Performances productives et climat de l’investissement dans quatre pays de l’espace MENA : Algérie, Egypte, Maroc, Liban

FEM33-09 | Février 2010

Titre

« Performances productives et climat de l'investissement dans quatre pays de l'espace MENA : Algérie, Egypte, Maroc, Liban »

Par

Patrick Plane, CNRS-CERDI, Université d’Auvergne, France

Contributeurs

Mohamed Chaffai, Université de Sfax, Tunisie; Fouzi Mourji, Université Hassan II, Maroc; Marie-Ange Véganzonès, Université d’Auvergne, France.

Note :

Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l'Union Européenne au travers du Femise. Le contenu du rapport relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l'opinion de l'Union Européenne.

Résumé :

La productivité est un facteur de compétitivité et d’insertion dans l’économie mondiale. Elle est déterminée par de nombreux facteurs dont la qualité du climat des affaires qui influe sur le rythme des investissements et la dynamique manufacturière des organisations. Le concept de productivité est retenu ici sous différentes acceptions et pour de nombreux pays au sein desquels on porte une particulière attention à quatre d’entre eux : Algérie, Egypte, Maroc, Liban. La productivité ou sa variation reflètent la capacité des producteurs à transformer les facteurs de production en output. Elle est mesurée par le rapport d’un output à un seul ou à un ensemble des facteurs de production, le second cas correspondant à la notion de productivité totale des facteurs (PTF). Sur une analyse en coupe transversale, on mesure aussi la productivité des unités relativement à celle des entreprises qui apparait comme la plus efficace dans l’échantillon d’observation. La frontière de production propose donc une mesure relative de l’efficacité. Dans la version stochastique, cette frontière décompose le résidu d’estimation en deux composantes relevant respectivement de l’aléa classique et de la mesure proprement dite de l’efficience technique. Les différentes mesures de la productivité ou de l’efficience technique sont proposées en utilisant les bases de données Investment Climate Assessment de la Banque mondiale. Ces dernières permettent à la fois de mesurer l’efficacité productive, mais également d’identifier quels en sont les principaux déterminants.

Parmi les pays MENA qui sont au coeur de cette étude, le Maroc a la meilleure efficacité productive, ce qui lui vaut de figurer dans la liste des pays performants de l’échantillon, derrière le Brésil ou l’Afrique du sud. Sur la base de la médiane, dans tous les secteurs, la productivité des entreprises marocaines devance celle de l’Algérie d’environ 20% à l’exception de l’agro-alimentaire. L’Algérie devance elle-même l’Egypte dans des proportions significatives. La performance des entreprises libanaises est dans le voisinage des performances observées pour l’Egypte. L’évaluation de la PTF confirme, au moins en termes de classement des distributions nationales sectorielles, les écarts observés à partir des productivités apparentes. Les pays MENA ne sont pas sensiblement en deçà des performances observées pour la Chine et l’Inde. Ils seraient même mieux placés pour certains secteurs, mais avec des niveaux de salaires par tête plus élevés.

La réflexion reportée sur les frontières stochastiques de production montre une nouvelle fois la supériorité du Brésil et de l’Afrique du sud, même si le Maroc semble être à petite distance de ces deux pays. L’efficience technique moyenne des entreprises Algériennes est en revanche inférieure de moitié à celle des pays sur la frontière et d’un cinquième pour celles de l’Egypte ou du Liban. Sur des échantillons sectoriels larges qui combinent les entreprises de nombreux pays, les modèles de frontières stochastiques ont permis de mettre l’accent sur le caractère statistiquement significatif des variables de financement et d’ouverture, cette dernière étant mesurée par le taux d’exportation des biens ou de participation étrangère au capital des firmes. Le rôle des institutions publiques est peu ressorti, peut-être en raison du caractère mal renseigné de ces variables ou de leur mesure qualitative avec peu de variation dans les choix discrets proposés. Bien que les variables institutionnelles soient finalement peu nombreuses et posent un véritable problème d’attrition des échantillons initiaux, on peut raisonnablement supposer qu’elles jouent un rôle significatif dans les écarts de performances. Les institutions publiques Marocaines apparaissent plus efficaces que celles des autres pays MENA. Sur les différents secteurs, les médianes montrent, par exemple, que l’importateur doit compter entre 2 et 6 jours avant d’avoir la disposition de sa marchandise contre une dizaine en Egypte et de 15 à 26 en Algérie.

De ces études de productivité exprimées sous une forme absolue (PTF) ou relative (efficience technique), il ressort que le secteur manufacturier marocain est le plus efficace des quatre pays MENA étudiés. Les performances sont assez proches de celles obtenues dans des pays de niveau de développement supérieur comme l’Afrique du sud ou le Brésil et plutôt meilleures que celles mises en évidence pour la Chine et l’Inde. Le scénario est bien différent pour les trois autres pays. L’Algérie occupe une position intermédiaire avec une performance productive pénalisée par les administrations publiques. L’Egypte souffre, pour sa part, de nombreux problèmes institutionnels, qui pénalisent grandement la performance de son système productif. Enfin, le Liban n’est pas dans une meilleure posture. Même si le nombre d’entreprises pour lesquelles le travail a été mené est limité, il semble que les entreprises ne  sont guère plus efficaces qu’en Egypte, soumises aux effets perturbateurs des facteurs institutionnels, notamment la corruption, mais également la mauvaise qualité des services publics dont la distribution d’électricité.