectivement l’analyse et la production de connaissance académique, et le soutien technique et opérationnel.

La contribution de FEMISE consiste d’abord à dresser un tableau de bord et à analyser le positionnement de chaque pays en termes d’indicateurs d’innovation et de compétitivité, comme le Global Innovation Index, à différentes étapes de l’innovation (inputs, process et outputs). Une analyse des stratégies nationales d’innovation et de l’écosystème des acteurs impliqués (gouvernement, associations, opérateurs privés…) est aussi réalisée.

Ensuite, FEMISE identifie les secteurs et les produits performants afin de mettre en évidence les nouveaux avantages comparatifs des pays et les opportunités d’investissement.

Dr. Maryse LOUIS (General Manager FEMISE, Programs Manager ERF) et Dr. Constantin TSAKAS (General Manager Institut de la Méditerranée, General Secretary FEMISE) présentent les recherches FEMISE aux Panels THE NEXT SOCIETY en Tunisie et en Jordanie.

FEMISE présente ses travaux à l’occasion de panels de plaidoyer réunissant académiciens, entrepreneurs, investisseurs, responsables d’incubateurs et de structures d’innovation et d’acteurs publics, dans le but de bénéficier de leurs retours et, surtout de leur point de vue quant aux facteurs qui ont permis l’émergence de ces nouveaux avantages comparatifs. Cette approche garantit que les conclusions et recommandations provenant des travaux réalisés par FEMISE puissent aider à l’élaboration de politiques publiques. L’enjeu de ces panels est notamment d’établir, pour chaque pays, une feuille de route pour l’innovation, de la mise en œuvre à l’ évaluation, avec pour objectifs de renforcer les systèmes nationaux d’innovation, d’encourager la coordination des acteurs parties prenantes, et d’améliorer les instruments des politiques et stratégies d’innovation.

Une ouverture vers des institutions sud-méditerranéennes dans une approche « Science for Policy »

Les jeunes chercheurs du FEMISE participent activement aux recherches, Karine MOUKADDEM et Jocelyn VENTURA (Institut de la Méditerranée, FEMISE) et Dalia RAFIK (ERF, FEMISE)

Troisièmement, FEMISE s’ouvre en coopérant avec des acteurs et institutions du sud-méditerranéen directement concernés par les questions traitées. Ainsi, FEMISE corédige et publiera en 2019 le rapport EuroMed2019 qui identifiera les contraintes à la croissance et à l’intégration dans les chaines de valeurs mondiales des PME marocaines. Ce document est issu de la coopération du réseau avec d’une part la Banque Africaine de développement, bailleur régional pour l’aide au développement, et d’autre part l’Institut supérieur de commerce et de gestion d’administration des entreprises (ISCAE) implanté au Maroc.

Il est essentiel pour les pays méditerranéens de mieux intégrer les PME dans les chaines de valeurs mondiales au sein desquelles se réalisent la majeure partie des échanges internationaux. Nous avons fait le choix, dans ce rapport, de nous focaliser sur le cas des entreprises marocaines. Il s’appuiera sur des enquêtes et interviews de terrains auprès des dirigeants de PME et de représentants d’associations professionnelles ainsi que sur les Enquêtes Entreprises et les indicateurs Doing Business de la Banque Mondiale. C’est dans cette approche d’échanges entre chercheurs et opérateurs publics et privés que les résultats préliminaires du rapport ont été présentés en amont de la publication, afin de recueillir commentaires, suggestions et recommandations pour enrichir le travail.

Un triple ancrage pour une recherche pertinente d’un point de vue politique et opérationnel

En conclusion,en plus des recherches académiques en cours menées par les membres du réseau et soutenues financièrement par les fonds du FEMISE (recherches accessibles sur le site), 3 autres types de travaux consacrés au secteur privé mobilisent actuellement l’équipe FEMISE : (1) un état des lieu et une réflexion générale qui couvrent l’ensemble de la région (Rapport EuroMed2018), (2) une analyse thématique ciblée corédigée avec un focus national (Rapport EuroMed2019) et (3) un projet sur l’innovation en partenariat avec ANIMA.

L’ensemble de nos analyses se nourissent à la fois (i) des connaissances et des apports de la recherche académique, (ii) de la prise en compte des situations concrêtes dans les pays, ainsi que (iii) des points de vue et réflexions d’acteurs issus du monde politique et de celui de l’entrepreneuriat. Ce triple ancrage nous permet d’élaborer des produits pertinents d’un point de vue politique et opérationnel.

Pour la Brochure FEMISE, avec une présentation des activités du réseau et de ses nouvelles approches thématiques veuillez cliquer ici.

Pour en savoir plus sur les conclusions préliminaires du rapport codirigé avec la BAD, des éléments de réponses sont disponibles dans l’entretien ci-dessous:

Article rédigé par Jocelyn Ventura (Economiste Institut de la Méditerranée)

Politiques du marché du travail et informalité en Algérie

Le rapport passe en revue les mécanismes de politique du marché du travail mis en œuvre par le gouvernement algérien en 2008 et évalue leur impact sur l’informalité, l’emploi et le secteur informel. Le rapport utilise les données des enquêtes sur l’emploi des ménages menées par l’ONS de 1997 à 2013. Nous examinons la situation de trois catégories de population : les employés, les nouveaux employés et les travailleurs indépendants, en mettant l’accent sur l’effet suite à l’enregistrement à la sécurité sociale pour les employés, et en étudiant aussi l’effet suite à l’enregistrement administratif et fiscal des travailleurs indépendants. Nous utilisons la méthodologie « Difference in Difference » (DID) et nous comparons deux périodes: 1997-2007 et 2008-2013; nous appliquons l’estimateur DID comme un test de falsification dans la première période seulement. Selon les résultats, l’impact des dispositifs de la politique du marché du travail sur l’informalité s’avère hétérogène. Un impact négatif sur l’emploi informel pour les employés qui travaillent dans des entreprises comptant au moins 10 travailleurs est observé. Aucun effet significatif n’est documenté pour les employés dans les entreprises comptant de cinq à neuf employés. Pour les nouveaux employés, l’impact n’est pas très significatif. Les dispositifs du marché du travail ont également contribué à améliorer l’enregistrement, réduisant ainsi le secteur informel, mais seulement pour les entreprises employant de un à quatre travailleurs, alors que cela n’a pas d’impact sur les entreprises comptant de cinq à neuf travailleurs.

Impact des transferts de fonds sur la pauvreté et les inégalités : les enseignements de deux nouvelles enquêtes conduites au Maroc et en Algérie

La migration est un phénomène démographique de grande ampleur. En effet, les migrants sont aujourd’hui quelques 215,8 millions1, également répartis entre hommes et femmes. Les mouvements migratoires concernent l’ensemble des pays et, même si les pays dits du Sud enregistrent les plus forts taux d’émigration, ce n’est pas uniquement un mouvement de ces pays vers les pays du Nord. En effet, en 2009, 74 millions1 de personnes ont migré d’un pays du sud vers un autre pays du sud, souvent frontalier. Les causes de cette migration Sud-Sud sont multiples : guerres, famines, conditions climatiques ou encore motivations économiques. Concernant les mouvements migratoires du Sud vers le Nord, ils représentent quelques 97,51 millions de personnes dont la motivation principale est bien souvent d’ordre économique ou dans une optique de regroupement familial. Enfin, en 2009, 37,7 millions de personnes1 ont migré d’un pays développé vers un autre pays développé, tandis que 6.5 millions1 sont allées vers le Sud.

Dans la plupart des cas de migration des pays pauvres vers des pays plus riches, les individus cherchent à améliorer leurs conditions de vie. Lorsqu’ils ne migrent pas de manière définitive, ils sont
plus nombreux à envoyer une partie de l’argent gagné dans le pays d’accueil à leur famille restée dans le pays d’origine. Ces transferts d’argent représentent des sommes faramineuses : en 2010, les fonds rapatriés dans les pays en développement s’élevaient à 325 milliards de dollars1. Leur niveau a été multiplié par six depuis 19951. Cet accroissement fulgurant est en partie dû à l’augmentation du nombre de migrants internationaux, mais également à l’amélioration des moyens mis à la disposition des migrants pour effectuer ces transferts. De plus, l’intérêt porté à ce phénomène par la littérature et les pouvoirs publics a entrainé une meilleure prise en compte statistique de ces flux.

Le montant des transferts dépasse largement l’aide au développement en Asie, Amérique Latine, Afrique du Nord et Moyen-Orient, et constituent la principale source de financement extérieur dans
cette dernière région du monde (devant les investissements directs à l’étranger). Les principaux pays récipiendaires sont l’Inde (55 milliards de dollars1), la Chine (51 milliards de dollars*), le Mexique (22,6 milliards de dollars1) et les Philippines (21,3 milliards de dollars1) : ces montant records s’expliquent par leur très fort taux d’émigration. Pour certains pays, ces transferts d’argent constituent des ressources financières considérables puisqu’ils représentent une part très importante de leur produit intérieur brut : en 2009, les transferts représentaient 35% du PIB au Tadjikistan1, 28% au Tonga1 et 25% au Lesotho1, rendant ces pays véritablement dépendants de la migration.
En plus de représenter des sommes considérables, les transferts constituent le seul revenu extérieur
directement reversé aux ménages. Ils ont un impact très important sur le bien-être des récipiendaires dans des pays où la pauvreté est très présente. De plus, ces fonds sont très stables, et leur caractère contra-cyclique permet aux bénéficiaires de faire plus efficacement face aux crises auxquelles ils sont confrontés.

L’importance des sommes en jeu a récemment relancé la littérature sur le vaste sujet de l’impact des
envois de fonds dans le pays d’origine. Les thèmes abordés sont multiples mais un sujet encore
particulièrement analysé et débattu concerne l’impact des transferts sur la pauvreté et la répartition des revenus dans le pays d’origine. La littérature s’est emparée de ce sujet depuis plusieurs années et cherche à savoir si cet argent, directement reversé aux ménages, permet aux populations des pays en développement de sortir de la pauvreté et de rendre la société plus égalitaire.

Notre étude répond à la question de l’effet des migrations sur la pauvreté et les inégalités à partir de la réalisation de deux enquêtes ménages originales réalisées au Maroc et en Algérie. Nous utilisons deux enquêtes originales que nous avons menées en Algérie et au Maroc auprès d’un échantillon de
ménages ayant ou non des migrants et recevant ou non des transferts des migrants ? Nous comparons les niveaux de pauvreté et d’inégalités prévalant aujourd’hui, à ceux estimés pour une situation sans migration ni transfert dans laquelle les migrants seraient réintégrés à la vie locale. La première partie présente les travaux sur les deux régions algériennes présentant des taux d’émigration élevés la Kabylie et la région de Tlemcen.

 

* Données pour l’année 2009 provenant du Migration and remittances factbook 2011

L’Ecodéveloppement dans le cadre du Partenariat Euro-méditerranéen Application au Littoral d’Algérie et du Maroc

Cette recherche a pour thème « L’Ecodéveloppement dans le cadre du Partenariat Euro-méditerranéen : Application au Littoral d’Algérie et du Maroc ». Elle s’appuie sur l’observation de la réalité économique et environnementale : d’une part les politiques économiques en cours ne réalisent que peu leurs objectifs proclamés de croissance et de développement.  Depuis 2000, le taux de croissance économique pour chacun de ces pays, n’a pas dépassé les 3 à 3,5 %. Il n’atteint qu’incidemment 4 % certaines rares années exceptionnelles, alors que plusieurs chercheurs  avancent un taux moyen de 7% par an sur une période d’au moins cinq années successives, pour espérer stabiliser la pauvreté et créer suffisamment d’emplois.  Cependant, les impacts des échecs de la croissance ne sont pas seulement économiques. Ils sont aussi environnementaux, car les  systèmes économiques en place, avec leurs crises et leurs limites et les spécificités propres à chaque pays, n’accordent qu’une faible attention à la préservation de l’environnement et des ressources naturelles. Les dommages environnementaux s’accumulent et se poursuivent, menaçant l’existence même d’une part de ces ressources, sous leurs diverses formes, comme en témoigne la situation de leurs territoires littoraux. De l’autre, ces politiques se sont insérées dans des accords de partenariat avec l’Union Européenne, depuis 2000  pour le Maroc et 2005  pour l’Algérie, sans que les retombées de leurs applications, en termes de croissance économique, ne se vérifient de manière significative, au contraire des objectifs attendus.
Comment repenser une autre politique économique, impulsant la croissance interne en préservant l’environnement, dans le cadre d’accords de partenariat plus équitable avec l’U.E. ? Cette autre politique, alternative au modèle économique en cours, peut-elle être tracée dans ses grandes lignes macro-économiques, en vue d’orienter les systèmes économiques en place vers l’écodéveloppement ? Cette alternative doit selon nous, s’élargir aux aspects non strictement économiques (tels que les aspects liés à la localisation territoriale des concentrations urbaines et des activités économiques).
Ces aspects relevant de l’intégration de la notion de « territoire » et de la définition d’une politique d’aménagement de ce dernier, surdéterminent les résultats de la croissance, en particulier en matière d’impacts environnementaux et des coûts qu’ils induisent.
Ce rapport est le résultat d’une recherche multiple qui a nécessité plusieurs mois de travail, mobilisant différents chercheurs, bien qu’avec des intensités différentes en termes d’efforts. Cette mobilisation a eu lieu en trois sites (Annaba, Alger, Casablanca)  et deux pays différents (Algérie et Maroc), nonobstant les difficultés de tous ordres auxquelles ce travail a dû faire face,  et dont celles relevant des contacts avec diverses parties, et celles concernant les collectes de données,  ne sont pas des moindres.
Nous précisons en premier lieu le cadre théorique ainsi que les principales questions auxquelles nous essayons de trouver des réponses objectives. Nous présentons ensuite les territoires littoraux des deux pays, en adéquation avec le thème principal de ce travail. Cette présentation éclaire les champs de l’analyse sur l’opportunité d’un modèle d’écodéveloppement pour ces territoires, dans le cadre du partenariat qui lie ces pays avec l’Union Européenne. Nous tentons enfin de nous interroger sur les résultats économiques et sociaux de leurs accords respectifs avec l’Union Européenne, en vue de pouvoir souligner l’impulsion que produira un modèle d’écodéveloppement négocié jusqu’ici entre chacun de ces pays et l’U.E. Ce thème de recherche ne vise pas à soulever une problématique globale des dommages environnementaux qui touchent le monde dans son ensemble, comme le montre l’exemple du changement climatique et de ses effets. Il s’agit plus modestement de s’intéresser à une problématique spécifique de ces dommages, impactant les territoires littoraux de deux économies en développement partageant une frontière terrestre commune.
Cette recherche, la première à notre connaissance sur ce thème appliqué aux territoires littoraux des pays Sud Méditerranéens, vise à montrer par une analyse économique et environnementale, la pertinence de l’opportunité économique, environnementale et sociale d’une alternative visant la transition vers l’écodéveloppement pour ces territoires vulnérables et les deux pays étudiés.

La crise financière affecte l’économie réelle des pays Méditerranéens

Samy MouleyCrise financière internationale et printemps arabe, comment les pays Méditerranéens ont-ils été touchés par ces deux phénomènes simultanés ? Le Femise vient de publier une étude au terme d’une enquête de conjoncture menée auprès des PME et PMI en Algérie, Tunisie et Maroc. Diagnostic comparé et préconisations…

À la différence des économies occidentales, la crise financière internationale a eu davantage d’effets sur les économies réelles du Maghreb que sur le système financier à proprement parler.

Cela s’est traduit de façon contrastée selon les pays par un ralentissement du commerce international, un impact sur les transferts de revenus, une perte des réserves de change, un déficit de la balance des paiements et une augmentation de la dette publique.

« La crise a entraîné des difficultés d’accès aux financements bancaires et aux marchés boursiers. Les crédits ne représentent pas plus de 19% des sources de financement des PME et PMI. Les entreprises ont recours pour 51% à leur propre capacité d’autofinancement et le marché boursier atteint péniblement 2% ! Le pays le plus touché a été la Tunisie avec de fortes tensions inflationnistes. L’indice des prix à la consommation a grimpé de 2,2 points en un an. En revanche, la dynamique économique au Maroc a été soutenue à la faveur de la diminution des collatéraux exigibles (garanties hypothécaires). Les trois pays subissent de plein fouet les conséquences de la crise de la zone euro », souligne Sami Mouley Professeur de finance internationale à l’université de Tunis et coordonnateur du rapport de recherche Femise (FEM34-09, disponible sur le site du FEMISE).

Impact sur l’industrie textile et mécanique

Intitulé « Perspectives économiques des pays méditerranéens dans la post crise financière globale : Enquête de conjoncture auprès des PME-PMI en Tunisie et diagnostics comparés Algérie – Maroc », le rapport du Femise rappelle que les PME-PMI de la zone représentent 95% du tissu économique des entreprises. Avec l’octroi de crédits conditionnés à des garanties hypothécaires et non sur la rentabilité des projets, les entreprises, faute de crédit, ont dû renoncer à leurs investissements, freinant la croissance.

« Nous avons mené une enquête de terrain par secteur d’activité. Paradoxalement, il s’avère que les secteurs les plus touchés par la crise sont ceux régis par le démantèlement tarifaire avec l’Union européenne comme par exemple les industries manufacturières », souligne encore le professeur Mouley. La période post-crise a eu un impact significatif sur l’industrie textile et mécanique.

En Algérie, le climat de post crise financière a induit le développement de pratiques anticoncurrentielles rattachées à la corruption, en particulier dans l’octroi de licences et brevets. L’avenir ? Sami Mouley estime que de nouvelles modalités opérationnelles de coopération Euromed doivent se mettre en place, dépassant le dispositif de l’Union pour la Méditerranée.

Les mécanismes de gestion anticipée de crise, à définir pour les pays de la zone euro, devraient être étendus aux pays méditerranéens. « Il faudrait réfléchir à introduire un régime de change commun entre l’euro et ces trois pays, avec des mécanismes de viabilité des positions extérieures (protection de la balance des paiements) », suggère encore Sami Mouley afin de prévenir de nouvelles crises financières.

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Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2012, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante : www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par : http://www.econostrum.info/subscription/

Nouvelle étude FEMISE : Immigrer fait grimper le PIB !

photo-econostrumDRL’assouplissement des restrictions à la liberté de circulation des travailleurs contribuerait à une hausse sensible du PIB mondial. Cette hausse a été estimée par les économistes du FEMISE à 56 billions de dollars. La libéralisation du travail dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord a un réel impact à l’échelle macroéconomique. Revue de détail…

Quitter un pays pauvre, en guerre, abandonner les siens pour se construire un avenir meilleur dans un pays en croissance… Depuis la fin de la Seconde Guerre, l’immigration est un véritable phénomène, relancé depuis deux ans par le printemps arabe. Ces derniers mois, les Syriens ont fui massivement leur pays pour gagner la Tunisie. Les jeunes diplômés égyptiens ont quitté aussi leur terre natale, non pas pour fuir la répression, mais tout simplement parce que leur formation est en inadéquation avec le marché du travail.

« L’impact macroéconomique de la libéralisation du travail dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient », vient de faire l’objet d’une étude du Forum euroméditerranéen des Instituts de Sciences économiques (FEMISE) menée par Roby Nathanson, coordonnateur de ce rapport et directeur général du « Macro Centre for Political Economics » en Israël.

Le rapport (FEM34-06) met en lumière la nécessité pour les populations européennes vieillissantes de trouver les moyens de maintenir leur niveau de main d’œuvre. Il s’avère selon l’étude qu’une hausse de 1% du nombre d’immigrés n’a qu’un faible impact sur les populations nationales, avec une diminution de leurs salaires de 0,1%. L’étude précise en outre que l’impact des immigrés sur le taux de chômage des pays hôtes est quasi nul.

Un citoyen européen gagne entre quatre et huit fois plus qu’un ressortissant des pays MENA

En revanche, l’immigration influe positivement sur la productivité du pays d’accueil. Elle constitue un facteur de croissance. Les pays d’origine de ces migrants bénéficient pour leur part des transferts de fonds.

Qui sont ces candidats au voyage ? Au lendemain de l’indépendance, nombreux étaient les ouvriers du Maghreb à venir travailler en France, essentiellement dans le BTP. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes diplômés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, veulent tenter l’aventure en Europe et de préférence dans un pays francophone afin de réussir leur intégration. Un citoyen européen gagne entre quatre et huit fois plus qu’un ressortissant des pays MENA (Moyen-Orient – Nord Afrique) !

Un Eldorado aux portes de la Méditerranée ? Pas vraiment. Trouver un emploi n’est pas évident en particulier chez les ouvriers qui émigrent vers la France, l’Italie mais aussi en Finlande. Les migrants occupent généralement les emplois refusés par les nationaux.

Ancienne colonie, proximité culturelle, les immigrants d’Afrique du Nord représentent 63% des étrangers en France.

Le taux de chômage chez les ressortissants immigrés est supérieur aux nationaux en particulier s’agissant de la main-d’œuvre non qualifiée. La situation est particulièrement délicate en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne, en Suède où le taux de chômage est supérieur de 3,5 points aux nationaux. À l’inverse, les conditions d’emploi en Hongrie, en Grèce, en Irlande et au Portugal s’avèrent être plus favorables pour les étrangers.

Télécharger le rapport

Photo : Econostrum

Article de Nathalie Bureau du Colombier, Econostrum. L’article fait partie d’une série d’articles conjoints réalisés dans le cadre d’un partenariat entre Femise et Econostrum pour l’année 2012, qui alimentent également la rubrique « Grand Angle»  du site d’information Econostrum. Vous pouvez retrouver cette rubrique et toutes les informations à l’adresse suivante : www.econostrum.info. L’inscription à la newsletter d’econostrum est accessible par : http://www.econostrum.info/subscription/