L’évaluation des effets macro-économiques du procédé de la libéralisation de l’Initiative de Barcelone

FEM31-10 | Septembre 2007

Titre

« Assessing the Macroeconomic Effects of the Barcelona Initiative’s Liberalization Process »

Par

Bernd Lucke, University of Hamburg, Institut für Wachstum une Konjunktur, Germany and Roby Nathanson, The Israeli Institute for Economic and Social Research, Israel

Contributeurs

Note :

Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l’Union Européenne au travers du Femise. Le contenu du rapport relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l’opinion de l’Union Européenne.

Résumé :

La libéralisation commerciale sous l’égide du Processus de Barcelone a été inspirée des résultats de la théorie du commerce qui stipule que le commerce est mutuellement bénéfique aux partenaires commerciaux. Des modèles d’équilibre général calculable (EGC) ont été utilisés à la fin des années 1990 et au début des années 2000 afin d’évaluer ex ante les gains de bien-être et les effets macroéconomiques sous-jacents de la diminution des barrières tarifaires pour les pays partenaires du Sud de la Méditerranée (PPSM).

Cette étude utilise des méthodes économétriques qui évaluent les effets macroéconomiques ex-post. Dans la partie I, nous utilisons des méthodes économétriques de panel afin d’évaluer les effets de la libéralisation commerciale sur les principaux agrégats macro-économiques dans un ensemble de PPSM du monde arabe (Algérie, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie). Ce choix fût motivé par la nécessité d’homogénéité relative entre les pays du panel, de sorte à ce que les données obtenues en coupe puissent s’interposer aux données en série qui sont limitées dans le cas des PPSM.

On utilise essentiellement des régressions de croissance, c.a.d on régresse les taux de croissance d’une variable sur son niveau antérieur, sur une tendance, sur une mesure agrégée de protection extérieure et sur d’autres variables de conditionnement. Dans certains cas, nous permettons aux coefficients d’être spécifiques en coupe ou de différer pour différents groupes de pays, ex. les exportateurs nets de pétrole contre les pays importateurs d’hydrocarbures.

Basé sur l’analyse théorique d’une économie standard de type Ramsey on distingue entre les effets d’annonce et de mise en œuvre des effets de la libéralisation des échanges. L’effet d’annonce est identifié comme un engagement contraignant d’un pays de réduire ses tarifs au fil du temps suivant des étapes bien définies. On parvient à capter l’effet d’annonce en régressant sur les tarifs futurs. L’effet de mise en œuvre, en revanche, est capté en régressant sur des tarifs antérieurs, étant donné que cela exprime comment les variables macroéconomiques réagissent aux réels changements dans le niveau de protection externe.

On trouve des preuves significatives et robustes sur l’existence d’une demi-élasticité du PIB par rapport à la baisse des tarifs appliqués d’environ 0,3. On trouve aussi des preuves significatives concernant une demi-élasticité non-nulle sur la baisse annoncée des taux tarifaires pour certains des pays étudiés. On aperçoit que la consommation, l’investissement et les importations réagissent positivement à la libéralisation tarifaire, tandis que les dépenses publiques ne montrent aucune réaction. On présente des preuves qui montrent que l’impulsion de la libéralisation du commerce sur le PIB s’opère par le biais d’un stimulus de la consommation privée et d’effets sur l’offre à travers un accroissement de l’accumulation de capital.

Dans la deuxième partie du rapport, on analyse 25 études qui ont utilisé un modèle d’équilibre général calculable (EGC) afin d’évaluer les effets macroéconomiques de la libéralisation du commerce ex-ante. Les études que nous considérons ont été effectuées dans les années 1993-2007 et ont exploré les effets dans 8 pays Méditerranéens: Tunisie, Maroc, Egypte, Jordanie, Syrie, Turquie, Israël et Malte. Chaque étude considère un certain nombre d’effets macroéconomiques tels que le PIB, la consommation, l’investissement et les importations.

Les enquêtes que l’on étudie ont toutes employé un modèle d’équilibre général. Bien que le cadre de base du modèle EGC soit le même, chaque étude a utilisé différentes hypothèses concernant la temporalité économique (statique / dynamique du modèle), la concurrence parfaite ou non-parfaite, la production, la consommation, le commerce et le comportement de l’Etat. En outre, chaque étude a utilisé un ensemble différent de sources de données, la plupart ont utilisé la Matrice de Comptabilité Statistique du pays étudié (MCS), mais certaines études ont aussi utilisé d’autres sources de données. Pour chaque étude la structure de base du modèle, les hypothèses et les sources de données utilisées sont détaillées.

Pour chaque étude, on détaille les résultats des différents effets macroéconomiques que celle-ci évalue. La majorité des études présente l’évaluation des effets sur le taux de croissance du PIB (modification du bien-être). La moitié des études présente les résultats des importations et exportations tandis qu’un quart d’entre elles présente les effets sur l’investissement et la consommation. Pour chaque étude de l’enquête, on obtient la réduction tarifaire moyenne. En divisant la variation macroéconomique sur la réduction tarifaire, on calcule les demi-élasticités de chaque effet macroéconomique. On trouve que la demi-élasticité moyenne du PIB dans toutes les études examinées est de 0,112, ce qui signifie que pour chaque réduction tarifaire d’un point le PIB augmentera de 0,112 pour cent. La demi-élasticité moyenne des importations dans les études est de 0,376 tandis que pour les exportations la demi-élasticité est de 0,288. L’investissement et la consommation sont aussi positivement affectés par la réduction tarifaire et leur demi-élasticité moyenne est respectivement de 0,116 et de 0,176.

Dans la partie III, on compare les résultats économétriques (ex-post) avec les résultats EGC ex ante. On soutient qu’il est scientifiquement injustifié d’isoler les projections EGC de toute critique ex-post en accentuant l’hypothèse selon laquelle (toutes choses égales par ailleurs) ces projections ont été obtenues, car cela impliquerait que les projections EGC sont infalsifiables. Afin de soumettre les projections EGC sur des évaluations et critiques qui se basent sur des données réelles tout en tenant sérieusement compte de la propriété méthodologique (ou toute choses sont égales par ailleurs), on postule que les projections EGC doivent être exactes en moyenne, du moment ou les chocs ont une valeur attendue égale à zéro. On postule ensuite que toute modification sans lien systématique devra être (et, en général, sera) capturée dans la configuration économétrique utilisée pour trouver les corrélats ex-post des projections EGC, car tout estimateur économétrique « solide » aura des résidus de bruit-blanc. Ainsi, les estimateurs économétriques contrôlent les développements non-liés et identifient, en tant que demi-élasticité par rapport aux tarifs, l’effet isolé dans le même esprit que les font les projections EGC.

On étudie ensuite la distribution des écarts entre les mesures ex-ante et ex-post des effets macroéconomiques de la libéralisation commerciale. Notre échantillon se compose de 20 études EGC publiées qui ciblent le monde arabe et qui sont destinées à quantifier les effets potentiels du Processus de Barcelone. On distingue clairement entre les études qui utilisent une année de référence avant la signature de l’accord d’association et celles qui utilisent des années de référence après ou pendant le moment où les pays se sont engagé à la diminution de leur protection externe lors des douze prochaines années). Ce dernier type de données est déjà supposé contenir cet effet d’annonce, ce qui n’est pas le cas pour le premier type.

On trouve que les études EGC, plutôt que d’être des estimateurs objectifs des véritables effets, sous-estiment généralement les demi-élasticités, obtenues économétriquement, d’un ordre de grandeur de 0,3. Il s’agit la d’un biais fort important car ce dernier est à peu près de la même taille que la valeur de la demi-élasticité elle même! On trouve par ailleurs que les intervalles de confiance (basés sur la déviation standard de l’estimation économétrique) pour les demi-élasticités EGC sont si larges les projections EGC n’ont presque plus de sens.

Enfin, on analyse les attributs caractéristiques des modèles EGC dans notre échantillon. On procède essentiellement à une analyse de variance (ANOVA) en régressant les écarts observés sur les variables muettes (dummy) qui captent les propriétés fondamentales du modèle EGC sous-jacent, ex. un modèle dynamique / récursif / statique, le plein emploi / déséquilibre du marché du travail, taux de change fixe / taux de change flexible, concurrence parfaite / concurrence imparfaite, avec ou sans équilibrage des échanges etc. On présente des preuves qui suggèrent que la réussite ou l’échec des prévisions EGC semble être largement indépendante des choix de modélisation, cette dernière étant plutôt juste une question de bonne ou mauvaise chance. Le résultat de cet exercice est de constater que les modèles qui supposent le plein emploi ont plus de réussite que ceux qui incluent la variable chômage et que la plupart des modèles EGC ne parviennent pas à capturer l’effet d’annonce de façon correcte.

Outre le rapport 2 annexes sont inclus. L’annexe I est un aperçu macro-économique de l’échantillon des pays. Cet aperçu présente les changements macro-économiques importants dans les pays échantillonnés au cours des dernières années. Le principal objectif de l’aperçu des pays est le commerce extérieur en général ainsi que le commerce avec l’UE en particulier. Dans l’annexe II on fournit un rapport économique sur 2 principaux pays méditerranéens hors-échantillon – soit Israël et la Turquie. Ce rapport spécial passe en revue les principales caractéristiques de l’économie des pays, telles que le commerce extérieur, le marché du travail, le développement économique, les politiques fiscales et bien d’autres.