A comparison of the Spanish and Turkish experiences using firm-level data

FEM31-11 | Avril 2008

Titre

« How does Trade Liberalization Affect Entry and Exit Costs: A comparison of the Spanish and Turkish experiences using firm-level data »

Par

Juliette MILGRAM, University of Granada, Spain University of Granada, Spain

Contributeurs

DOVIS Marion, CEFI Université de la Méditerranée, France Dr. MILGRAM Juliette, University of Granada, Spain Dr. PAMUKCU Teoman, METU, Ankara, Turkey Dr. TAYMAZ Erol, METU, Ankara, Turkey Dr. YILMAZ Kamil, Koç University, Istambul, Turkey

Note :

Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l’Union Européenne au travers du Femise. Le contenu du rapport relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l’opinion de l’Union Européenne.

Résumé :

L’objectif de cette étude est d’examiner le lien entre commerce et productivité totale des facteurs (PTF) dans une double perspective. Premièrement, nous étudions l’impact des droits de douane sur le niveau de la PTF des firmes et deuxièmement, nous analysons l’impact de la PTF ainsi que des autres caractéristiques de firmes, sur la probabilité de survie et la décision d’exporter des entreprises. A l’aide de la méthode d’Olley et Pakes (1996), nous mesurons la PTF des firmes espagnoles et turques. Sur la période étudiée, la réassignation des parts de marché au profit des firmes les plus productives contribue positivement à la croissance de la productivité alors que l’amélioration de la productivité des firmes n’est significative que dans certains secteurs.

Nos résultats confirment qu’une réduction des niveaux de protection tarifaire améliore la PTF de manière significative dans les deux cas. Pour la Turquie, cela est particulièrement vrai dans les secteurs concurrencés par les importations. Pour l’Espagne, nous trouvons que la présence de produits étrangers sur le marché domestique a aussi un impact positif sur la PTF. Nous montrons également que les firmes qui utilisent des biens intermédiaires ou de capital provenant de l’étranger bénéficient de gains additionnels en termes de productivité. Dans les deux pays, nous identifions un effet positif de l’agglomération au niveau des provinces sur la PTF. Par conséquent, les politiques industrielles devraient encourageant les regroupements d’entreprises de manière à favoriser les économies d’échelle externes. Notre analyse suggère aussi l’existence d’un degré élevé d’hétérogénéité entre les firmes. En particulier, les résultats de l’Espagne et de la Turquie divergent en ce qui concerne l’effet d’une modification des taux de protection sur la productivité des petites entreprises. En Espagne, les petites entreprises une réduction des droits de douane provoquerait une croissance plus forte de la productivité des petites entreprises que des grandes alors que pour la Turquie, les grandes firmes obtiennent des gains supérieurs.

Concernant la décision d’exporter, les résultats appuient clairement l’hypothèse selon laquelle les firmes les plus productives s’auto-sélectionnent sur le marché des exportations. De plus, il y a un effet positif et très significatif d’une précédente expérience sur le marché des exportations, ce qui confirme l’importance des coûts d’entrée sur les marchés d’exportation, coûts considérés comme irrécupérables. Enfin, concernant l’effet de la protection, sur la participation au marché des exportations, les résultats ne sont pas homogènes entre les deux pays. Pour l’Espagne, notre étude montre qu’une diminution des droits de douane et la croissance des importations en provenance des pays développés accroit la probabilité d’exporter. Dans le cas turc, les firmes qui opèrent sur des marchés relativement protégés ont une probabilité plus élevée d’exporter. Concernant l’impact des réformes commerciales sur la survie des firmes, les résultats montrent que les exportateurs ont une probabilité de survie supérieure (à productivité et taille égales), et la protection commerciale réduit la perspective de survie des exportateurs.

Synthèse non technique

Introduction

Le passage d’un processus de croissance basée sur la substitution aux importations à un processus de promotion des exportations devrait conduire à une assignation plus efficace des ressources. Ce processus devrait positionner l’économie sur un sentier de croissance soutenable avec une augmentation régulière du revenu par tête. Plusieurs études, résumées dans Rodrick (1995), distinguent deux effets de la libéralisation des échanges sur la croissance des pays en développement : d’une part, des effets statiques qui impliquent des transferts de ressources entre secteurs suite à la modification de la structure des prix relatifs et d’autre part, des effets dynamiques qui proviennent de la croissance de la productivité en raison de l’exposition accrue des firmes locales à la concurrence sur les marchés domestiques et étrangers, de l’acquisition de nouvelle technologie parle biais des biens de capital et des biens intermédiaires importés et du transfert d’autre type de connaissance technologique par des canaux plus informels. Ces effets dynamiques se traduisent par une croissance soutenue de la productivité des firmes et une intensification des activités d’exportation. Les données d’entreprise permettent de vérifier dans quelle mesure ces propositions théoriques sont réalistes.

Ce rapport entend contribuer à la littérature empirique concernant le lien entre échanges, productivité totale des facteurs (PTF) et statut d’exportation, au niveau microéconomique. Nous étudions d’une part l’impact des niveaux de protection et d’autre variables importantes, comme la part de capital étranger, les effets d’agglomération, la concurrence sur les marchés, les statuts d’exportation et d’importation, sur la productivité et d’autre part, l’impact des caractéristiques des firmes et des marchés sur la décision d’exporter des firmes. Notre étude porte sur deux études de cas : l’Espagne et la Turquie, deux pays avec un accord de libre-échange bilatéral avec l’UE.

Méthodologie

Un effort particulier a été fourni pour rendre les deux études comparables en estimant des modèles empiriques similaires, même si certaines restrictions n’ont pu être évitées.

Premièrement, l’enquête turque est large et exhaustive alors que celle de l’Espagne ne l’est pas. Toutes les firmes turques doivent répondre au questionnaire, nous disposons donc de l’information pour l’ensemble des firmes après 1982, en particulier celles créées après 1982 et celles qui sortent du marché après 1982. Ce n’est pas le cas de l’enquête espagnole qui ne scrute pas de manière exhaustive les petites entreprises et certaines firmes peuvent ne pas répondre même si elles sont toujours en activité. Il est donc difficile d’étudier les sorties de marché et par conséquent, il est impossible d’estimer de manière fiable un modèle de survie dans le cas espagnol. Pour cette raison également, nous pouvons procéder aux estimations pour des sous échantillons de secteurs dans le cas turc mais pas dans le cas espagnol. Dans le cas turc, nous utilisons un panel non cylindré de plus de 150,000 observations par an sur la période de 1983-2001. Les données sur les exportations sont seulement disponibles après 1990. Cette immense base de données contient assez d’observations pour que l’on pusisse distinguer trois types de secteurs selon l’orientation de leurs échanges : orientés vers les exportations, concurrents des importations et non-échangeables. Dans le cas espagnol, l’échantillon est plus petit 3,107 firmes (20,882 observations pour la période 1991-2002). Cependant, nous avons des informations sur les importations et les exportations des firmes pour l’ensemble de la période.

Deuxièmement, dans les deux cas, les données sont disponibles pour une période temporelle relativement longue (1982-2000 pour la Turquie et 1991-2002 pour l’Espagne) mais ne couvrent pas la période de libéralisation des échanges pour l’Espagne puisque ce pays est entré dans la CEE en 1986. Les droits de douane espagnols étaient déjà peu élevés et harmonisés avec la politique commerciale commune pour les produits en provenance des pays non-membres et nuls pour les produits communautaires. Néanmoins, les importations espagnoles ont augmenté durant l’ensemble de la période étudiée et le taux de pénétration des importations (TPI) capture correctement les effets de la libéralisation des échanges. Le TPI reflète l’importance des produits en provenance des membres et des non-membres sur le marché espagnol, alors que les droits de douane représentent la protection vis-à-vis des pays tiers. Le TPI n’a pas été pris en compte dans le cas turc puisque ce pays s’est engagé dans un accord de libre-échange bilatéral avec l’UE plus tardivement (l’union douanière est entrée en vigueur en 1996).

Néanmoins, nous avons suivi, dans la mesure du possible, des procédures d’estimations similaires pour les deux études. La PTF est mesurée dans les deux analyses à l’aide de la méthode d’Olley et Pakes (1996) dans le but d’éliminer les biais potentiels de simultanéité et de sélection. Dans les deux cas, les gains de PTF ont été importants sur les périodes étudiées. En Espagne, dans la majorité des secteurs, la productivité agrégée a augmenté entre 1991 et 2002 de 1,5% à 3,3% par an, exception faite du secteur de l’alimentation. La croissance de la PTF est expliquée à la fois par l’augmentation de la productivité intra­firmes, la réallocation à travers les firmes et les entrées et sorties. Le cas turc est différent. Les firmes ont eu une croissance de la productivité de 1,77% en moyenne par an (1982-2000) mais 2,96% dans les secteurs concurrencés par les importations. La productivité intra-firmes a négativement contribué à la croissance de la PTF au niveau des secteurs. La croissance de la PTF s’explique par la réallocation entre les firmes, l’entrée et la sortie.

Pour chaque pays, nous nous intéressons à deux types de questions. La première concerne l’impact des échanges sur la PTF. La seconde concerneles déterminants de la décision d’exporter des firmes. Les deux études sont des contributions originales à la littérature et conduisent à des conclusions intéressantes en matière de politiques économiques.

Déterminants de la décision d’exporter

En ce qui concerne les décisions d’entrée des firmes sur les marchés d’exportation, nos résultats appuient l’hypothèse selon laquelle les coûts irrécupérables (« sunk costs ») conditionnent de manière importante l’entrée sur les marchés d’exportation. Lorsqu’une firme parvient à financer les coûts irrécupérables nécessaires pour vendre sur les marchés étrangers, elle tend a rester sur ce marché. Par conséquent, ces coûts irrécupérables expliquent la persistance du comportement d’exportation (autrement dit, une fois qu’une firme commence à exporter, elle tend à rester sur le marché d’exportation).

Deuxièmement, nos résultats montrent que les firmes les plus grandes et les plus productives ont une propension à exporter plus importante. Les estimations économétriques confirment l’hypothèse d’un processus d’autosélection en vertu duquel, les firmes les plus productives entrent sur les marchés d’exportation. En outre, même après la prise en compte de leur niveau de productivité dans le modèle, la probabilité des grandes firmes de commencer à exporter est toujours plus élevée que celles des autres firmes.

En ce qui concerne l’impact de la protection commerciale sur la décision d’exporter, les résultats diffèrent quelque peu entre les deux pays.

En ce qui concerne l’Espagne, les résultats montrent qu’une baisse des droits de douane à l’importation accroît la probabilité d’exporter des firmes. Par ailleurs, la croissance des produits importés en provenance des pays développés exerce un impact positif sur les exportations. En revanche, la croissance des exportations au niveau sectoriel vers les pays développés tend à réduire cette même probabilité car elle traduit certainement la difficulté qu’auront les nouvelles firmes à accroître leurs parts de marché. En outre, nos estimations économétriques mettent en évidence deux autres éléments : la décision d’exporter des firmes de taille moyenne, des firmes importatrices et de celles avec une faible participation étrangère dans leur capital est particulièrement sensible à la croissance des échanges commerciaux avec les pays développés. En revanche, la décision d’exporter des grandes firmes et de celles avec une forte participation étrangère est plus sensible aux droits de douane.

En ce qui concerne la Turquie, nos résultats montrent que la probabilité d’exporter est moindre dans le cas des firmes opérant dans des secteurs manufacturiers peu exposés au commerce international et/ou fortement protégés. Cependant, dans le cas turc, les droits de douane n’ont pas d’influence sur la décision d’exporter des firmes. Quant a l’impact des réformes du commerce extérieur entreprises par la Turquie sur la survie des firmes, nos résultats montrent que les firmes exportatrices ont une plus grande chance de survivre sur leur secteur d’activité, même lorsque l’on controle l’effet de la productivité et de la taille. En échange, des tarifs douaniers élevés semblent exercer un effet négatif sur la probabilité de survie des exportateurs, un résultat lié vraisemblablement au fait que la protection douanière augmente, en termes relatifs, la compétitivité des firmes qui vendent sur le marché intérieur par rapport à celle des firmes exportatrices. Les firmes opérant dans des secteurs où les exportations vers les pays développés croissent fortement ont une plus grande probabilité de survivre. Le fait d’exporter et la taille sont les principaux déterminants de la survie des entreprises. Les firmes de petite taille ont une probabilité élevée de sortir du marché.

Selon Tybout (2001), les effets des politiques commerciales sur les exportations et sur la structure du marché intérieur sont largement conditionnés par l’ampleur des coûts irrécupérables liés à l’exportation et par le degré d’hétérogénéité caractérisant les firmes. Nos résultats vont également dans ce sens. Pour les petites entreprises qui n’ont pas recours aux inputs intermédiaires ou aux biens de capital d’origine étrangère, il s’avère que l’expérience passée influence plus la décision d’exporter que leur niveau de productivité. Pour les entreprises appartenant à cette catégorie, la concurrence provenant des autres exportateurs constitue un obstacle plus sérieux à leur entrée sur les marchés d’exportations qu’un taux de pénétration des importations plus important ou des tarifs douaniers plus bas. Les grandes entreprises font face, elles aussi, à des coûts irrécupérables importants pour entrer sur les marchés d’exportation mais leur niveau de productivité compte également tout comme le degré de protection tarifaire. Les coûts irrécupérables liés à l’exportation sont associés aux coûts qu’entraînent la recherche d’information concernant les marchés étrangers, la mise sur pied de réseaux de distribution et l’adaptation aux standards et législation prévalant dans les pays de destination des exportations.

Les politiques visant à promouvoir les exportations devraient agir sur les coûts fixes liés à cette activité, et non uniquement sur les autres coûts de commerce. Les pouvoirs publics ne devraient pas privilégier uniquement les politiques visant à l’accroissement des capacités d’assimilation des innovations pour accroître la productivité des entreprises mais également, participer à la diffusion des connaissances concernant l’accès aux marchés d’exportation et faciliter non seulement l’entrée mais aussi éviter la sortie du marché d’exportation. Les agences de promotion des exportations et les organismes visant a harmoniser les standards sur le plan international ont donc un rôle important à jouer sur ce plan.

Impact du commerce sur la productivité

Nous avons analysé l’impact de la protection tarifaire sur la productivité des firmes espagnoles et turques. La méthode d’estimation par effets fixes a été utilisée pour la Turquie et la méthode généralisée des moments dans le cas de l’Espagne. Dans les deux cas, nous retenons parmi les variables explicatives les valeurs retardées de la variable dépendante (productivité totale des facteurs, PTF) ainsi que d’autres variables de contrôle (y compris une mesure du degré de concurrence sur le marché intérieur) et nous tenons compte du caractère endogène de la protection tarifaire.

Nos résultats mettent en évidence qu’une baisse des tarifs douaniers a un impact positif et significatif sur la productivité des firmes. Pour la Turquie, l’impact susmentionné de la baisse de la protection douanière est plus prononcé dans les secteurs relativement plus ouverts au commerce international. Dans le cas de l’Espagne, un démantèlement des tarifs douaniers vis-à-vis des produits en provenance de l’UE exerce un effet positif sur la productivité des firmes. Par ailleurs, la présence de produits d’origine importée sur le marché intérieur exerce également un effet positif sur la productivité des firmes. Nous montrons également que les firmes qui utilisent des biens intermédiaires ou de capital provenant de l’étranger bénéficient de gains additionnels en termes de productivité. Nous concluons que, même un pays comme l’Espagne, membre de l’UE et se caractérisant donc par des droits de douane relativement bas, pourrait améliorer sa productivité en réponse à une baisse des droits de douane. Cependant, nos résultats démontrent également que la majeure partie de ces bénéfices est due à l’accroissement du taux de pénétration des importations et à des effets indirects de l’ouverture, plutôt que de la baisse des tarifs douaniers.

Dans les deux pays, nos résultats font ressortir un effet positif des économies d’agglomération au niveau des provinces sur la productivité des firmes. Dès lors, la politique industrielle devrait promouvoir le « clustering » afin de favoriser ces économies d’échelle externes aux firmes.

Toutes les firmes ne réagissent pas de la même manière au processus de libéralisation du commerce extérieur : certaines firmes sont plus sensibles à la réduction des tarifs et à la présence de produits d’origine importée sur le marché intérieur. En Espagne, les petites firmes, les firmes non exportatrices ou non importatrices, ainsi que celles avec une participation étrangère très faible dans leur capital réagissent plus fortement que les autres firmes à la baisse des tarifs. En revanche, les grandes firmes, les firmes exportatrices et celles qui importent des produits intermédiaires et des biens de capital tirent plus profit, en termes de productivité, de l’intensification de la concurrence étrangère. Concernant l’impact des tarifs sur la productivité des petites et des grandes entreprises, on observe l’effet inverse dans le cas de la Turquie : les grandes firmes sont plus sensibles aux barrières tarifaires que les petites. Pour ces dernières, l’accès limité aux marchés de capitaux en raison des taux d’intérêt élevés les empêche de réagir de manière appropriée à la libéralisation du commerce extérieur. Il se peut que cela ait été également le cas des firmes espagnoles au début de la décennie 1980. En revanche, la période examinée dans cette étude est marquée par une relative stabilité macroéconomique et par des taux d’intérêt faibles. Les petites entreprises espagnoles en sont probablement à un stade ou elles peuvent bénéficier raisonnablement de la libéralisation du commerce extérieur alors que cela n’était possible que pour les grandes firmes dans les années 80.