L’impact des IDE sur la survie des entreprises et l’emploi: analyse comparative de la Turquie et de l’Italie

FEM34-12 | Mai 2013

Titre

« The Impact of FDI on Firm Survival and Employment: A Comparative Analysis for Turkey and Italy »

Par

Anna M. Ferragina, Centro di Economia del Lavoro e di Politica Economica - CELPE, Department of Economics and Statistics, University of Salerno, Italy

Contributeurs

Anna Maria Ferragina Dr. University of Salerno, Italy. Fernanda Mazzotta Dr. University of Salerno, Italy. Giulia Nunziante, Dr. University of Rome “Tor Vergata” Rosanna Pittiglio Dr., Second University of Naples. Filippo Reganati Pr., University of Rome “La Sapienza” Erol Taymaz Pr.,METU –Ankara, TurkeyYesim Ucdogruk Dr., Dokuz Eylül University- Izmir Töngür Ünal, METU –Ankara, Turkey Kamil Yilmaz Pr., Koc University, Istanbul, Turkey

Note :

Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l’Union Européenne au travers du Femise. Le contenu du rapport relève de la seule responsabilité des auteurs et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l’opinion de l’Union Européenne.

Résumé :

Ce résumé synthétise les résultats du projet de recherche qui a été réalisé grâce à l’utilisation des données au niveau d’entreprise sur l’industrie manufacturière en Italie et en Turquie. Le projet examine les dynamiques des entreprises en termes de survie et de croissance, et les retombées de la présence des entreprises étrangères sur les domestiques.

En premier lieu, nous avons étudié les différences de survie entre les entreprises à contrôle étranger et les entreprises domestiques et nous avons testé l’hypothèse que les entreprises multinationales (EM) étrangères manifestent une conduite désengagée. Ensuite, nous avons analysé les effets des Investissements Directs Etrangers (IDE) sur les prospectives de survie et de croissance des entreprises domestiques en décomposant les retombées horizontales et verticales. Nous avons adopté des modèles avec hasard pour l’analyse économétrique de la survie des entreprises et la méthode GMM et les modèles de sélection Heckman pour l’analyse de la croissance (en termes d’emploi) des entreprises.

Dans le cas de l’Italie, la comparaison des taux de survie des entreprises domestiques et des entreprises étrangères révèle que ces dernières présentent un taux plus élevé, bien que celui des entreprises étrangères ne diffère pas trop de celui des multinationales italiennes. Pour vérifier la pertinence générale de ce premier résultat, nous avons estimé séparément les fonctions hasard des entreprises domestiques et des entreprises étrangères, sous le contrôle d’un certain nombre de caractéristiques spécifiques par secteur et par entreprise. Les résultats montrent que les entreprises étrangères sont plus désengagées par rapport aux entreprises domestiques tandis que les multinationales italiennes figurent avec un taux de hasard inférieur par rapport soit aux entreprises domestiques non multinationales soit aux multinationales étrangères. De plus, la prédisposition à la sortie du marché de la part des entreprises étrangères par rapport aux entreprises domestiques est supérieure dans les secteurs à bas niveau technologique et intensité de connaissance.Quant à l’analyse conduite sur la Turquie, la simple comparaison des taux de survie indique encore que les entreprises étrangères ont des valeurs plus élevées par rapport aux entreprises turques, bien que le taux de survie des entreprises étrangères ne diffère pas de celui des grandes entreprises domestiques. Il est toutefois nécessaire considérer que généralement les entreprises étrangères sont initialement de grandes dimensions et adoptent technologies à intensité de capital, et que les taux de survie peuvent donc refléter l’impact de ces caractéristiques des entreprises lors de leur entrée sur le marché. La fonction hasard révèle que, quand nous contrôlons les variables spécifiques du secteur, les entreprises étrangères présentent encore une probabilité de survie plus élevée, mais dés que nous introduisons dans le modèle de fonction hasard des variables spécifiques de l’entreprise, elles se montrent plus désengagées le long de la période 1983-2001. Les entreprises étrangères survivent vraisemblablement plus des entreprises domestiques de 2003 à 2009 même après avoir introduit des variables spécifiques au niveau d’entreprise, mais l’inclusion de ces variables réduit sensiblement l’impact de la propriété étrangère sur la probabilité de survie.

Ces résultats pour l’Italie et la Turquie montrent que la propriété étrangère n’a pas un impact positif sur la survie des entreprises. D’autre part, l’évidence révèle un taux de survie plus élevé pour les multinationales qui, du reste, sont caractérisées par les grandes dimensions et la possibilité d’adopter des technologies à plus élevée intensité de capital grâce à leur particulière force financière et à leur expérience dans différents marchés. Autres caractéristiques au niveau d’entreprise (dimension, compétences, etc.) sont aussi cruciales pour la survie. La probabilité de sortie du marché des entreprises étrangères dépend même de l’environnement technologique et en particulier des coûts d’opportunité, qui sont généralement plus élevés pour les industries à faible contenu technologique, et des coûts irrécupérables des investissement, qui (en moyenne) sont plus bas dans les secteurs traditionnels, ceteris paribus.Les résultats complets pour la Turquie le long des deux arcs temporels considérés soulignent aussi l’importance du cadre institutionnel pour la survie et la croissance des entreprises. La Turquie a vécu deux différentes périodes politiques et de croissance le long des années ?90 et 2000. La première décennie, qui est définie par certains analystes « la décennie perdue », est caractérisée par une extrême incertitude et des cycles en dents de scie, tandis que l’économie turque atteint une croissance élevée et stable le long des années 2000. En terme de politique industrielle, la conduite désengagée des multinationales étrangères doit être considérée dans la définition des aides aux investissements pour attraire les multinationales étrangères poursuivant aussi bien les politiques sectorielles spécifiques et les réformes institutionnelles. De plus, pour promouvoir la survie des entreprises, les autorités de politique économique devraient cibler les caractéristiques propres des entreprises cruciales pour leur survie, telles la dimension initiale, la productivité et les activités multinationales.Pour ce qui concerne l’impact de la présence des entreprises étrangères sur la survie des entreprises domestiques et sur la croissance de l’emploi, nos résultats révèlent pour les deux pays, situations significativement hétérogènes parmi les entreprises, par rapport aux différentes périodes et aux divers secteurs.

Dans le cas de l’Italie, la survie des entreprises domestiques est conditionnée positivement par la présence accrue des entreprises étrangères dans la même industrie, mais seulement pour ce qui concerne les secteurs à bas et moyen-bas niveau technologique. Ce résultat peut être dû au fait que les entreprises domestiques des industries à moyen-élevé niveau technologique n’ont pas assez de capacité d’absorber les bénéfices des retombées des IDE. L’importance de la capacité d’absorber ces bénéfices de la part des entreprises domestiques est confirmée par notre analyse : seules les entreprises domestiques caractérisées par le plus faible gap technologique vis- à-vis des entreprises étrangères bénéficient des retombées (en amont) horizontales et verticales, sur la survie. Les estimations avec la méthode GMM sur la croissance montrent que les entreprises étrangères ne présentent pas un taux de croissance plus élevé de celui des entreprises domestiques et, pour ce qui concerne les facteurs qui influencent les retombées des IDE, il est évident un impact négatif sur la croissance de l’emploi des entreprises domestiques dans les secteurs et dans les régions où la présence des entreprises étrangères en terme d’emploi est croissante, ce qui est confirmé surtout pour les entreprises caractérisées par un élevé gap technologique. Pour la Turquie, la présence dans la région des entreprises étrangères a un impact statique négatif faible sur le taux de survie, et la présence accrue des entreprises étrangères dans le secteur a en outre un effet négatif sur le taux de survie pour la période 2003-2009. La présence étrangère des utilisateurs paraît avec un coefficient positif, et donc les entreprises domestiques auront plus de probabilité de survivre en cas d’utilisateurs étrangers, mais ce résultat est statiquement significatif seulement si les variables spécifiques de l’entreprise ne sont pas contrôlés sur la période 2003- 2009. De plus, il y a quelques évidences d’un effet négatif sur la survie pour la période 2003-2009, si les entreprises en aval sont étrangères. Pour ce qui concerne la croissance des entreprises, les fournisseurs étrangers et la variation de la présence territoriale des entreprises étrangères ont un fort impact négatif sur le taux de croissance des entreprises domestiques et donc les entreprises domestiques approvisionnées par d’autres étrangères et les entreprises qui opèrent dans un secteur caractérisé par une présence étrangère accrue montrent des taux de croissance plus bas. Nous remarquons aussi un impact négatif faible de la présence étrangère dans le secteur sur la croissance et d’autre part nous observons un effet positif faible dû à l’évolution de la présence étrangère dans le secteur.Ces aboutissements ne soutiennent pas la conclusion générale que les IDE ont un impact positif sur les dynamiques de survie et de croissance des entreprises domestiques. Inversement, nos résultats démontrent un non favorable cadre du rapport entre déplacement/compétition versus les retombées des IDE sur les entreprises domestiques. Nous avons mis en évidence que l’interaction entre la présence des entreprises étrangères et la survie des entreprises domestiques est largement affectée par l’environnement technologique qui détermine la capacité d’absorption des entreprises domestiques. L’effet de déplacement sur les dynamiques industrielles implique que le dommage est concentré sur les entreprises high-tech, qui devraient représenter le segment de qualité plus élevée de la production nationale. Pour ce qui concerne la politique industrielle, cela implique que l’aspiration d’encourager les IDE et simultanément de stimuler une offre stable des entreprises domestiques est plus complexe pour les marchés dynamiques, considérant le trade-off qui existe entre ces deux objectifs.